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La Voix des lecteurs

Voitures électriques vs VUS

LA VOIX DES LECTEURS / Les feux sans précédent qui font présentement rage en Australie nous confrontent une fois de plus à la réalité bien avérée des changements climatiques. Le lien entre ce type de catastrophes naturelles qui surviennent partout sur la planète et l’augmentation des gaz à effet de serre (GES) n’est plus à démontrer. Les scientifiques sont unanimes à déclarer que nous devons maintenir le réchauffement du climat en deçà du seuil critique de 1.5°C si nous voulons éviter un désastre généralisé à long terme.

Pour atteindre cet objectif, il faut réduire drastiquement nos émissions de CO2, soit de 85 à 90% d’ici 2050 par rapport au niveau de 1990, selon les dernières cibles fixées par le Groupe intergouvernemental sur le climat (GIEC).

Selon les données du ministère du Développement durable, de l’Environnement et le la Lutte contre les changements climatiques, au Québec, le secteur des transports représente la principale source de GES avec 43,3% des émissions totales de GES (données de 2017).

C’est aussi le secteur qui a connu la plus forte hausse d’émissions de 1990 à 2017, soit une augmentation de 23%. Bien sûr, on peut penser aux nombreux camions de marchandises qui circulent sur nos routes. Mais nos 5 millions de véhicules personnels contribuent également à ces émissions. Nous avons donc notre part de responsabilité à ce niveau et nous avons la possibilité de faire des choix plus écologiques.

J’ai été très étonnée d’apprendre que de 1990 à 2015, si l’accroissement du nombre d’automobiles au Québec a été de 17%, celui des camions légers (fourgonnettes, camionnettes et véhicules utilitaires sport) a, quant à lui, été de 215%!

Or, saviez-vous que les véhicules utilitaires sport (VUS) émettent 1,44 fois plus de GES qu’une automobile? Avons-nous vraiment besoin de ces gros véhicules énergivores et polluants pour nos déplacements quotidiens? N’est-il pas urgent de se tourner vers des solutions plus vertes?

Les voitures électriques gagnent en popularité au Québec, mais leur nombre n’atteint pas encore 1% du parc automobile. Et, selon l’Agence internationale de l’Énergie, « l’impact négatif des VUS sur le CO2 a été cinq fois plus important au cours de la période 2010-2018 que l’impact positif des voitures électriques. » 

Pourtant l’auto électrique représente une alternative de plus en plus intéressante avec une autonomie qui s’accroît et des prix de vente qui continuent à devenir plus abordables. Si on considère les subventions à l’achat accordées par les deux paliers de gouvernement et les économies réalisées sur l’essence et les coûts d’entretien à long terme, l’acquisition d’une auto électrique devient même aussi avantageuse financièrement que celle d’une automobile à combustion.

On se demande souvent ce qu’on peut faire individuellement face à l’urgence climatique. Si vous pensez à vous acheter un nouveau véhicule en 2020, pourquoi ne pas considérer une voiture électrique? C’est un geste parmi d’autres, mais il est urgent que chacun d’entre nous agisse à sa mesure. Il faut dorénavant placer tous nos choix dans la perspective de réduire le plus possible notre empreinte écologique.

Lorraine Paquette

Comité Ultimatum Granby

La Voix des lecteurs

Un total de 25 000$ pour tenir la main du conseil à Stukely-Sud

LA VOIX DES LECTEURS / Le 16 janvier dernier, La Voix de l’Est rapportait, sous la plume de Marie-Ève Martel, l’inconfort des citoyens et citoyennes de Stukely-Sud face à l’imposition par le conseil municipal de la présence systématique d’un avocat lors des assemblées publiques.

En tant que citoyenne de Stukely-Sud, je suis estomaquée de lire que le maire, Patrick Leblond, et nos élus estiment que cette décision s’inscrit en réponse au «climat houleux» des derniers mois lors des assemblées publiques.

Je me permets de rappeler au maire que la grogne ambiante découle de son attitude arrogante, intimidante et de son refus de répondre aux questions légitimes de ses concitoyens durant ces mêmes derniers mois.

Que les élus aient besoin de conseils juridiques ponctuels pour encadrer leur travail, passe encore. Mais que la présence d’un avocat chaque assemblée soit jugée essentielle pour éviter que monsieur Leblond ne fasse d’impairs ou sorte de ses gonds, il y a une sacrée marge!

Deux experts en gouvernance publique ont déjà exprimé clairement à la journaliste Marie-Ève Martel, qu’un : «climat malsain n’est jamais de la faute des citoyens»; Michel Filion, (La Voix de l’Est, 17 août 2019) et que, concernant la présence systématique d’un avocat lors des assemblées publiques «Je dirais que dans ce cas-là, pour les contribuables, ce n’est pas nécessaire.»; Michel Nadeau, (La Voix de l’Est, 18 janvier 2020).

À cet inconfort de principe s’ajoute la colère des citoyens face à la dépense frisant 1 000$ par mois qui pourrait donc approcher un total de 25 000$ d’ici la fin du mandat du conseil actuel. De l’avis de plusieurs, ce montant serait bien mieux employé à réaliser des projets au service de la population du village.

Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant de constater le nombre important de maisons à vendre. Avec la mauvaise presse que nous attire le maire, cela peut contribuer au désintérêt de certains acheteurs et au départ de citoyens établis.

Isabelle Marissal 

Citoyenne de Stukely-Sud

La Voix des lecteurs

Le Québec en action contre la pauvreté

LA VOIX DES LECTEURS / L’économie québécoise roule présentement à plein régime. Le taux de chômage est au plus bas et les salaires augmentent. Le taux d’assistance sociale atteint un creux historique, alors que seulement 5,3 % de la population bénéficie des programmes d’assistance sociale. Mais malgré cela, la pauvreté demeure une dure réalité contre laquelle nous devons continuer de lutter.

Nous devons continuer de resserrer le filet social qui nous distingue et qui fait notre force. Nous devons continuer de faire ce que les Québécois font de mieux: se serrer les coudes. 

Sortir de la pauvreté 

La pauvreté revêt plusieurs visages et ses causes sont multiples. Pensons aux personnes qui vivent en situation d’itinérance ou de dépendance ou celles aux prises avec des problèmes de santé mentale. Encore aujourd’hui, plus de 8,9 % des enfants vivent sous le seuil de la pauvreté. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés devant cette réalité.

Opinions

Vivre avec l’Alzheimer

LA VOIX DES LECTEURS / Mon histoire d’amour avec Bella est longue et se poursuit à ce jour malgré les changements provoqués par la maladie d’Alzheimer. Nous nous sommes mariés le 4 septembre 1972. Nous sommes les parents de deux incroyables filles et de trois magnifiques petits-enfants. Ensemble, nous avons bâti une entreprise dans laquelle nous avons travaillé toute notre vie. Nous avons toujours traversé la vie en équipe : au travail, à la maison, pour les enfants, dans nos sorties… et à travers la maladie.

La maladie a changé beaucoup de choses, mais le cœur est identique : la mémoire du cœur n’oublie jamais. Les émotions restent en nous à tout jamais. En mars 2016, Bella a été heurtée par une voiture alors qu’elle traversait la rue. Ayant subi un traumatisme, elle a passé quatre jours à l’hôpital. Après son rétablissement, elle a rencontré son médecin de famille. Après une brève discussion et divers examens, elle a été orientée vers un spécialiste de la mémoire. En septembre 2016, elle recevait un diagnostic de maladie cognitive. Elle avait 68 ans. 

