Anglicisation galopante

LA VOIX DES LECTEURS / On ne cesse de parler de la beauté de la langue française, de la fierté de parler français. C’est d’ailleurs la seule langue officielle du Québec. Mais, en pratique, quel soin portons-nous à cet extraordinaire legs de nos ancêtres ?

Il m’arrive d’ouvrir mon dictionnaire anglais pour comprendre ce que l’on dit dans certaines émissions à la radio et à la télévision.

Le domaine de la chanson est très éloquent. Aux Galeries de Granby, et un peu partout dans les lieux de commerce, l’anglais chante… chante très fort. Pourtant, plus de 90 % des clients de ces établissements sont francophones et nos amis anglophones comprennent majoritairement le français. Il en va de même de la télévision. On entend trop souvent des chanteurs et chanteuses de langue française qui ne chantent qu’en anglais ou presque. Une compositrice québécoise de chansons françaises disait, ces jours derniers, que depuis quelque temps, très peu de ses nouvelles compositions étaient choisies ; on leur préfère des tunes américaines. 

Et si l’on continue ainsi, de beaux mots français mourront. C’est un work in progress. Ainsi, queer pourrait remplacer une quinzaine de synonymes du mot « bizarre » : curieux, étrange, surprenant, insolite, etc.

J’ai sursauté, quand, la semaine dernière, à propos d’un grand prix littéraire, on parlait de littérature queer

Dans 15 ans, quelle langue parlera-t-on au Québec et à Paris ? 

Ce ne sont pas les anglophones qui nous anglicisent. Nous n’avons pas besoin de personne pour nous angliciser. Nous sommes capables de le faire nous-mêmes, et du côté français et du côté québécois. Le français se dégrade de l’intérieur. 


Émile Roberge

Granby