Des études psychologiques montrent que dès lors qu'on a l'expérience d'une situation tragique, il nous est impossible de la mettre de côté et voir le monde comme si elle n'était jamais arrivée.

Aller vers l'autre est la stratégie à suivre

Les émotions sont terribles et terrifiantes. Aussi, elles sont colossales, irrémédiables et arrivent a s'emparer de l'âme avec une force radicalement invincible.
Le jeune homme qui a commis cet acte tragique au centre culturel islamique de Québec est quelqu'un d'entièrement bouleversé, propulsé hors de lui même, impuissant à se contenir. Dangereux pour ses proches, pour le monde qui l'entoure et pour lui même. Il est le protagoniste tragique qui nous a laissé entrevoir ce que pourraient provoquer nos propres émotions si elles allaient jusqu'à cet extrême déchaînement.
Il est très difficile d'imaginer pareille situation. Le massacre du 29 janvier est si étranger à notre vécu que nous sommes tentés de l'écarter comme une aberration malheureuse, rare et insolite due a un traumatisme crânien. Des études psychologiques montrent que dès lors qu'on a l'expérience d'une situation tragique, il nous est impossible de la mettre de côté et voir le monde comme si elle n'était jamais arrivée. 
Cependant, je pense qu'il est de notre devoir de faire comme si ses événements n'ont jamais eu lieu et croire qu'un nouveau monde, affranchi des douleurs de l'ancien, mais aussi de ses désillusions, peut resurgir. Un nouveau monde capable d'effacer les traces, les blessures et cicatrices et finalement les rancoeurs et amertumes, capable de faire oublier que l'innocence première s'est brisée un jour.
Aller vers l'autre est la stratégie à suivre. C'est même une priorité qui s'impose. Aller vers l'autre non pas pour aller mieux ou se consoler, mais comme un acte indispensable si on veut désinfecter rapidement une blessure. Cela n'empêchera pas d'avoir mal, mais ça diminue le risque de surinfection.
Said Raouchi
Granby