Il y a eu des larmes et des inquiétudes, et ce, même si on soupçonnait que quelque chose n’allait pas avec Bella. La confirmation a été pour nous un choc. Les émotions étaient fortes, mais je n’ai pas eu l’impression de vivre une catastrophe. Cette force me vient de mon travail de bénévole que je mène auprès de personnes atteintes du cancer. Le désir d’aide et d’empathie est dans ma nature. 

Bella a dû quitter son travail à l’entreprise que nous avons bâtie ensemble. Une période de dépression s’en est suivie. L’image qu’elle avait d’elle-même a changé. Ayant toujours géré le côté administratif des affaires, elle s’est tout à coup retrouvée incapable d’effectuer les tâches avant si simples pour elle. 

Après avoir lu un article dans le journal et avoir découvert l’aide offerte, nous nous sommes rendus au bureau de la Société Alzheimer locale. Nous y avons reçu un accueil chaleureux. Un facilitateur nous a clairement expliqué les services offerts par l’organisme. Bella était un peu réticente au départ. Il lui a été difficile de trouver sa place, mais avec les activités, une meilleure qualité de vie, où la personne atteinte et le proche aidant sont ensemble, elle s’est sentie de plus en plus à l’aise. Maintenant, elle est toujours heureuse de participer aux activités et de socialiser avec les membres, par exemple, des Joyeux troubadours. Les gens qui la connaissaient ont réagi à son diagnostic avec tristesse, mais ils ont aussi été respectueux en montrant qu’ils se souciaient d’elle. 

Nos filles lui donnent un grand coup de main avec l’entreprise familiale, qu’elles gèrent dorénavant. Leur soutien m’est essentiel. L’attitude du grand public à l’égard des personnes atteintes d’une maladie cognitive semble s’améliorer, mais il faut encore diffuser beaucoup d’information pour l’aider à comprendre et à accepter les personnes atteintes. Il faut en parler. 

La Société Alzheimer aide à éduquer le public et offre divers programmes aux personnes atteintes et à leurs proches aidants. Il est toujours possible de mener une vie heureuse malgré la maladie. Il est inutile de se concentrer sur ce que la personne ne peut plus faire. Il faut tout simplement changer ses habitudes et se concentrer sur ce qu’elle est encore capable de faire. Profitez de chaque journée : la joie se cache parfois dans de petits moments anodins. Par exemple, Bella s’est découvert une nouvelle passion pour le mandala, une configuration géométrique de cercles. Elle adore passer des heures à colorier ces cercles virtuellement infinis et, parfois, lorsqu’elle entend des chansons anciennes, son sourire vaut mille mots.

Aidez la Société Alzheimer. Personne ne sait si un jour vos proches en seront atteints. 


Gilles Bernier

proche aidant et co-porte-parole régional de la Société Alzheimer Granby et région

Opinions

Laïcité et liberté religieuse

LA VOIX DES LECTEURS / Le gouvernement québécois veut revoir le cours d’enseignement éthique et religieux. Peut-être que nos écoles devraient-elles plutôt enseigner les compétences psychosociales, mais laisser l’opportunité aux groupes religieux de faire leur propre enseignement religieux.

La laïcité est définie comme le « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse » et « d’impartialité ou de neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses ». 

L’évangile selon St-Luc (20-25) écrit que Jésus a dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Évangile de Luc 20-25). 

Cette phrase peut être interprétée comme l’établissement d’une séparation entre les domaines spirituel et civil. Mais pourquoi est-ce que les institutions gouvernementales, notamment les écoles, interdisent-elles que les Églises annoncent leurs programmes de catéchèse ?

Selon le philosophe et écrivain français Henri Peña-Ruiz, la laïcité conjugue la liberté de conscience, qui permet aux options spirituelles de s’affirmer sans s’imposer, l’égalité de droits de tous les humains sans distinction d’option spirituelle, et la définition d’une loi commune à tous visant le seul intérêt général, universellement partageable. (Henri Peña-Ruiz, Histoire de la laïcité, genèse d’un idéal, Gallimard, coll. « Découvertes/Histoire », 2005)

En ce sens, la laïcité soutient les droits et libertés. La Charte canadienne des droits et libertés, qui fait partie de la constitution, énonce dans son préambule que le Canada « est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». 

La liberté religieuse est également garantie. Le Québec a également sa Charte des droits et libertés garantissant les libertés fondamentales de religion et de conscience et l’égalité des droits pour tous. 

Alors pourquoi est-ce que notre gouvernement québécois est si frileux lorsqu’il s’agit de religion ?

Nos écoles ont le devoir d’apprendre à nos jeunes comment devenir de bons citoyens pour une société paisible. 

Cependant, les religions donnent un sens à la vie, répondent aux questions existentielles selon la liberté de conscience de chaque individu.

L’interdiction d’annoncer, d’informer des programmes de catéchèse catholique, en occurrence, est nuisible à ce besoin et au développement de la personne.

Je réclame donc le droit de liberté religieuse et de pouvoir l’afficher, de pouvoir s’affirmer sans imposer. Ce serait peut-être un remède à notre société « anxieuse ».


Madeleine Ferland

Chargée de catéchèse à Cowansville

Opinions

Éthique et culture religieuse : pourquoi tant de controverses ?

LA VOIX DES LECTEURS / Avant de tracer l’historique de ce programme, voici le point de vue d’élèves de 4e et 5e secondaire.

« Ce cours est une occasion de me charger d’énergie positive et de me recentrer sur les valeurs qui me tiennent à cœur. Merci d’avoir été ces ailes qui nous ont retenues quand nous n’arrivions plus à voler. » Angélique 

« Aux yeux de plusieurs, le cours ÉCR semble moins important qu’un cours de maths ou de français. Pourtant, il l’est tout autant ! J’ai beaucoup grandi intérieurement, je me suis ouverte sur le monde, j’ai appris sur d’autres cultures. C’est toujours un plaisir d’aller au cours d’ÉCR. » Anne-Marie 

« Je veux voyager, plus tard. J’ai tellement appris sur les lieux de pèlerinage dans le monde avec Mme Annie. Ce sont des lieux importants à respecter, même si je ne suis pas croyante. » Catherine 

« Seul cours qui parle de l’être humain ; j’ai beaucoup appris sur moi. Il nous ouvre les yeux sur le monde et sur nos préjugés. Il est indispensable pour nous aider à devenir meilleurs ! » Alex 

« J’ai appris pourquoi les Témoins de Jéhovah cognent à notre porte. J’ai appris aussi à faire la différence entre des groupes religieux et des vraies sectes pour ne pas me faire avoir. Merci ! » Frédéric 

« Je me rends compte à quel point votre cours m’a changé pour devenir une personne meilleure. Grâce à ce cours, j’ai mis fin à une relation malsaine, car vous avez réussi à m’ouvrir les yeux et à prendre soin de moi maintenant. » Maude 

« Ce cours nous aide dans notre cheminement de vie. Si je suis l’homme que je serai plus tard, ce sera en partie grâce à mes apprentissages faits dans le cours ÉCR. » Maxime 

« J’ai appris comment du monde se radicalise. Vraiment pas drôle ! Il faut faire attention. Je comprends maintenant la différence entre un musulman et un islamiste. » Élaine 

Historique d’un programme méprisé

En septembre 2008, le gouvernement du Parti libéral du Québec implantait le cours ÉCR dans toutes les écoles du Québec. Ce changement historique était une suite logique de l’évolution de la province concernant la place de la religion à l’école (Proulx, 1999). Mais ce projet d’envergure ne pouvait se réaliser sans que le gouvernement procède à des changements constitutionnels. 

