Robert Vincent, conseiller municipal à la Ville de Granby

Autre temps, autres mœurs

COURRIER DES LECTEURS / La question soulevée par l’augmentation de la rétribution du maire et des conseillers de la Ville de Granby est simple, elle se réduit à se demander ce qui, aujourd’hui, justifie que les élus s’octroient comme salaire le maximum de ce que la loi prévoit et leur permet ?

Quel cas les élus actuels font-ils du bien commun ? Quelle est aujourd’hui la qualité de la gestion de la Ville ? Quelles réalisations récemment accomplies par le conseil municipal ont permis aux Granbyennes et aux Granbyens de mieux vivre, de gagner davantage, d’avoir aujourd’hui une meilleure qualité de vie ? Si, en l’espace de dix ans, les élus municipaux ont doublé leur salaire, qu’en est-il du salaire moyen des citoyennes et des citoyens qu’ils représentent ? 

« Autre temps, autres mœurs ! », rétorque Robert Vincent. C’est en ces termes que le conseiller municipal a qualifié son radical changement de cap, un commentaire aussi indécent que désolant que, bien loin d’endosser, je dénonce avec la plus grande fermeté. Si hier, à l’automne 1990, le syndicaliste Robert Vincent fustigeait à grands cris la hausse salariale des élus municipaux proposée par l’administration Girard, aujourd’hui le conseiller Robert Vincent applaudit à deux mains à celle approuvée dernièrement par l’administration Bonin.

L’exercice du pouvoir a, semble-t-il, obscurci le jugement de Robert Vincent, puisqu’à ses yeux, exercer une responsabilité d’élu municipal a perdu son sens premier — celui d’une mission, d’un engagement au service du bien commun, au service des citoyennes et des citoyens de Granby. 

Cette notion d’engagement ne semble guère compter à ses yeux puisque, pour lui, il n’y a qu’une seule et unique façon d’attirer à l’hôtel de ville des gens compétents, qui donneront un bon rendement à la Ville et à ses citoyens, c’est de leur faire miroiter de substantiels émoluments. Mais en adoptant une telle approche, de plus en plus souvent on se retrouve dans nos villes avec des élus municipaux qui ne pensent qu’à se servir plutôt qu’à servir la communauté.

Jamais un membre d’un conseil municipal, que ce soit à Granby ou ailleurs, ne devrait oublier qui sont ces femmes et ces hommes qu’il représente. Granby est toujours une ville ouvrière, la majorité des gens qui y travaillent, qui y vivent, ne se retrouvent pas au sommet de l’échelle en termes de salaire à la grandeur du Québec. Qu’en est-il de cette corrélation qui doit exister entre les élus et les citoyens ? 

Qu’on aime ou non l’homme, qu’on approuve ou non ses décisions, il y a cependant une chose que l’on doit reconnaître à Michel Duchesneau, qui a été maire de Granby de 1993 à 2005 : il avait promis d’éliminer la dette de 71 millions de la ville. Il a tenu parole, si bien qu’au début de 2000, Granby était devenue l’une des villes avec le plus faible taux de taxation, si bien que le compte de taxes des citoyens avait été réduit de 40 %. Un exploit dont peu de villes au Québec peuvent se vanter. 

Quant à l’ancien maire de Granby, de 1985 à 1993, Mario Girard, on peut imaginer que c’est finalement guidé par le respect des gens qu’il représentait que son administration n’a jamais donné suite à ses velléités d’augmenter de 13,5 % la rémunération des élus.

En 1990, c’est un front commun des organisations syndicales auxquelles s’étaient joints des porte-parole du milieu communautaire qui a lancé le mouvement de contestation, appuyé par une pétition de plusieurs milliers de noms de citoyennes et de citoyens de Granby. Comme représentant de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), je faisais partie du front commun. Si la force de notre mouvement — on est loin d’un groupe de contestation — a réussi à infléchir la décision du conseil municipal d’alors, les élus d’aujourd’hui ne semblent pas avoir tiré des leçons du passé. Près d’une trentaine d’années plus tard, ils choisissent encore de penser à eux avant de penser au mieux-être de la communauté, sans se soucier de l’engagement moral qu’ils ont contracté envers leurs concitoyennes et leurs concitoyens en acceptant les responsabilités inhérentes à leurs charges de maire ou de conseiller. 

Serge Tremblay

trésorier de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)