Attention aux antibiotiques

Des efforts considérables sont déployés dans le monde pour sensibiliser les professionnels de la santé et les patients à l’importance d’éviter de prescrire ou de consommer inutilement des antibiotiques.

Selon un nouveau rapport, pas moins de 14 personnes au Canada meurent chaque jour à cause de la résistance aux antibiotiques.
À l’échelle mondiale, 700 000 décès sont attribués chaque année à l’antibiorésistance, chiffre qui devrait atteindre les 10 millions d’ici une trentaine d’années.   

Au Canada, beaucoup pourraient être surpris d’apprendre que les foyers de soins de longue durée sont particulièrement préoccupants pour ce qui est de la prescription abusive d’antibiotiques.

Même s’il est bien intentionné, l’usage inapproprié d’antibiotiques en ces lieux peut contribuer à la prolifération de bactéries antibiorésistantes et causer d’autres infections graves comme celles transmises par la bactérie C. difficile, tant dans ces établissements qu’à l’extérieur.

Au pays, plus de 300 000 personnes vivent dans des établissements de soins de longue durée. L’éventuelle présence d’une infection des voies urinaires représente l’une des raisons les plus communes de la prescription d’antibiotiques chez leurs résidents.

Mais l’urine des personnes âgées contient souvent des bactéries inoffensives qui ne causent aucune infection. De plus en plus, les professionnels de la santé comme moi-même, qui exercent dans le secteur des soins de longue durée, jouent un rôle de premier plan sur cette question. Nous parlons de ce problème à nos collègues, aux résidents de ces établissements et à leur famille et tentons d’y changer les habitudes.

Une campagne nationale visant à amorcer des discussions entre professionnels de la santé et les patients sur la surutilisation des antibiotiques a mis sur pied une initiative spéciale ciblant les foyers de soins de longue durée. Cette initiative vise à encourager les médecins et le personnel infirmier à «réfléchir avant de prélever» et à éviter de prescrire des tests d’urine lorsqu’il y a un changement dans l’état de santé d’un patient, sans tenir compte des autres causes possibles. 

Souvent, nous sommes dans l’impossibilité de demander à nos patients s’ils ressentent les symptômes physiques associés aux infections urinaires. Nous devons donc prendre des précautions supplémentaires et effectuer un examen approfondi du patient en contexte clinique afin de déterminer s’il a bel et bien une infection et s’il a réellement besoin d’une antibiothérapie. 

De nombreuses autres causes peuvent expliquer un changement de comportement. Nous devons également assurer une communication efficace avec les membres de la famille des résidents et les proches aidants pour qu’ils comprennent les risques et les dommages liés à la prise inutile d’antibiotiques. 

Nous devons éviter les médicaments puissants comme les antibiotiques lorsqu’ils ne sont pas nécessaires et les réserver aux moments où ils le seront réellement. Ainsi, nous pourrons non seulement améliorer les soins prodigués aux résidents des foyers de soins de longue durée, mais également réduire la résistance aux antibiotiques pour tout le monde. La modification des pratiques de prescription dans les établissements de soins de longue durée constitue une étape importante pour atteindre cet objectif. 


Dr Patrick Quail  

Professeur adjoint au sein du département de médecine familiale de l’Université de Calgary