En 2005, le gouvernement en place a mis sur pied une commission parlementaire pour consulter des experts d’adopter des changements. Étrangement, l’Association québécoise des professeurs de morale et de religion, dont les membres enseigneraient le futur programme, n’a pas été invitée. Ce faisant, toute la « réalité terrain » de notre champ disciplinaire a été évacuée du processus décisionnel. Ce choix est encore, aujourd’hui, lourd de conséquences pour les enseignants en ÉCR. 

En tant que présidente de cette association, qui comptait alors plus de 400 membres, j’ai insisté pour que les responsables de l’implantation informent les parents de leurs décisions. Stratégiquement parlant, nous estimions qu’il fallait créer les conditions les plus favorables pour l’implantation de ce programme, et ne pas rater l’occasion d’en faire connaître la pertinence. Juin 2005, le ministre de l’Éducation adoptait rapidement le projet de loi 95 modifiant la Loi de l’instruction publique, limitant le choix des parents de choisir entre un enseignement moral et un enseignement religieux catholique pour une période de trois ans seulement. Malheureusement, les parents ne furent pas informés de cette décision. Puis, l’article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne a été modifié, article permettant aux parents d’obtenir une éducation religieuse pour leur enfant au sein des établissements scolaires du Québec. Encore une fois, les parents n’ont pas été informés. 

Malheureusement, les parents du Québec ont connu l’existence de ce programme après son implantation, à l’automne 2008, par un simple dépliant explicatif. Leur réaction a été celle que nous appréhendions : plusieurs regroupements de parents, dont la Coalition pour la liberté en éducation (CLE), ont vivement réagi, jusqu’en Cour suprême. 

Selon nous, la plainte aurait dû porter sur la modification de l’article 41 de la Charte qui concernait les parents, et non pas sur l’atteinte à la liberté de conscience et de religion. 

Presque 12 ans plus tard, la controverse soulevée lors de l’implantation a encore des incidences non négligeables et nuit à sa crédibilité. (Bergeron, 2012). Le programme ÉCR est stigmatisé depuis son implantation par des directions d’école, des enseignants d’autres disciplines et des parents. Seuls les enseignants en ÉCR voient leurs heures d’enseignement amputées au profit d’autres programmes jugés plus pertinents par les directions. Ces décisions administratives bouleversent les tâches des enseignants. De plus, la qualité de l’enseignement est entachée, parce que de nouveaux enseignants sans formation adéquate ni soutien pédagogique acceptent des tâches en ÉCR. 

En février 2013, le responsable du programme ÉCR au ministère, Jacques Pettigrew, faisait état des multiples problématiques de la mise en œuvre du programme. Le plan du MELS (ancienne appellation du MEES) était alors de valoriser le programme et non de l’éliminer. 

Au lieu d’annoncer publiquement ce chantier majeur, le ministre Roberge, lui-même ex-enseignant, aurait pu demander l’expertise d’enseignants en ÉCR par le biais de l’AQÉCR afin d’élaborer avec eux une stratégie organisationnelle visant à bonifier le programme et à améliorer les conditions d’enseignement. À titre d’exemple, pourquoi ne pas ajouter les thématiques proposées dans la consultation aux élèves de 3e secondaire qui ne reçoivent présentement aucun contenu disciplinaire en développement personnel ? 


Claire Bergeron

Enseignante en ÉCR au secondaire, M.A. en éducation Université de Sherbrooke

Opinions

Elle voulait danser sur Port-au-Prince !

LA VOIX DES LECTEURS / La journée était splendide, une fraîche brise balayait Port-au-Prince. On avait levé des tentes, accroché quelques guirlandes ici et là en ville.

Elle avait tressé ses beaux cheveux noirs, debout devant un vieux miroir craquelé de la petite pièce de la maison. Debout, parce qu’elle ne tenait plus en place, bougeant un peu les hanches tout en agitant les bras le long de son corps de jeune femme. Tout le matin, elle avait répété les mêmes gestes, préparé judicieusement tous ses élans, ses sauts et ses pas.

Vêtue d’une petite jupe de toile, les pieds nus elle portait un petit collier de pierres grises que lui avait donné son grand-père lorsqu’elle était toute petite. C’est qu’il sera là, avec ses yeux pétillants de bonheur et sa joie de vivre qui jaillissait de lui. 

Le fameux « pépé » qui a toujours fait figure de légende, voire de prophète dans la famille. Tous y seront faut dire. C’est qu’il était tricoté serré ce fameux clan familial. Pauvres, mais unis et fraternels.

En ce 12 janvier 2010, le soleil était radieux sur Port-au-Prince. Une lumière paisible couvrait le décor de cette ville qui se faisait belle avant le début de la fête.

Elle n’en pouvait plus d’attendre à la fraîche, comme lui avait recommandé sa professeure de danse. « Tu te reposeras le matin du spectacle. Ne t’agite pas. Refais les nouveaux pas que je t’ai montrés. Et le regard. Tout est dans le regard, tu sais. Il faut qu’il soit vivant, expressif et évocateur. La danse, ça passe par les pieds, ça oui. Mais le regard, ma fille, il faut qu’il communique avec les spectateurs, qu’il communie ! Quand tu danses, il faut que ton âme s’exprime à travers le moindre de tes gestes, pour qu’ils soient porteurs de sens. »

La jeune femme avait bien retenu la leçon. Elle savait que ce fameux spectacle serait déterminant pour elle et pour sa famille. Des représentants de la Troupe nationale de danse d’Haïti seraient là en dépistage, à la recherche de nouveaux talents. Elle en rêvait depuis l’âge de 11 ans. Elle en avait 18 maintenant. 

Belle, grande, gracieuse et humaine, qui plus est. Elle était à elle seule ce qui restait d’espoir au cœur de sa famille. Elle faisait l’envie de ses jeunes sœurs, qui reconnaissaient en elle, cette part de bonté et de générosité qu’elle avait toujours su répandre chez ses semblables.

Elle se souvenait encore de ces quelques mots que son grand-père lui avait dits. « Un jour, mon enfant, tu danseras sous le soleil, tu seras grande devant notre monde. Une ode à toi seule. Une bénédiction des dieux. Tu seras de joie et tu voudras changer le cours de la vie, la rendre équitable, belle et fraternelle. Ton regard sera un baume posé sur nous. Une lumière qui chassera la noirceur. »

C’est que le « pépé » a toujours eu une âme de poète. Alors ces mots lui venaient souvent avant d’exécuter ses pas de danse. Ils la rendaient fière et lui donnaient du courage et nourrissaient son talent. Alors elle les murmura et cela la calma dans l’attente du spectacle qui se déroulerait sur une grande scène extérieure située au cœur de Port- au-Prince.

