La famille, on a beau parfois avoir du mal à la supporter, parfois la critiquer, ça reste le dernier filet de sécurité quand tout autour prend le bord.

Ailleurs, c’est pas toujours comme ici

Au moment où vous lisez ces lignes, je me trouve à Varadero, en famille. Famille élargie, puisque ceux qui me connaissent un peu savent que mon conjoint est d’origine cubaine.

Si je vous parle d’emblée de ma position géographique actuelle, c’est surtout pour vous mettre en contexte pour la suite.

Chaque fois que je me prépare à partir avec les enfants, je ne peux m’empêcher de repenser à certaines remarques qu’on m’a faites concernant ma façon de faire avec elles. Et à celles que je me suis faites à moi-même concernant la leur.

Je me souviens d’une tante qui s’est étonnée de ne pas me voir éplucher les pois chiches avant de les réduire en purée pour ma fille de huit mois. Honnêtement, ça ne m’était même pas passé par la tête, mais pour Cuca, ce n’était pas normal ; c’était même risqué.

Pour moi, ce qui était anormal, c’était de voir, à cheval sur de vieilles mobylettes qui zigzaguaient en crachotant de gros nuages noirs, des mamans avec leur poupon dans les bras. Avec pas d’casque, de surcroît (clin d’œil ici à ma collègue Isabelle Gaboriault) !

Entre les deux, je me demandais bien qui vivait le plus dangereusement, mais bon.

Ce ne sont là que deux petits exemples de différences culturelles quand vient le temps d’élever ses enfants. Certaines façons de faire datent de plusieurs générations, d’autres sont forcées par le contexte socioéconomique.

Une rapide recherche sur Google m’a permis de collecter certaines particularités de certaines cultures. C’est là que j’ai appris, notamment, que les enfants commencent l’école primaire à 7 ans en Finlande, que les parents français disent s’il vous plaît et merci lorsqu’ils s’adressent à leur bébé de quelques semaines pour leur inculquer la politesse, et qu’au Japon, on prône l’autonomie au point de laisser les tout-petits se débrouiller seul dans les transports en commun dès l’âge de 4 ans, selon le magazine Planète­ F.

Je me suis aussi demandé ce que les parents immigrants observaient de notre façon de faire au Québec, ce qui les étonnait, les choquait, leur plaisait. Quelle était la plus grande particularité ici, comparativement à ailleurs, où qu’il soit ?

Alors, je suis allée à la source, à la rencontre d’immigrants venus s’installer au Québec pour trouver réponse à mes questions.

Esprit de famille

J’ai fait connaissance avec Relid Chahrazed, une maman algérienne de deux filles de 10 et 13 ans, Claudia Castillo, une Colombienne mère de trois enfants de 14, 10 et 5 ans, ainsi que de Juvesnal Masalarakiza, un père originaire du Burundi qui a vécu dans un camp de réfugiés en Tanzanie pendant 22 ans ; c’est là qu’il a eu trois de ses quatre enfants, aujourd’hui âgés de 24, 22, 17 et 16 ans.

Ils sont tous trois arrivés au Québec il y a moins d’un an. À part l’hiver, vous savez ce qui les déstabilise le plus ? C’est de constater à quel point la famille québécoise est éclatée.

Ils ne font pas tant référence ici aux parents séparés/divorcés/rematchés/remariés ni même aux demi-frères ou demi-sœurs. Ils parlent surtout du lien d’attachement qui unit ces gens. De l’esprit de famille. Du respect qu’ils se démontrent mutuellement.

Ce n’est pas un hasard si au parc de la Yamaska, les personnes issues d’autres communautés culturelles débarquent en gang la fin de semaine. Ils célèbrent la force de leur cellule familiale, qui est bien souvent la seule encore intacte quand toutes les autres sphères de la société sont corrompues, fait remarquer Relid.

Quand les bombes sautent, que les jeunes filles se font violer et les enfants kidnapper, que le chômage touche le tiers de la population et que des clans s’entretuent, le seul lieu où on se sent en sécurité, c’est la famille.

C’est pourquoi ils en prennent grand soin. Contrairement à ici, les personnes âgées ne terminent pas leurs jours dans des CHSLD. C’est honteux de mettre ses parents en résidence, dit Relid.

Contrairement à ici, les adolescents n’envoient pas promener leurs parents. Il y a toujours un énorme respect pour les parents, car on sait qu’ils font beaucoup de sacrifices pour nous, fait valoir Juvesnal, qui se dit choqué par les révoltes des adolescents québécois.

Contrairement à ici, les parents ne sont pas seuls pour élever leurs enfants. Une grand-maman, une belle-sœur, une nièce ou une tante ne sont jamais bien loin pour donner un coup de main ou carrément prendre la relève, ajouterait mon conjoint.

En sécurité

Tous saluent néanmoins ouvertement l’organisation, la sécurité et le respect des différences de notre société.

Je ne peux m’empêcher de me demander — sans critiquer — si ce n’est justement pas en partie ce qui fait qu’on est moins soudés. On se sent en sécurité et respecté partout et par tous. En plus, notre niveau de vie fait en sorte qu’on n’aurait plus besoin de personne parce qu’on a tous notre propre piscine, notre propre tondeuse à gazon et notre propre souffleuse. À Cuba, me répète souvent mon mari, il y a une drill pour tout un village ; t’as pas le choix d’être chum avec celui qui l’a !

Je n’ai pas de conclusion toute bien formulée sur le sujet, ni même de solution à proposer. Mais je me dis qu’il y a matière à réflexion concernant tout ça. Parce que la famille, on a beau parfois avoir du mal à la supporter, parfois la critiquer, ça reste le dernier filet de sécurité quand tout autour prend le bord.

« La famille est importante pour créer notre identité. C’est le creuset de nos valeurs », disait Marie Grégoire, au Sommet de la famille en mai dernier.

« La famille est la base de nos sociétés. C’est la plus petite échelle où se prennent des décisions importantes », faisait aussi valoir Julie Dostaler, directrice générale d’Avenir d’enfants.

Que reflètent donc nos familles sur la société ?