Arbres en bordure de rue: nuisance ou bénéfice?

Certains citoyens qui viennent de subir une panne majeure d'électricité due à la chute de branches causée par le verglas voudraient couper au ras du sol les arbres en cause. Ils y voient là une nuisance pour l'entretien du réseau électrique. Parmi ces gens se trouve monsieur Paul A. Archambeault (La Voix de l'Est, 30-12-2013). Celui-ci souhaite que le gouvernement se dote d'une loi pour réguler la présence d'arbres sous les fils électriques en territoire habité. Il prend pour modèle le fait qu'Hydro-Québec élimine tous les arbres sur une bonne largeur sous ses lignes à haute tension.
Mais savez vous que les municipalités par voie de leur plan d'urbanisme ont le pouvoir d'adopter de tels règlements qui régissent la plantation d'arbres proches des lignes électriques? Ainsi, à Granby, les arbres qui vont atteindre plus de 13 mètres (près de 43 pieds) doivent être plantés à au moins 10 mètres (33 pieds) des lignes électriques. Les arbres qui feront à l'âge adulte un maximum de 13 mètres doivent être plantés à au moins 3 mètres (10 pieds) des lignes électriques. Et seuls les arbres faisant moins de 6 mètres une fois adultes peuvent être plantés près des fils électriques.
En février 2013, j'assistais à Granby au colloque «Les Ateliers verts», organisé par Les Fleurons du Québec. Monsieur Jean Larrivière, ingénieur forestier responsable de la gestion de la végétation à Hydro-Québec Distribution, nous a dit mettre 70 millions$ par année pour maintenir et émonder la végétation près du réseau hydro-électrique. Les arbres à proximité des fils électriques ne sont pas dangereux que pour les pannes en cas de verglas, ils peuvent aussi causer des décharges électriques, voire électrocuter des personnes qui y circulent trop près ou qui y grimpent.
Monsieur Larrivière a pour tâche de sensibiliser les municipalités afin que leurs règlements d'urbanisme soient exemplaires. Régir la plantation d'arbres est une chose qui porte fruit pour l'avenir dans les quartiers en développement. Mais le fait est que dans maintes municipalités, les arbres ont été plantés il y a fort longtemps et que c'est plutôt l'entretien de ces arbres qui doit être régi par règlement. Des droits acquis sont réclamés par les citoyens. Et encore, les villes ne veulent pas couper trop d'arbres matures pour ne pas devenir des îlots de chaleur en ces temps de changement climatique et de chaleurs accablantes l'été. Un quartier avec beaucoup d'arbres matures peut abaisser de 6°Celsius les températures les plus chaudes de l'été et ainsi éviter des décès chez les personnes sensibles à la chaleur.
Il y a encore le citoyen naïf, dont l'enfant revient de l'école avec un petit pin blanc tout mignon. La famille, fière d'éduquer l'enfant à l'environnement, va le planter sur son terrain trop près des fils électriques et, vingt ans plus tard, ce pin au bois mou sera devenu un géant qui se rompt sous le verglas et tombe sur les lignes électriques. La bonne gestion arboricole est aussi l'affaire du citoyen.
Le ministre des Affaires municipales pourrait aussi faire mieux et revoir sa Loi sur l'urbanisme et l'aménagement du territoire, vieille de plus de 30 ans. Insérer dans une telle loi une section sur l'entretien arboricole pour guider les municipalités en matière de bénéfices et nuisances des arbres en ville et en territoires ruraux serait porteur d'avenir!
Luce S. Bérard
Granby