Cet enfant du pays se savait privilégiée, elle qui serait le point de mire de tous les regards. Sa photo et celles de ses amies danseuses réunies se retrouvaient dans le grand journal de la ville. La fierté n’en était que plus grande pour sa jeune mère, qui avait mis au monde sa fille à l’âge de 17 ans. Le père était là aussi, au bras de l’épouse, ému, mais inébranlable, gardant sous les apparences de sa robustesse, une tendresse sans faille.

Fébrile, derrière la scène, cachée par une grande toile de couleur terre, la petite troupe de danse attendait que les présentations d’usage du maître de cérémonie s’achèvent avant d’entrer sur la scène. Lors de cette présentation, une légère secousse se fit sentir et agita quelque peu la scène. C’est qu’il y en avait souvent de ces petites agitations de la terre sous les pieds des Haïtiens. 

Le présentateur fit une blague disant que la terre avait hâte que ça bouge sur la scène et qu’elle y mettait du sien. Ce qui fit sourire la foule de spectateurs assemblée. Le grand-père ne vit pas les choses de la même façon. Il se leva d’un seul coup, l’air inquiet, en se dirigeant fébrilement vers l’arrière-scène pour aller à la rencontre de sa petite fille chérie.

Soudain, une immense rumeur se fit entendre, un grand craquement de terre fit un bruit sourd sur toute la ville. Devant la scène, l’espace de quelques secondes, le sol se disloqua et le mur d’un bâtiment s’abattit sur les spectateurs présents. En l’espace d’une minute, le ciel s’écroula sur Port-au-Prince et le rêve d’une jeune danseuse d’ Haïti prit soudain une tournure tragique.

Les yeux en larmes, le corps figé d’effroi devant ce qui venait de se passer et entourée des autres danseuses, que le tremblement de terre avait épargnées, elle aura vu une dernière fois son grand-père avant que ce dernier ne soit enseveli sous les décombres.

Elle resta debout au milieu des ruines, en quelques secondes, elle venait de tout perdre. Il lui resterait bien la danse, mais pour l’heure, elle venait d’apprendre que désormais, elle danserait sur l’éphémère. Son regard deviendrait un baume posé sur ses proches disparus. Elle resterait blessée, mais grande devant notre monde.


Yvan Giguère

Saguenay

Opinions

Sois courageux Valentin, tu n’es pas seul !

LA VOIX DES LECTEURS / J’ai assez bien connu Valentin Auclair, « ce monsieur de 38 ans », comme disait l’autre.

Il y a moins de dix ans, une ou deux fois par semaine, nous allions ensemble dans une assemblée religieuse. Je le voyageais et il nous est arrivé de prendre un café et de discuter ensemble. J’aimais bien sa présence et je crois bien que c’était réciproque.

Valentin est un gars très réservé, même refermé sur lui-même. Il semble gêné, pas sûr de lui, et peu volubile. Cependant, lorsqu’un climat de confiance s’installe, Valentin demeure réservé, mais il aime te rencontrer et savoir que tu t’intéresses à lui.

Valentin est beaucoup plus qu’un « nowhere ». Plus qu’un « nobody ». Sous sa carapace se cache un être doux et intelligent. Il aime apprendre.

Valentin ne l’a pas facile. Il est difffférent, rejeté et isolé. 

C’est durant la période que nous avons marché ensemble qu’il a travaillé à la bibliothèque du Cégep de Granby. Un stage d’intégration d’environ un an. Comme il était fier. C’était très valorisant. Il pouvait faire plus que seulement entrer des adresses dans un ordinateur. Pendant cette période, il faisait beaucoup de recherche sur Internet. Il aimait connaître.

Valentin avait une vie hors norme et il était laissé à lui-même.

Il y a plus de cinq ans, nos chemins se sont éloignés. De mon côté, j’avais une belle famille et une vie active. Je n’ai pas su de quel côté il a poursuivi sa route… jusqu’à ce lundi lorsque j’ai vu son visage dans La Voix de l’Est avec le titre : « Arrestation d’un Granbyen pronazi ».

Une chance que j’étais assis, sinon je serais tombé à la renverse ! QUOI ! IMPOSSIBLE ! QU’EST-IL ARRIVÉ POUR QUE VALENTIN SOIT DANS UNE TELLE SITUATION ? 

J’ai rapidement lu l’article, sans aller aux références. Oui, il est fort possible que Valentin soit obnubilé, obsédé par des sujets de lecture. Oui, il est aussi fort possible que ces lectures l’aient dirigé vers un quelconque extrémisme. Il passait déjà beaucoup de temps à faire des recherches sur Internet. Et du temps, il en avait. 

Oui, c’est extrêmement malheureux qu’il exprime son mal-être en tenant des propos ignobles et décadents. Mais jamais le Valentin que j’ai connu n’userait de violence physique pour exprimer un mal-être ou une frustration, une conviction ou quoi que ce soit. 

Moi aussi, tel qu’il l’a dit, je crois qu’il ne craint pas la justice, mais le regard des autres. 

Je ne crois pas davantage qu’il soit un dangereux terroriste. Selon ce que je connais bien de lui, il est dans une spirale de rejet. Il est isolé et sans soutien. Il a cherché à combler son vide en puisant au fanatisme attirant et facilement accessible pour lui : par les réseaux sociaux.

Pauvre Valentin, on te piétine… on te met en première page et on te décrit comme un terroriste au nom de vouloir éviter des situations extrêmes visant les minorités rejetées… 

Tu es un « rejeté ». Oui, il faut chercher à prévenir les malheureux attentats. Mais faut-il le faire en sacrifiant un mal-aimé au passage ?
Pourquoi ne pas chercher à connaître la vie, le milieu, les alentours de la personne avant de la décrire comme un voleur et de la traîner en justice menottes aux poignets. 

Qu’avez-vous fait ? Pauvre Valentin ! Non, tu n’es pas seul ! Pas tout à fait seul…

Ton ami, Michel Laurin.

Michel Laurin

Granby

Opinions

Le triomphe de William, Liam et Logan

LA VOIX DES LECTEURS / Chaque année, le site de Retraite Québec et l’Institut de la statistique du Québec recensent les prénoms les plus populaires dans la province.

Déjà, 2018 a fait sursauter. Côté garçons, William, Logan et Liam triomphaient. Trois prénoms courants en anglais. Côté féminin : Emma et Olivia trônaient au sommet, tout comme Alice, courant dans les deux langues. Quand on élargit aux 50 ou 100 prénoms les plus populaires, la tendance se maintient.

La Voix des lecteurs

Fermeture de l'écocentre municipal à Sutton

LA VOIX DES LECTEURS / Membres du conseil municipal de Sutton: le 19 décembre dernier, votre administration annonçait sur son site Internet qu’on allait fermer notre écocentre. Cette décision a été prise il y a un bon bout de temps, puisque le calendrier municipal en fait état.

Mais elle nous a été transmise le plus discrètement possible, presque en catimini, en pleine période des Fêtes, alors que tout le monde a l’esprit ailleurs.

