Une portion du conseil municipal de Granby

Bien gérer (suite): une séance publique est une consultation

Dans la première partie de mon exposé, jeudi, je démontrais comment payer comptant rendait un conseil plus fiable et plus facile à suivre dans les décisions qu'il prend. En effet, si le conseil fait des dépenses plus extravagantes, il doit soit couper dans les autres dépenses ou soit augmenter les taxes. Peu importe, l'effet est immédiat et le conseil ne peut faire semblant qu'il « donne » à ses citoyens. Il doit leur servir la facture d'une façon ou d'une autre en même temps qu'il « donne » le cadeau. Si la population voit là une dépense acceptable, elle acceptera aussi la facture qui vient avec.
Mais il y a une autre question qui doit être réglée pour s'assurer qu'un conseil prenne les bonnes décisions. Il faut s'assurer que le conseil soit toujours près des citoyens qu'il représente.
Une nouvelle tendance se dessine : la prolifération des consultations publiques. Malheureusement, cette façon de gérer n'augure rien de bien. Les consultations publiques ne sont généralement pas gérées par des lois et sont donc tenues comme le conseil l'entend et seulement lorsqu'il le désire. Elles sont aussi généralement tenues après que le conseil ait pris sa décision en privé et sont donc généralement inutiles, sauf pour des points mineurs. Jamais un conseil n'avouera qu'il a perdu son temps en séance à huis clos et qu'il a pris une mauvaise décision ; c'est humain, tout le monde réagit ainsi. D'où l'importance de ne pas laisser les élus s'engager trop profondément dans une voie avant que les citoyens ne soient mis au courant.
Mais la loi est bien faite. Elle oblige que toutes les séances du conseil soient publiques. De plus, il doit y avoir une période de questions à chaque séance pour les citoyens. Ceci permet de suivre le développement des dossiers et, si les conseillers oublient de débattre sur un point, un citoyen concerné peut leur rappeler en posant la question qui suscitera le débat. Ceci a l'avantage de tenir les conseillers près de leurs citoyens. Si un conseil s'éloigne de ses citoyens dans un projet, il en sera rapidement informé et pourra corriger le tir tout aussi rapidement. Bref, les séances publiques deviennent une sorte de consultation publique « en continu » qui se manifeste lorsque le besoin se présente.
Malheureusement, en jouant sur les mots, les conseils municipaux du Québec font des séances à huis clos, même si la loi ne le permet pas. Le Québec est l'un des derniers États en Amérique du Nord qui tolèrent un tel comportement. Mais aucune loi ne force un conseil d'agir ainsi. Et un conseil responsable devrait s'assurer que ses séances soient toutes publiques.
Tout bon électeur devrait exiger que les candidats des prochaines élections s'engagent à rendre toutes les séances du conseil publiques. Des séances régies par la loi, des séances avec une période de questions. Voilà comment on obtient des consultations publiques à peu de frais, sans possibilité de cacher ou manipuler des informations. Des consultations où les questions déjà débattues par les conseillers n'ont pas besoin d'être répétées par un citoyen avec comme réponse un résumé qui laisse à désirer.
Voilà donc comment des citoyens peuvent s'assurer que leur conseil prendra des décisions bien réfléchies : le conseil doit tout payer comptant et il doit débattre toutes les questions en public. Les décisions impopulaires sont pratiquement impossibles dans de telles circonstances.
Denny O'Breham
Granby