Les dirigeants siégeant sur les différents conseils d’administration des caisses Desjardins représentent-ils les membres qui les ont élus? Ce n’est pas évident.

À qui appartient Desjardins ?

Les membres des caisses Desjardins sont-ils les propriétaires de celles-ci ? Quand on pose la question aux administrateurs de ces établissements, ils nous assurent que c’est le cas. Mais des doutes subsistent.

Sur le site internet du Mouvement Desjardins, on peut lire ceci (j’ai surligné en gras les passages clés) :

« Les membres sont collectivement propriétaires de leur caisse.

Les membres peuvent participer à l’assemblée générale annuelle de leur caisse et élire les dirigeants.

Il s’agit d’un privilège distinctif que l’on ne retrouve que dans les institutions financières coopératives.

Le dirigeant élu représente les membres de sa caisse. […] »

Donc, en résumé, les personnes qui siègent au conseil d’administration des caisses sont élues par les membres de ces caisses. Et leur mandat est de représenter les membres.

Il faudrait peut-être réexpliquer cette hiérarchie à des administrateurs ainsi qu’à des employés des directions générales des caisses. Parce que j’ai eu la sérieuse impression la semaine dernière qu’ils se préoccupent plutôt des intérêts de la Fédération Desjardins, le grand parapluie administratif qui regroupe les 293 caisses de la coopérative.

Dans une série de reportages ces deux dernières semaines sur des résolutions de membres de Desjardins demandant que la Fédération cesse de financer des projets pétroliers liés aux sables bitumineux, j’ai discuté avec quelques administrateurs et dirigeants de caisses de la région. Voulant savoir également ce que pensait la Fédération de toutes les résolutions des assemblées générales l’exhortant de se retirer du secteur pétrolier, j’ai été surpris d’apprendre que la direction de la caisse Desjardins Granby—Haute-Yamaska lui avait demandé conseil pour répondre à mes questions…

La dame des relations publiques de la Fédération avec qui je me suis entretenu m’a expliqué que son équipe allait répondre au nom de la caisse de Granby—Haute-Yamaska. Bien que je lui ai fait remarquer que les caisses étaient autonomes et qu’elles avaient des conseils d’administration élus par les membres, elle a réitéré que la réponse viendrait de son service.

Le président du conseil d’administration de la Caisse Granby—Haute-Yamaska, André Moïse, et le directeur général de l’établissement, Serge Laflamme, malgré ma demande de leur parler au sujet de la résolution adoptée par leur assemblée générale, n’ont jamais communiqué avec moi.

La réaction de la direction de la caisse Desjardins de Rouville dans cette campagne anti-pétrole de membres de la coopérative a également suscité mon étonnement. Cette caisse ne tiendra pas d’assemblée générale cette année parce qu’elle vient de sortir d’un processus de fusion de six établissements. Ça n’a pas empêché un de ses membres, Jean-Paul Pelletier, d’écrire au conseil d’administration demandant qu’il adopte une résolution exigeant que la Fédération cesse de financer des projets pétroliers.

Lorsque j’en ai parlé au directeur général de la caisse, Jean-Luc Dasté, il a indiqué que les membres du conseil d’administration allaient en discuter. Puis il a eu cette déclaration inattendue : « Nous allons faire des vérifications pour voir quelle est la position corporative puis on va donner suite à la résolution. »

Oui, vous avez bien lu : la position corporative !

Au lieu de sonder la Fédération sur la question, ne serait-il pas plus pertinent que les administrateurs du conseil d’administration de la caisse Desjardins de Rouville consultent les membres de la caisse qui les ont élus à leur poste ?

Comment expliquer que des administrateurs confondent leur rôle ? Craignent-ils de déplaire aux dirigeants de la Fédération ?

Ce n’est pas d’hier que des critiques se font entendre à l’intérieur de la coopérative sur sa culture de gestion. Elle ressemble de plus en plus aux banques, disent-ils. C’est assez ironique parce qu’on se plaît chez Desjardins à se distancier des institutions financières privées et de leurs dirigeants payés des salaires indécents.

Comprenons-nous bien : Desjardins est une grande institution, qui depuis 1900 a permis au Québec de se développer économiquement et socialement, surtout en région où les banques refusaient souvent de financer les projets de Canadiens-français. Où serions-nous aujourd’hui comme peuple québécois sans cette inestimable contribution ?

L’étoile du mouvement a depuis pâli. On a même récemment retiré la ruche du célèbre logo de la coopérative. Étrange décision. La ruche ne symbolise-t-elle pas la force d’une collectivité, celle de ses millions de membres ?

Il est temps que Desjardins ramène ses membres au cœur de ses décisions et activités.