Je vous l’avoue tout de go, je suis, et j’ai été, un usager assidu du centre pour avoir fait, ces derniers mois, le grand ménage de ma remise et de ses alentours. Ce faisant, je crois avoir soustrait à l’enfouissement plusieurs kilos et mètres cubes de bois, métal, plastique et autres détritus. Et j’ai, par la même occasion, constaté l’achalandage de notre écocentre; certains samedis, la file d’attente s’étendait même le long de la route 139.

Dites-moi, s’il vous plaît, ce que vous faites des responsabilités environnementales de Sutton? De vos responsabilités d’élus. La fermeture de l’écocentre vient saper les assises de la consommation responsable et du renouveau écologique que sont les 3R : récupération, recyclage et réutilisation. Les arguments avancés à l’appui de cette fermeture ne convainquent personne. Pas moi en tout cas.

Vous dites que l’existence de deux services parallèles (Ville et MRC) crée de la confusion. À ça je réponds qu’il n’y a aucune confusion possible chez l’usager quand on lui demande de parcourir plus de 30 kilomètres (60 à l’aller-retour) pour profiter d’un service.

C’est avec de pareils arguments que vous encouragerez le laisser-aller et l’immobilisme en matière de respect de l’environnement.

L’objectif d’une récupération profitable à l’environnement n’est pas rencontré (sic).

Comment en êtes-vous arrivés à une telle conclusion? Quels étaient vos critères? Sur qu’elle étude cette affirmation est-elle basée? Les citoyens peuvent-ils la consulter?

Vous affirmez aussi qu’il est devenu impossible de trouver le personnel nécessaire. Faites-vous ici le constat de l’impossibilité, pour la Ville, d’assigner des tâches aux employés des travaux publics? Et de recruter? Cela entre dans le cadre de la politique de réduction des coûts…  Mais l’atteinte des objectifs des 3R n’est malheureusement pas encore économiquement rentable, pas plus que la réduction des gaz de serre (GES), d’ailleurs.

On veut économiser, dites-vous? L’économiste Nicholas Stern a établi, il y a quelques années déjà, que le report de chaque mesure de réduction de la pollution allait coûter de 20 à 50% plus cher aux générations futures. J’aimerais croire qu’il est fini, à Sutton, le temps de la comptabilité à courte vue.

Je considère que la fermeture de notre écocentre municipal est une grave erreur.

Tout un chacun d’entre nous avons des responsabilités en matière de pollution, d’empreinte écologique. Les coûts du centre sont minimes comparés à ce qu’ils seront demain. Cessons de ne planifier qu’à courte vue. Nous avons suffisamment perdu de temps.

Michel Guibord

Sutton

La Voix des lecteurs

Pas facile être piéton !

LA VOIX DES LECTEURS / Pour répondre à la lettre publiée dans l’édition du 7 janvier et signée par Yvan Giguère du Saguenay, vrai qu’il est dangereux pour les piétons de circuler dans les rues des villes du Québec.

Par contre, pour avoir marché dans beaucoup de villes et villages tout comme à la campagne, cela demande beaucoup de flair et beaucoup d’anticipation !

À pied comme en voiture, il faut surveiller ses angles morts et toujours être très attentifs, sinon... on en paiera le prix !

Pierre Carrière 

Granby

La Voix des lecteurs

Monsieur le Ministre Dufour, il faut régler !

LA VOIX DES LECTEURS / Pour vouloir défendre la nature, il faut la comprendre. Pour pouvoir la comprendre, il faut quelqu’un pour nous l’enseigner. C’est précisément le mandat des travailleurs de la Sépaq : protéger et mettre en valeur nos beaux espaces naturels.

À l’heure où nos écosystèmes sont de plus en plus menacés, la contribution que ces employés apportent à notre société devrait être valorisée. Or, à ce jour, le gouvernement ne semble malheureusement pas considérer qu’il s’agit d’une fonction suffisamment importante pour mériter d’en vivre décemment. Protéger nos réserves naturelles semble toujours être considéré comme un travail de second ordre.

Notre premier ministre n’a cependant aucun problème à défendre les salaires des hauts fonctionnaires ou des patrons des sociétés d’État, notamment en octroyant aux médecins spécialistes une rémunération en parité avec leurs collègues des autres provinces du Canada. Notre premier ministre répète constamment que son objectif est de créer des « emplois payants », des « bonnes jobs » pour les Québécois.

Il prévoit dépenser des centaines de millions de dollars pour subventionner des entreprises afin d’y arriver. Comment expliquer alors que notre gouvernement actuel maintienne des milliers de travailleurs dans la précarité alors qu’une infime partie des immenses surplus budgétaires à sa disposition suffirait à offrir des conditions d’emploi décentes au personnel de la Sépaq ?

Au fil de cette négociation, il est devenu très clair que le blocage est d’ordre politique.

En un an de négociation, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, n’a pas levé le petit doigt pour favoriser un dénouement. Ce dernier n’est d’ailleurs pas venu à la rencontre du personnel de la Sépaq, pas plus qu’il n’a offert son aide pour faciliter les discussions. À ce stade des négociations, force est de constater que c’est le gouvernement lui-même qui refuse d’autoriser toute bonification des offres pour la Sépaq.

Nous souhaitons vivement que le ministre Dufour intervienne, écoute et entende, enfin, la réalité et les demandes des travailleurs de la Sépaq.

Nos parcs et nos réserves naturelles ne devraient jamais être gérés comme une entreprise commerciale, mais plutôt comme d’immenses musées à ciel ouvert ou de grandes bibliothèques de la nature. Le gouvernement est responsable de mettre en place des ressources nécessaires afin de préserver nos espaces naturels.

Christian Daigle

Président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec

La Voix des lecteurs

Silence, on lit...

LA VOIX DES LECTEURS / La bibliothèque Paul-O.-Trépanier de Granby a été réaménagée afin d’offrir un confort pour tous et où on pourrait penser, agréable à fréquenter en toute quiétude. Malheureusement, tel n’est pas le cas. Ce lieu de lecture n’est tristement plus ce lieu de quiétude où il est bon de fureter, s’installer avec une bonne revue, un journal, un livre, et ce, dans le silence…

Quel dommage. La logistique y est, mais la logique n’y est pas ! Cette si belle bâtisse, que je me refuse à appeler une « bibliothèque », car je la vois plutôt comme un « centre culturel », ne correspond plus du tout à ce qu’on s’attend en entrant dans une « bibliothèque ».

J’ai demandé à un préposé si le chuchotement existait encore dans cette bibliothèque. Il m’a répondu : « Bien non, ce n’est plus comme ça ». Eh bien. Pour avoir voyagé un peu, ces lieux sont toujours des endroits agréables à visiter à l’étranger et aussi chez nous. Paris, Lisbonne, Porto, Vancouver, Montréal, Sherbrooke, Magog, Bromont, Valcourt, etc. Elles ont tous en commun le s-i-l-e-n-c-e.

Mais à Granby, ce n’est plus comme ça ?

Alors par cet après-midi pluvieux, nous (les lecteurs tranquilles) avons subi la conversation d’une dame sur son cellulaire. La pauvre, elle en avait des malheurs. Pour un bon 30 minutes ! Pas très loin derrière, un enfant d’âge scolaire s’adressait à sa mère comme s’il était à mille lieues d’elle et la maman de lui répondre, au même niveau sonore. Je pourrais continuer. Parents et enfants se croyant peut-être à l’aréna... Tout était totalement cacophonique.

