Sophie Labrie

Avouez que c'est bizarre!

Si on se fie au nombre de plaintes retenues et aux verdicts de culpabilité sur le nombre de plaintes en matière d'agression à caractère sexuel, et bien, on pourrait en venir à la conclusion que les victimes sont toutes des hystériques-­menteuses aux moeurs douteuses.
Voilà, ne cherchons pas plus loin. Fermez-vous, bande de fouteuses de trouble qui tentent de briser des carrières et des vies par de grosses menteries inventées, imaginées, fabulées. C'est assez. On ne veut plus en entendre parler, est-ce clair ? On a de grosses affaires à brasser nous, les « bien pensants » et pas question qu'on vienne nous mettre des bâtons dans les roues avec des histoires à dormir debout. 
C'est dans vos têtes que ça se passe, on devrait toutes vous enfermer à double tour afin d'avoir enfin la sainte paix et diriger comme bon nous semble ! Vous voulez quoi au juste, hein ? Il y a sûrement une histoire d'argent derrière ça voyons. Ou encore une histoire de victime frustrée, jalouse, possessive­ et en manque d'attention.
Voilà le message que nous renvoient jour après jour le système de justice, les dirigeants, les médias et une partie de la population... 
Pourtant, quand on a été victime d'agression à caractère sexuel, on le sait, nous, que c'est arrivé. On l'a vécu, on le ressent encore et on doit le porter sur nos épaules toute notre vie. 
Est-ce que nous devons implanter une caméra dans les yeux de tout un chacun afin de pouvoir recueillir une preuve hors de tout doute raisonnable en cas d'agression ? Encore là, il se pourrait qu'à un moment, la victime ait fermé les yeux, ne pouvant plus supporter l'insupportable. Et comme la caméra aurait perdu un bout de l'agression, l'avocat de la défense avancerait peut-être que pendant ce temps-là, elle a peut-être dit oui, elle a peut-être consenti...
Avouez que c'est bizarre ! 
Que pouvons-nous faire pour toutes ces victimes ? 
Une réponse : les croire.
Sophie Labrie
pour le CALACS de Granby