«Avortons» la désinformation anti-choix !

LA VOIX DES LECTEURS / Au printemps dernier, le Sénat de l’État de l’Alabama a adopté une loi restreignant le droit à l’avortement. Cela veut dire que les femmes qui désirent interrompre leur grossesse ne peuvent le faire à moins que l’on considère que la condition dans laquelle elles se trouvent constitue une menace pour leur vie ou que le fœtus possède des anomalies pouvant entraîner la mort.

Donc, cela veut dire que même en cas d’agression sexuelle et d’inceste, une femme ne pourrait se faire avorter. Au courant de l’année, plusieurs lois restrictives ont été adoptées dans plusieurs états afin de bannir ou réduire l’accès à l’avortement. Rappelons qu’au Canada, la procédure est légale depuis 1988. Toutefois, cela ne veut pas dire que ce droit de la femme est sans danger d’être révoqué dans les années futures.

La semaine dernière, il a été annoncé que le film Unplanned (non-planifié) de propagande anti-avortement sera diffusé dans les salles de cinéma Guzzo et la compagnie Cineplex compte faire de même. Le long-métrage met l’accent sur le côté moral de l’acte et utilise des techniques de manipulation émotionnelle afin d’influencer l’opinion du public de manière négative à propos de la procédure.

Parmi ces techniques, il y a l’humanisation du fœtus qui serait en mesure de ressentir la douleur lors de l’intervention ou qui serait déjà formé dès la huitième semaine de gestation et la façon dramatique présentée de comment se produit un avortement. Différents aspects du film ne sont aucunement basés sur la réalité et sont même contestés par la communauté scientifique.

Cette désinformation, construite à partir d’arguments motivants la peur et la culpabilité, constitue une menace pour le mouvement des droits des femmes. Des grossesses menées à terme dans un contexte d’obligation ou de non-choix ont des conséquences indéniables sur la vie des femmes. Par exemple, cela peut avoir un impact sur les études, la situation financière, la carrière professionnelle, la santé mentale et physique des femmes et autres. Certains de ces facteurs perpétuent les inégalités sociétales entre les hommes et les femmes.

On remarque une hausse au Québec de centres anti-choix qui se présentent à la base comme des institutions neutres sur la question, alors que ce n’est pas le cas. Il faut que les droits des femmes et les avis scientifiques aient raison de cette désinformation ! L’avortement doit être un choix effectué en toute liberté et éclairé à l’aide d’informations médicales et factuelles.

Alors que les élections fédérales approchent à vitesse grand V, il faut faire des choix judicieux en matière de santé des femmes et le libre-choix à l’avortement ne semble pas être un droit acquis. Il est nécessaire de lutter contre cette menace en informant et en sensibilisant. Bien que cela puisse nous sembler archaïque qu’une loi anti-avortement soit votée au Canada, il ne faut pas faire l’autruche. C’est présentement une réalité chez nos voisins du sud. Comme la propagande anti-choix ne semble pas s’essouffler, soyons vigilants pour maintenir nos droits gagnés au prix de nombreuses luttes.

Isabelle Corbin - Intervenante et agente de prévention et de communication du CALACS de Granby