Lors d’un autre « essai » en ces lieux, je m’informe à une autre préposée, très gentille, qui elle, me répond que plusieurs classes viennent et lorsque le professeur est assez bon pour leur montrer le chuchotement, ça va, mais ce n’est pas monnaie courante. Des rencontres informatives y sont aussi organisées et je suis totalement ravie qu’il y ait des conférences, etc.

Mais pourquoi, en redessinant l’endroit, n’a-t-on pas opté pour des salles prévues pour ce genre de rencontres ?

Pas loin de chez nous, dans la petite municipalité de Valcourt, se trouve un très beau centre qu’ils appellent le Centre culturel. Un lieu qui abrite aussi une bibliothèque. Quelle bonne idée !

Tous y sont bien servis et le silence est de mise dans l’aire de bibliothèque.

Peut-on espérer une phase II de la belle bibliothèque de Granby ?

Pour ma part, j’ai quitté l’endroit et suis allée lire dans un petit café, infiniment plus calme. Dommage !

Louise Girouard - Granby

La Voix des lecteurs

Pour une garantie des prestations de retraite

LA VOIX DES LECTEURS / En tant que présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), je joins ma voix à celle de nombreuses organisations et personnes pour déplorer le sort qui attend les retraités de Groupe Capitales Médias (GCM) au début de l’année 2020.

Leur rente de retraite risque d’être amputée de 25 % à 30 % à la suite de la faillite de GCM et du déficit de son régime de retraite.

Dans ce contexte, et à la suite de plusieurs autres cas similaires survenus dans un passé récent, l’AQDR demande au gouvernement du Québec d’instaurer, dans les meilleurs délais, un Fonds de garantie des prestations de retraite en s’inspirant de celui existant en Ontario, depuis 1980. 

Selon les informations obtenues, ce serait en vertu de l’existence de ce Fonds que les retraités du journal Le Droit verraient leur revenu beaucoup moins affecté par la faillite de GCM, puisque le Fonds ontarien viendrait combler une grande partie, sinon la totalité, de la baisse de leur rente de retraite.

L’AQDR est une association nationale regroupant 41 sections réparties sur l’ensemble du territoire québécois. Plus de 24 000 personnes en sont membres. Intervenantes de première ligne pour les aînés, certaines sections de l’AQDR ont développé une expertise pointue au niveau de l’abus et de la
maltraitance envers les aînés.

Judith Gagnon

Présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées

Opinions

L’affaire Michel Cadotte

LA VOIX DES LECTEURS / Si vous me le permettez, j’aimerais faire un retour sur Michel Cadotte, maintenant que la poussière est retombée.

Ce monsieur s’est occupé de sa femme Alzheimer pendant longtemps. Il ne pouvait plus la voir souffrir. 

Il se préparait depuis longtemps à abréger sa souffrance. Il se promenait avec une seringue, puis il a fini par l’étouffer avec un oreiller. L’histoire a provoqué de nombreuses controverses. On en a parlé dans les médias. Comment évaluer le degré de culpabilité d’un tel comportement? 

Me Jean-Pierre Rancourt a expliqué que dans notre droit, il n’existait pas de meurtre par compassion. 

M. Cadotte a finalement vécu son procès. Le juge a évalué qu’il avait plutôt voulu mettre fin à sa souffrance à lui. Il a écopé de deux ans moins un jour de prison. Il a tout simplement accepté le jugement.

Cette affaire m’a interpellé. J’ai travaillé sept ans avec les personnes âgées dans le milieu des soins de santé à Granby. 

J’ai fait des accompagnements de fin de vie aussi avec un organisme du nom d’Albatros. J’ai pu être témoin de bien des situations malheureuses.

À l’époque, je fréquentais le Centre de soutien au réseau familial qui donne du répit aux aidants naturels. J’ai eu l’occasion de suivre une formation sur comment respecter ses limites et comment ne pas se laisser vidanger dans une relation d’aide. 

C’est là que j’ai pu comprendre la problématique des aidants naturels. J’étais le seul homme dans un groupe d’une dizaine de femmes. Toutes ces dames étaient sur le bord de la dépression, du burn-out. L’une avait même des pensées suicidaires. 

Ces bénévoles donnaient toute leur énergie pour s’occuper d’un proche ou d’un parent et, en retour, ne trouvaient aucun support. Personne pour les écouter. Je me suis dit que je n’attendrais pas d’être rendu là et j’ai démissionné de mon projet.

Depuis, je suis attentivement tout ce qui se passe dans les CHSLD dans le journal. Visiblement, la situation n’arrête pas de se détériorer. Manque de personnel, personnel épuisé, difficultés à attirer des travailleurs. Ce sont les bénévoles qui font rouler le système, mais il n’existe pratiquement pas de ressources pour les soutenir. Actuellement, il n’y a que la ministre Marguerite Blais qui tente de corriger le tir. 

Je veux donc attirer l’attention sur la détresse que peuvent vivre les aidants naturels qui ne peuvent recevoir de l’aide et qui peuvent être tentés d’accomplir des gestes irréparables.  

Je pense ici que tout le monde est concerné quand il est question d’accompagner les personnes en fin de vie. Le système n’a pas su prévenir le vieillissement de la population — on en parlait déjà en 1970 quand j’étais étudiant. Ici, à Granby, durant la Semaine des aînés, on a parlé d’un chiffre de 42% de personnes âgées dans les prochaines années. 

Est-ce que le cas de M. Cadotte va nous faire réfléchir et nous faire poser les bonnes questions? 

Il serait temps de se réveiller collectivement sur la situation des aidants naturels, et y remédier. 


Roger Duval

Granby

Opinions

La culture inaccessible

LA VOIX DES LECTEURS / Avez-vous remarqué que le centre culturel France-Arbour, à Granby, n’est pas accessible par sa porte centrale l’hiver ?

Sous prétexte que les escaliers sont à risque, glissantes, elles sont condamnées à la circulation. Je ne peux pas croire qu’à la veille de 2020, on ne puisse pas trouver une solution à cette situation.

Cette interdiction réduit le nombre de visiteurs aux expositions, j’en suis certaine. C’est à se demander si les gestionnaires des lieux désirent ouvrir ses portes aux citoyens.

J’implore les responsables à trouver une solution : tapis, caoutchouc, surescaliers, etc. 

Ce n’est pas normal qu’un édifice municipal ne nous donne pas accès au lieu par sa porte centrale. 

Ce n’est pas invitant, on passe tout droit ! 

Dommage pour ceux et celles qui exposent chez Boréart et au local 207. 

Dommage qu’on ne puisse pas offrir ce travail artistique par la grande porte !


Danielle Paquette

Fière citoyenne de Granby

La Voix des lecteurs

Je parle féministe !

LA VOIX DES LECTEURS / Une semaine a passé à la suite de la commémoration du 30e anniversaire du féminicide de Polytechnique. Il y a 30 ans, 14 femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. Étant donné ce chiffre rond, nous avons eu la chance de voir plusieurs ministres fédéraux défiler sur nos écrans de télévision abordant fièrement leur ruban blanc (symbole de l’intolérance face à la violence faite aux femmes).

Andréanne Larouche, députée de Shefford du Bloc Québécois, a partagé un discours inspirant qui implorait la Chambre des Communes d’effectuer des gestes concrets pour contrer la violence faite aux femmes. Ces actes de prise de position sont salués.

