Au cœur du confinement

LA VOIX DES LECTEURS / La COVID-19 s’avère pour tous un ennemi menaçant, redoutable et imprévisible. Que les responsables de nos gouvernements prennent les décisions radicales qui s’imposent pour rendre la vie supportable au plus grand nombre de gens possible en attendant « le vaccin » susceptible de nous en prémunir, j’en conviens… mais y aurait-il des failles dans toute leur bonne volonté?

Actuellement, on pense beaucoup au bien-être des personnes âgées en résidence dans des foyers ou des CHLSD et c’est très bien. Mais se soucie-t-on des personnes de 70 ans et plus en perte d’autonomie encore capables de rester chez elles si on leur fournit l’aide nécessaire et à qui, soudainement, on ne dispense plus que les soins d’hygiène personnelle de base?

Beaucoup de gens seuls du troisième, voire du quatrième âge rejettent l’idée de se retrouver en institution et la situation qui prévaut en ce moment viendra sans doute renforcer leur décision. Des millions en subsides gouvernementaux de toutes sortes s’envolent pendant que des aînés à faible revenu voient les préposés à leur bien-être empêchés de poursuivre leur travail auprès des « personnes à risque » que nous sommes subitement devenues, et la situation, on nous le prédit, durera des mois, sinon des années… Et vlan!

Holà sur le ménage! Or, il me semble que de nettoyer une salle de bain, changer un lit, laver des draps et désinfecter des lieux de vie à la maison devraient logiquement faire partie des services essentiels, au même titre que dans les hôpitaux.

Pour le moment, on nous accorde le « privilège » de rester en vie. Va pour les commissions et un peu de bouffe, mais rien de plus! Le premier ministre nous aurait-il oubliés? Pourtant, le travail de toute son équipe est admirable.

La réponse : trouvez des bénévoles, me direz-vous, mais où Dieu les trouve-t-on?

Cachés comme «le bonheur» dans la chanson de Christophe Maé? Et si par magie on les dégote quelque part, seront-ils (ou elles) seulement autorisés à franchir le seuil de notre porte? Ne perdons pas de vue qu’une personne âgée maintenue à domicile avec les soins requis coûtera toujours beaucoup moins cher à la société qu’une autre en hébergement.

Si la situation perdure, des préjudices majeurs en résulteront. Beaucoup de personnes à peine capables de faire quelques pas, à risque de fractures constantes, mais ne voulant dépendre de personne accompliront des tâches qui mettent leur santé à risque et finiront par grossir les statistiques des hôpitaux et des CHSLD de notre belle province, chacun en payant le prix à sa façon. Ou peut-être que, d’inquiétude en angoisse, de révolte intérieure en crises de larmes et en insomnie, leur santé mentale en prendra un bon coup et que certains en viendront à se demander, avec raison, si la vie qui leur semblait pourtant si précieuse en vaut vraiment le détour…

Voilà la triste réalité que j’observe autour de moi. Celle d’inégalités sociales qu’on se doit de dénoncer avec force et courage si on veut un tant soit peu faire bouger les choses.

Je vous souhaite un bon printemps! Les bourgeons éclateront bientôt dans les arbres, la nature nous rappelant que demain est un autre jour et que l’espoir reste malgré tout encore possible.

Jeannine Mailloux

Granby