Aimer savoir

Je dis oui à la Charte de la laïcité québécoise, oui à son adoption. L'Assemblée nationale doit légiférer pour contribuer à maintenir une paix sociale au sein de la cohabitation plurielle et religieuse dans toutes les familles.
Toute personne qui voyage; qui lit et écoute les nouvelles télévisées; qui apprécie la différence et la diversité culturelles, d'ailleurs incontournables, entre les citoyennes et les citoyens; qui opte pour la prévention de maux porteurs de guerres fratricides, de conflits d'origine religieuse, de comportements discriminants pouvant déboucher dans la violence; cette personne, si elle exerce son droit de vote par la médiation des élues et des élus, va demander à la députation de donner son aval à cette Charte.
Les livres lus de Djemila Benhabib et de Louise Mailloux émaillent de faits existentiels nombreux et s'avèrent favorables à lutter contre l'intégrisme, la maladie de l'Islam.
Pour ces deux auteures, l'islamisme porte en lui la haine et constitue un cheval de Troie qui permettrait à cette religion de contrôler l'action politique. Selon moi, c'est en combattant l'islamisme public que l'islam retrouvera la paix comme l'a retrouvée le christianisme en s'affranchissant de l'Inquisition.
Des sommités, tels Guy Rocher, Claire L'Heureux Dubé, Lise Payette, qui participent à ce débat approuvent la démarche légale du gouvernement. Des professeures, côtoyées durant de longues années, qui dispensaient des services d'intégration en français aux immigrantes et aux immigrants, entrevoient cette charte comme une intervention adéquate pour valoriser une absence potentielle de conflits pouvant prendre des formes violentes. Qu'ont-ils ces gens de différent de ceux qui prônent à outrance la prépondérance, à l'aveugle, des revendications des imams pour l'application de leur mesure discriminatoire: le voile islamique avec sa panoplie de formes multiples, le hidjab, le niqab, la burka, le tchador...
 Avant d'y répondre, acceptez ce petit détour. Pendant de longs siècles, la maladie fut considérée comme un châtiment ou une épreuve envoyée par Dieu, qu'il fallait subir avec résignation. Un exemple parmi une longue litanie, le pape Léon XII, en 1829, condamnait la vaccination antivariolique parce la variole était, selon son pouvoir infaillible, un jugement de Dieu. Ouf, oui, vite aimons le savoir.
Maintenant, j'explique une des différences entre les gens pour et contre la Charte. Dans la réalité humaine, n'avons-nous pas remarqué qu'en public de grands religieux observent des règles avec une majestueuse solennité, mais dans l'intimité, ils n'en tiennent absolument pas compte. L'histoire nous livre des exemples tristes et réels. Pensons au pape dépravé très rigoriste qu'a été Alexandre Borgia. Lorsque le religieux revêt l'accoutrement du politique et lorsque la justice est rendue au nom d'Allah, les dérives les plus barbares deviennent possibles. On assassine, on égorge, on lapide, on pend, on coupe des mains, on tranche des têtes.
Heureusement, des responsables politiques près de nous ont posé des gestes pour freiner l'entrée du religieux dans le politique. Le gouvernement libéral ontarien, en 2006, a interdit la création d'une cour musulmane refusant de reconnaître l'arbitrage religieux. Notre Assemblée nationale, en 2005, a adopté à l'unanimité une motion contre l'implantation de tribunaux islamiques au Québec et au Canada. Bientôt, les cours d'histoire nationale révèleront que les commissions scolaires confessionnelles sont devenues linguistiques en 1998. Un peu plus loin, les patriotes (1837-1838), dans leur déclaration d'indépendance, réclamaient la liberté de conscience et la séparation stricte de l'Église et de l'État.
Plus de 15 pays musulmans avec des applications tordues du Coran, des discriminations inacceptables et des effets condamnables nous servent de laboratoires religieux: les crimes d'honneur, les fatwas, les punitions à coups de fouet, la polygamie autorisée, la femme divorcée répudiée et privée de ses droits, la permission de battre sa femme pour une désobéissance, des boucheries halal.
Ce geste politique existentiel, eu égard à notre capacité de lire, de voyager, de comparer, de pratiquer la conversation démocratique, mérite notre approbation et notre vote.
Combattons l'obscurantisme, l'aveuglement volontaire et l'idiotie utile, aimons apprendre et aimons vivre.
Luc Perron, politologue
Granby