Il est primordial de parler d’événements comme celui-ci pour sensibiliser la population, mais il est d’autant plus important de parler des autres féminicides qui ont lieu chaque année et plusieurs fois dans l’année. En 2018, l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation a publié son rapport annuel rapportant qu’une fille ou une femme est tuée tous les 2,5 jours au Canada. Cela veut dire qu’un féminicide a lieu tous les 2,5 jours dans notre pays. C’est assez! Une seule victime, c’est déjà trop.

Même si on parle de plus en plus de la violence faite aux femmes, la menace est très présente et prend une ampleur telle qu’elle est encore méconnue à ce jour. Dans la manosphère (espace uniquement dédié aux hommes sur Internet), plusieurs mouvements misogynes s’enflamment afin d’inciter à la haine des femmes. L’une des communautés dangereuses créées dans cet espace est les «incels» (célibataires involontaires).

Se décrivant comme moins attirants que la moyenne des hommes, la base de leur haine part de l’inaccessibilité à obtenir des relations amoureuses ou sexuelles avec des femmes. Pour eux, elles sont intouchables étant donné qu’elles sont davantage attirées envers des hommes qui ne leur ressemblent pas et étant en haut de la pyramide de la masculinité hégémonique (des hommes beaux, grands, forts, virils et puissants).

Le mouvement des incels est considéré par plusieurs comme n’étant pas assez pris au sérieux, alors que le danger est réel. L’un des premiers cas recensés est justement celui de Marc Lépine. Plusieurs féminicides ont eu lieu parce qu’il y a une banalisation de la violence faite aux femmes. 

En tant que féministe, on se fait dire que nos luttes n’ont plus raison d’être, alors que nous devons faire face quotidiennement à des événements qui démontrent une dichotomie indéniable. Pensons à l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes, qui est actuellement de 3$, le processus d’embauche qui peut être fort différent (non, ce n’est pas normal et c’est même illégal de se faire demander «Prévoyez-vous entamer votre famille sous peu?»), la charge mentale, la conciliation travail-famille souvent difficile, la nette vulnérabilité à vivre des violences sexuelles ou toute autre forme de violence parce qu’on est une femme, etc. 

Le mouvement féministe lutte depuis des années contre ces injustices. Malgré qu’il est considéré par certains comme étant désuet, il a encore sa place, un rôle à jouer contre les inégalités sociales homme-femme. Les insultes, les injures et les appels à la haine n’ont pas leur place et doivent être dénoncés collectivement. Ne restons pas passifs. Soyons des témoins actifs. 

Affirmons: je parle féministe!

Isabelle Corbin - Intervenante et agente de prévention et de communication au CALACS de Granby

La Voix des lecteurs

L’UMQ en mouvement depuis 100 ans

LA VOIX DES LECTEURS / Le 15 décembre 1919, plus de 400 élus municipaux convergeaient vers l’hôtel de ville de Montréal pour y participer à une assemblée de deux jours, dont l’objectif était inédit : la création de l’ «Union des municipalités de la province de Québec». La toute première association québécoise – laïque de surcroît, à une époque où l’Église catholique était omniprésente – visant à rassembler et à représenter les municipalités de toutes tailles et de toutes les régions.

Alors que nous célébrons ces jours-ci le centenaire de l’UMQ, le moment est propice pour regarder d’où le milieu municipal est parti, d’en tirer des enseignements et de réfléchir à l’avenir de nos municipalités, aujourd’hui officiellement reconnues comme des gouvernements de proximité.

La fin de la Première Guerre mondiale a amené une vague de fond en faveur d’une industrialisation et d’une réforme urbaine au Québec. L’augmentation des populations dans les zones fortement peuplées exigeait des municipalités la planification de nouveaux services tels l’eau potable, le gaz, l’éclairage électrique, les égouts, le téléphone, le transport et des efforts financiers énormes pour supporter ce développement.

Face à ces défis de plus en plus nombreux, l’UMQ a su, dès sa fondation, rester à l’avant-garde et faire preuve d’un leadership fort face aux nouveaux enjeux avec lesquels les municipalités ont eu à composer. Pensons, par exemple, à la salubrité et à la sécurité des logements, à la municipalisation de l’électricité, au transport et à la mobilité, à la fiscalité, à la sécurité publique, à l’environnement, à l’immigration ou à la famille.

L’UMQ, les municipalités, mes collègues élues et élus et moi-même continuerons d’être à l’avant-garde, alors que le monde se complexifie et que de nouveaux enjeux émergent, dont l’adaptation de l’aménagement du territoire aux changements climatiques, le vieillissement démographique, la pénurie de main-d’œuvre et la transformation vers l’économie numérique.

Nous assumerons notre leadership. Bien entendu, comme toute organisation centenaire, l’UMQ sait aussi tirer des leçons du passé. Il faut valoriser et encourager davantage la démocratie locale et assurer la pleine participation des femmes à la vie politique municipale. C’est d’ailleurs pourquoi les membres de l’Union ont adopté, en mai dernier, la toute première politique d’égalité de l’histoire de l’organisation, pour montrer l’exemple et assurer la parité au sein de ses instances.

Si Télesphore-Damien Bouchard, Joseph Beaubien et les autres fondateurs de l’UMQ voyaient leur Union aujourd’hui, ils seraient sans doute fiers de réaliser tout le chemin parcouru, les luttes qu’elle a menées et les gains qu’elle a obtenus. Ils seraient certainement encore plus fiers de voir qu’elle est restée fidèle à ses principes, crédible, rigoureuse et innovante. Les municipalités ont réussi collectivement à passer de l’état de « créatures du gouvernement » à gouvernements de proximité.

Joyeux anniversaire et longue vie à notre Union et aux municipalités du Québec !

Suzanne Roy - Présidente intérimaire de l’UMQ et mairesse de Sainte-Julie

La Voix des lecteurs

Médicaments et aînés: soignons mieux !

LA VOIX DE l'EST / La ministre responsable des Aînés et des Proches Aidants vient de présenter son projet de transformation des services d’hébergement pour aînés, projet que nous saluons. Parmi les soins offerts à ces personnes vulnérables, la nécessité d’optimiser l’usage des médicaments se pose d’emblée.

Une étude publiée dans la revue Family Practice et menée par des chercheurs de l’Université Laval et de l’Université de Limoges concluait que près d’un Québécois sur deux de 66 ans et plus, atteint d’une maladie chronique ou à risque d’en développer une, prend au moins un médicament potentiellement inapproprié (MPI).

Parmi ceux-ci se trouvent des benzodiazépines et des antidépresseurs utilisés contre l’anxiété. Par ailleurs, un sondage de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (A.P.E.S.) a révélé que les aînés en CHSLD prennent, en moyenne, 14 médicaments différents par jour (11 réguliers et trois au besoin). 

Or le risque d’interaction médicamenteuse est de 100% chez les patients qui consomment dix médicaments et plus.

Les pharmaciens des établissements de santé sont au cœur d’expériences positives qui optimisent la médication des aînés en CHSLD. Le PEPS (Projet d’évaluation de la personnalisation des soins infirmiers), médicaux et pharmaceutiques en soins de longue durée, réalisé au CIUSSS de la Capitale-Nationale et mené sous l’égide du département de pharmacie, a donné lieu à des résultats probants.

