Biens communs et utilisateurs-payeurs

L'esprit néolibéral est en train d'envahir tous les neurones de notre cerveau. Comment, dans un même texte, M. O'Breham, peut-il parler de « biens communs » et « d'utilisateurs-payeurs » ? Nous sommes prêts à titre de propriétaires fonciers à voir nos taxes défrayer solidairement les coûts de l'asphalte et des parcs et des ponts, mais lorsqu'il s'agit de loisirs et de sports, de culture et de patrimoine, d'éducation et de prévention, qui sont des biens communs, nous nous tournons vers la formule de l'utilisateur-payeur. Nous ne voulons pas défrayer le coût de ces secteurs d'activités, mais par la force des choses, nous défrayons quotidiennement et inéquitablement les conséquences négatives qui découlent de l'absence ou du mauvais financement de ces mêmes activités. Comment pouvons-nous collectivement dire non au financement des activités sportives et culturelles afin de les rendre « équitablement » accessibles à l'ensemble des citoyens quel que soit leur budget et quel que soit leur lieu de résidence ? Que l'asphalte et les ponts soient facilement reconnus à titre de bien commun, cela semble facile à comprendre, mais pourquoi est-il si difficile de comprendre que la vie sportive et culturelle fait aussi partie du bien commun ?
Déjà, en octobre 1974, j'avais eu à expliquer cela aux membres du conseil municipal du Canton de Roxton Falls. En effet, tous les contribuables avaient payé pour le pont du chemin de la Mine même ceux qui ne l'utilisaient jamais, mais les conseillers hésitaient à subventionner l'ensemble des activités de loisirs parce que certains citoyens n'y participaient pas. Mais heureusement, la majorité d'entre eux avaient compris que la vie sportive et culturelle faisait partie d'une responsabilité collective et que la municipalité se devait de favoriser l'accès de tout le monde à toutes ces activités.
Qu'en 2017, les conseils municipaux hésitent à subventionner perpétuellement une part très importante de ces activités et continuent à faire porter un pourcentage important des coûts par les utilisateurs-payeurs est tout simplement scandaleux. La qualité de vie, le bien-être, la santé et le bonheur de l'ensemble des citoyens est une responsabilité collective qui repose essentiellement sur la présence dynamique des activités culturelles et sportives. Nous prenons tellement de temps à évoluer et à comprendre toute l'importance vitale et sociale de ces activités ! Nous sommes prêts à payer à 100 % le ciment d'une construction, mais tout près de 0 % pour la pleine utilisation du bâtiment. Des taxes pour le ciment : oui ; des taxes pour la qualité de vie : non.
Je suggère que toutes les municipalités paient avec nos taxes 90 % du coût réel de la participation de leurs citoyens aux activités culturelles et sportives parce que la vie culturelle et sportive est un bien commun qui doit absolument être soutenu solidairement par toute la collectivité. Voilà un élément qui devrait faire partie des programmes électoraux des prochaines élections municipales et qui devrait répondre à la question : croyez-vous au bien-être et à la santé et au bonheur de tous les citoyens de la municipalité que vous voulez administrer ? Êtes-vous prêts à mettre fin à l'iniquité néolibérale qui propose des loisirs municipaux accessibles uniquement en fonction des revenus personnels ?
André Beauregard
Shefford