À toi qui n’as pas peur du virus

LA VOIX DES LECTEURS / Je n’ai pas peur non plus. On a ce point en commun. Pas peur car, en prenant les moyens connus, le virus risque peu de m’attraper, et je risque peu de le refiler. Mais toi, je comprends que tu ne les prends pas. Tu veux dire quoi par «Je n’ai pas peur»?

Pas-Peur, c’est une émotion. Crois-tu que ça change quelque chose à la réalité de la transmission? L’émotion ne change rien aux faits.

Pas vu de malades encore, donc crois-pas? Crois-tu au vent? Pourtant on ne l’a jamais vu. On voit les branches d’arbres bouger et on entend son bruit. Le virus fait bouger les personnes, les familles, les entreprises, les gouvernements et les hôpitaux. On en rapporte le bruit sur les médias professionnels (infos validées) et sur les réseaux sociaux (opinions non validées). Quand on le voit... trop tard!

Peut-être crois-tu que toutes les opinions se valent? Que chacun a droit à son opinion? Voici ce qu’en dit un certain Harlan Ellison : «Vous n’avez pas le droit d’avoir votre opinion. Vous avez le droit d’avoir votre opinion éclairée. Ignorer, ce n’est pas un droit».

Ou te dis-tu que tu es libre après tout? Seul dans son canot individuel, on peut prendre tous les risques qu’on veut. Comme on est le seul qui va prendre la tasse, on peut librement choisir la quantité qu’on va boire. Mais, avais-tu remarqué, tu n’es ni seul, ni dans un canot? Ta liberté aurait-elle un problème de GPS?

Regarde le monde qui tourne autour de toi. Tu es dans le bateau qu’on partage ensemble, où le virus s’est installé, caché. Tous : amis qui veulent profiter de la vie, jeunes qui veulent rentrer à l’école, familles qui veulent garder leur logement, commerces qui veulent vivre, et tous tes proches. Ah oui, j’oubliais; et les travailleurs de la santé qui vont devoir s’occuper la liberté à soigner ceux que plusieurs n’auront pas eu peur de leur envoyer.

Hélas, rendu là, si tu dis «Je suis désolé. Je ne pensais pas. Avoir su!», on ne pourra pas te croire. On comprendra plutôt : «Moi je n’ai pas peur; le reste c’est votre problème».

Mais Pas-Peur n’est qu’une distraction. Revenons aux faits: comme tu sais, quand tu ne prends pas les moyens connus, tu deviens un risque à la santé physique, psychologique et économique du bateau communautaire. Pire. Beaucoup prennent les moyens pour avancer ensemble et toi tu rames dans l’autre sens, le mauvais. On ne peut pas rester menacés par ta liberté. On a tous eu quatre mois pour comprendre. On n’a pas la santé pour t’attendre. Si on te laisse faire, c’est nous qui allons payer pour ta négligence. On deviendrait complices, responsables de nous être laissés mettre en danger par ta liberté mal informée. Vite le masque pour tous à l’intérieur public. Tu n’as pas peur des faits, dis?

Pierre Paul Gingras 

Granby