La démocratie est souvent placée devant un dilemme difficile à trancher, estime André Beauregard.

Anybody but…

La démocratie est souvent placée devant un dilemme difficile à trancher. Au moment de la dernière élection présidentielle française, le mot d’ordre était simple : n’importe qui, mais pas de Marine Le Pen. Arrivé au deuxième tour, il y avait une certaine stupeur : choisir entre Macron et Le Pen ; choisir entre une droite camouflée et extrêmement néolibérale ou une extrême droite xénophobe et anti-migration. Ils ont choisi le candidat qui semblait le moins repoussant.

En 2018, au cours de la prochaine élection générale, les Québécois francophones entendront certainement le mot d’ordre suivant : n’importe qui sauf les libéraux de Philippe Couillard. Or, la majorité des comtés francophone sont situés dans les banlieues ou loin de Montréal­, c’est donc dire, si on se fie aux sondages, que ces électeurs seront placés devant un triste choix : blanc bonnet ou bonnet blanc, baisses d’impôts du PLQ ou baisses d’impôts de la CAQ, éco­nomie libérale ou économie caquiste. Choisiront-ils tout simplement le parti qui se camoufle sous un visage moins ridé, mais tout aussi dangereusement néolibéral ? On appellera ça, le changement !

Aux États-Unis, le système électoral donne plus d’importance aux votes des petites communautés caractérisées par leurs troupeaux de bovins et leurs grandes prairies désertes. Malgré le fait que personne ne croyait possible l’élection du monstre actuel, celui-ci a reçu l’appui de 63 millions d’électeurs. Et ensuite, on se demande pourquoi le monde va si mal, pourquoi des désastres climatiques si dévastateurs, pourquoi l’effrayante menace d’un conflit nucléaire, pourquoi des gens vivant dans un pays si riche n’ont pas accès à une bonne éducation et à de bons soins de santé, pourquoi cet écart scandaleux et révoltant entre les plus nantis et les plus vulnérables.

Quand nous arrivons devant l’urne, nous oublions totalement le monde dans lequel nous vivons et comme des crétins, nous faisons passer notre petit intérêt personnel immédiat avant le bien commun et la qualité de vie des futures générations. Nous choisissons des baisses d’impôts même si non seulement 50 % de la population n’en profitera pas, mais en paiera aussi le gros prix. Le signe de piasse nous aveugle totalement et nous votons pour les « pelleteux de nuages » qui promettent de faire plus avec moins d’argent.

Il semble bien que les coupures de millions dollars effectuées depuis quinze ans dans tous les services essentiels auraient dû nous ouvrir les yeux et nous faire comprendre que l’objectif de nos partis politiques néolibéraux est clair : agenouiller l’État devant les lois du marché, un marché sans âme obsédé par le profit maximum pouvant être obtenu au détriment de l’éducation, des soins de santé, de la protection de nos forêts et de nos cours d’eau, des logements sociaux. Platement, nous élisons des Emmanuel Macron, des Donald Trump, des membres du PLQ et de la CAQ et ensuite, nous nous lamentons. Les quelques dollars reçus par la baisse des impôts, nous les payons 100 fois plus en perte de services et surtout en tarifs de toutes sortes. Nous sommes les dindons de ce comportement masochiste et nous choisissons librement de ramper dans cette misère. Plus le PIB est élevé, plus les écarts sociaux et environnementaux entre les pays et entre les citoyens s’agrandissent­. Cherchez l’erreur !

André Beauregard

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