Accroissement du taux de diplomation: promesse futile!

Pour une énième fois, notre bon gouvernement vient de faire une nouvelle promesse en l'air, soit celle d'un taux de diplomation scolaire majoré à 85 % d'ici 2030.
Pourquoi augmenter le taux de diplomation ? Pourquoi 85 % ? Pourquoi 2030 ?
Une telle promesse s'apparente indiscutablement aux préoccupations de toute entreprise marchande auquel ce même gouvernement assimile, bien à tort cependant, l'apprentissage du type scolaire chez les jeunes à l'aube de leur vie active.
Dans l'univers du commerce, un adage populaire veut que toute entreprise qui ne progresse pas recule inéluctablement. En est-il ainsi dans le monde de l'éducation ? Rien n'est moins sûr.
En effet, jusqu'ici, toutes les initiatives inspirées du monde de la consommation ont échoué lamentablement dans le domaine de l'apprentissage scolaire : l'approche client-fournisseur­, les primes à la réussite, les pénalités à l'échec et les multiples autres mesures semblables n'ont jamais produit les résultats escomptés.
Malheureusement, l'absence chronique d'analyse consécutive à l'implantation de ces initiatives utopiques fait en sorte que le gouvernement ne cesse d'y recourir à l'aveugle encore aujourd'hui. Seule la mémoire très courte des électeurs fait en sorte que de telles promesses réussissent encore à recruter des votes pour celui qui les énonce.
D'où le nouveau seuil de 85 % provient-il ? 80 % serait-il moins intéressant ? 90 %, trop vertueux ! Quant au terme prévu de 2030 pour l'atteinte de l'objectif visé, il ne serait atteint qu'après quatre élections générales. Sachant que l'avenir est souvent à l'image du passé, combien de ministres de l'Éducation auront trôné depuis cette promesse ? Huit ? Dix ? Douze peut-être !
Connaissant la logique adversative régissant les partis politiques, il faudrait plus qu'un miracle pour que, pendant une période aussi longue - 13 ans -, de nouveaux zélotes ne viennent détruire les mesures mises en place pour l'atteinte de cet objectif sans assise. Ce n'est pas en devançant l'apprentissage de l'alphabet à la maternelle ni en présentant des cours de philosophie au début du primaire qu'on va accroître la littératie pour l'un et la réussite au Cégep pour l'autre. Il y a un temps pour chaque type d'apprentissage et celui-ci est déterminé principalement par le développement du cerveau humain ; il est donc inutile de courir, il s'agit de savoir partir à temps.
Connaissant la diversité très étendue des dispositions intellectuelles et des talents au sein de la population, est-il réaliste de chercher à former l'ensemble de la jeunesse au moyen d'un seul moule, très rigide, que constitue l'école actuelle ?
Même si les bienfaits qu'apporte l'école sont incontestables, tous peuvent-ils en profiter au même degré comme on cherche à le faire croire ? Et ce n'est pas en obligeant la fréquentation scolaire jusqu'à dix-huit ans, plutôt qu'à seize, qu'on augmentera le taux de réussite, loin de là. Le malheur veut que l'école joue, en pratique, des rôles mutuellement exclusifs, à savoir celui de garderie, de lieu de socialisation et d'aide à la transmission du savoir. Cela est analogue au désir de construire un véhicule capable de se mouvoir sur terre, sur l'eau, sous l'eau et dans l'air.
En définitive, le désir d'augmenter le taux de diplomation dans le contexte actuel n'est rien d'autre qu'un voeu pieux relevant de la pensée magique. Bien entendu, il reste toujours la tromperie légalisée, véritable imposture déguisée sous la forme de traitements statistiques obscurs, sans ancrage dans la réalité, dont le ministère de l'Éducation a toujours semblé friand pour ce qui est de l'évaluation. 
Lionel Leblanc
ex-professeur à la formation des maîtres
Granby