Deuxième vague : nos entrepreneurs qui commençaient à peine à sortir la tête de l’eau ont de quoi s’inquiéter.
Deuxième vague : nos entrepreneurs qui commençaient à peine à sortir la tête de l’eau ont de quoi s’inquiéter.

Affronter la deuxième vague sans revivre une deuxième crise économique

Charles Milliard, MBA
Charles Milliard, MBA
Président-directeur général, Fédération des chambres de commerce du Québec
POINT DE VUE / Alors qu’on amorçait résolument la relance économique, le Québec replonge malheureusement dans une deuxième vague de COVID-19. Nos entrepreneurs qui commençaient à peine à sortir la tête de l’eau ont de quoi s’inquiéter.

Les leçons tirées de ce premier épisode et certaines mesures déjà annoncées permettront certainement d’amoindrir les impacts économiques, mais d’autres gestes devraient également être posés rapidement par nos gouvernements.

La première vague avait frappé de façon très différente les régions du Québec. Certaines régions étaient au cœur de l’épidémie, alors que d’autres étaient relativement épargnées. Néanmoins, le confinement généralisé à tout le Québec qui avait été décrété a porté un dur coup à l’ensemble de l’économie. Le système d’alerte du gouvernement du Québec et son code de couleurs allant du vert au rouge permettent la mise en place de mesures sanitaires ciblées sans pénaliser l’ensemble des régions. C’est un élément important qui permet d’assurer une plus grande prévisibilité aux entreprises, notamment pour la gestion de leur personnel et de leur chaîne d’approvisionnement.

Le projet de loi 66 présenté cette semaine sera un élément essentiel pour relancer notre économie et s’assurer que nous serons bien outillés pour traverser les secousses de cette deuxième vague. Les projets d’infrastructures et la réduction des délais de réalisation, ainsi que l’ajout de mesures d’allègements réglementaires aux bénéfices des entreprises, demeurent des facteurs clés pour stimuler l’économie du Québec et de ses régions. Ajoutons à cela l’importance à accorder au financement mixte privé-public, afin d’encourager le secteur privé à accélérer la mise en œuvre de projets grâce à des prises de participation par le gouvernement.

La recette du succès ne pourra cependant pas se limiter à des investissements en infrastructures, comme le soulignent d’ailleurs de plus en plus d’économistes. Il faut également investir de façon importante en formation afin de permettre la requalification et l’augmentation des compétences des travailleurs. Les milieux de travail ont changé, le tissu industriel aura été modifié, et le bassin de main-d’œuvre disponible doit pouvoir suivre cette transition. Il faut également rehausser la collaboration entre les milieux d’enseignements et les milieux de travail.

Même si certains ont vu dans l’augmentation temporaire du taux de chômage causé par la pandémie une occasion d’abaisser le niveau d’immigration, nous croyons au contraire qu’il faut maintenir et même accélérer le rehaussement des seuils d’immigration. Malgré la crise, la population vieillissante du Québec nous ramènera rapidement dans une situation de rareté de main-d’œuvre pour les années à venir.

Les mesures pour favoriser la transition énergétique sont une autre avenue incontournable pour soutenir des entreprises de l’ensemble des secteurs d’activités. Le dépôt cet automne du Plan pour une économie verte est une occasion à ne pas manquer pour le gouvernement du Québec, qui aura de grandes décisions à prendre en matière de développement durable. Les contrats publics auront ici aussi un rôle à jouer pour stimuler l’innovation ainsi que pour favoriser une relance verte.

Enfin, malgré la reprise des activités cet été, on constate que les milieux du tourisme, de la restauration ou de la culture demeurent particulièrement vulnérables et subiront probablement encore davantage les contrecoups des nouvelles mesures sanitaires. Des programmes d’aide ciblés pour les entreprises de ces secteurs sont donc plus que jamais nécessaires, autant en région que dans les grands centres.

Si malheureusement la deuxième vague semble inévitable, il faut s’assurer de mettre en œuvre tous les éléments afin de ne pas revivre une deuxième crise économique et poursuivre sur la relance économique entamée il y a quelques mois déjà.

Charles Milliard, président-directeur général, Fédération des chambres de commerce du Québec.