Le PEPS mise sur le plein exercice des compétences et l’expertise des professionnels. Ainsi, l’infirmière évalue les résidents, le médecin s’occupe des nouveaux diagnostics et des situations complexes, le pharmacien prescrit et effectue le suivi de la pharmacothérapie. Ce faisant, le PEPS contribue à éviter les chevauchements de tâches et optimise aussi le temps de travail des professionnels. 

En 12 mois, ce projet a permis de réduire de moitié la proportion de résidents recevant dix médicaments et plus dans les CHSLD ciblés. Le nombre moyen de MPI a diminué de 30%.

Autre expérience: la démarche Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services – Antipsychotiques (OPUS – AP) qui vise à réduire l’usage ou à déprescrire, si possible, des antipsychotiques chez les patients hébergés en CHSLD ayant des symptômes de démence. Au-delà des antipsychotiques, la médication globale de tous les aînés hébergés devrait être évaluée périodiquement pour que seuls les médicaments requis soient administrés, et ce, à la dose optimale.

Pour une évaluation approfondie de la médication de tous les aînés à leur admission en CHSLD et sa révision deux fois l’an, environ huit heures de soins pharmaceutiques par patient, par année, sont nécessaires. Actuellement, une moyenne de 4,8 heures seulement est allouée et le tiers des CHSLD fonctionnent sans soins pharmaceutiques. 

La clé pour dénouer cet enjeu réside dans l’ajout de postes de pharmaciens dans les milieux d’hébergement et de soins de longue durée et aux unités de soins aigus des hôpitaux. Parallèlement, des efforts continus pour former et recruter ces professionnels constituent un investissement dans la qualité et l’efficacité des soins. Il en résultera des équipes interdisciplinaires solides, où le rôle de chacun sera bien défini et où les médicaments pourront être employés à meilleur escient.

François Paradis et Linda Vaillant — Président et directrice générale de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec

La Voix des lecteurs

Offrons-nous un cadeau!

LA VOIX DES LECTEURS / À la suite de l’article paru dans La Voix de l’Est, mercredi, concernant le plan de consigne des bouteilles d’eau et de vin en 2020, que diriez-vous de déjà entamer une mobilisation?

Ainsi, tout un chacun, tout en limitant son usage, pourrait libérer un petit coin de son garage, placard ou sous-sol et conserver dès maintenant ces fameuses bouteilles, en vue de les rapporter dès le début de la consigne. 

Ceci ferait pression sur le gouvernement afin qu’il concrétise rapidement son projet et assurerait que sa mise en place soit une réussite environnementale.

En cette période des Fêtes, je nous souhaite une planète plus verte et gardons à l’esprit que la modération a bien meilleur goût!

Natalie LeBrun - Shefford

La Voix des lecteurs

Revoir la loi sur la santé et sécurité au travail

LA VOIX DES LECTEURS / Nous avons appris, la semaine dernière, que le ministre du Travail, Jean Boulet, reportait quelque part en début 2020 la réforme de la Loi sur la Santé et sécurité au travail, prévue initialement pour la fin de l’année 2019. Il est plus que temps de réformer cette loi qui, rappelons-le, a été adoptée il y a 40 ans sans être modernisée depuis.

Bien sûr, nous attendons le plus rapidement possible la modernisation de la loi afin qu’elle soit plus en phase avec les nouvelles réalités du monde du travail, mais surtout, qu’elle comprenne et mette réellement en place les outils et les moyens pour que se développe une véritable culture de prévention.

La loi actuelle, en plus d’accuser un décalage sur l’organisation du travail, n’a pas produit les résultats attendus en matière de prévention. Pensons simplement aux secteurs prioritaires. La loi prévoit des mécanismes de prévention dans six secteurs qui ont, à l’époque, été définis comme prioritaires. Pourtant, encore aujourd’hui, seulement deux sont déclarés prioritaires et bénéficient de tous les mécanismes de prévention prévus à la loi. 

Cela fait plusieurs années que nous attendons et ce report en est un de plus, mais s’il est motivé par la volonté de consulter les partenaires et qu’il permet un véritable exercice de dialogue social permettant de renverser le modèle actuel, nous pouvons l’accepter. L’enjeu est tellement grand que ce n’est pas quelques mois de plus qui y changeront grand-chose. Le ministre plaide régulièrement en faveur de la force de la consultation et de la recherche de consensus avec les partenaires. Il a l’occasion d’utiliser ce report pour passer de la parole aux actes. Il s’agit là d’un moment historique et, pour le ministre, une chance qu’il doit saisir. 

Pour la CSD, la priorité est d’étendre la loi et les mécanismes de prévention à tous les secteurs d’activité. La réalité qui prévalait dans les milieux de travail il y a 40 ans est, dans bien des cas, totalement différente de celle d’aujourd’hui. La défaillance où, souvent encore pire, la totale absence de mécanismes réels de prévention dans les milieux de travail, font en sorte que le constat est lamentable avec un accroissement continuel du nombre de lésions professionnelles et de décès. 

Avec le modèle en place, de l’ensemble des budgets accordés à la santé et sécurité au travail, 85 % des sommes servent à l’indemnisation et la réparation des lésions professionnelles, alors que seulement 15 % sont investies dans la prévention. Nous ne pouvons, comme société, accepter une telle situation. Il nous faut renverser radicalement cette tendance et, pour cela, il faut une révision en profondeur du régime pour faire en sorte qu’il soit axé bien davantage sur la prévention et pour donner aux acteurs du milieu de travail eux-mêmes les clés de leur prise en charge de la santé et sécurité au travail. C’est ainsi que l’on pourra créer une véritable culture de prévention au Québec. 

Luc Vachon - Président de la Centrale des syndicats démocratiques

Opinions

Notre électricité

LA VOIX DES LECTEURS / Le Québec, riche en électricité, aura du mal à vendre ses excès de production. Nous savons qu’il y a des échanges entre l’Ontario et le Québec, basés sur des demandes spécifiques de part et d’autre, que ce soit à cause de bris ou excès de demandes, mais ceci ne règle en rien la distribution à grande échelle et à long terme.

À mon avis, on fait face à deux problèmes. 

Premièrement, le Québec n’a pas pris les moyens pour engranger des pourparlers avec ses voisins de l’ouest, soit l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta. Nos positions concernant l’importation et l’utilisation des ressources pétrolières de l’ouest sont tellement arbitraires que ces provinces n’achèteront pas d’électricité.

Deuxièmement, un nouveau compétiteur s’amène, soit la compagnie ARC Nuclear Canada, qui fait la promotion de petits réacteurs de 100 MWe capables de fournir de l’énergie à environ 100 000 résidences. Ces réacteurs fabriqués au Canada pourront fournir de l’électricité de façon sécuritaire et compétitive. L’Ontario et le Nouveau-Brunswick ont déjà démontré un grand intérêt pour cette technologie. Alors si nous voulons faciliter nos exportations, nous devons promouvoir une politique de «Quid pro quo» (donnant-donnant). 

Suffit d’implanter un pipeline pour sécuriser notre approvisionnement et de développer un corridor énergétique pour l’acheminement de notre électricité. Ainsi, chacun pourra profiter de l’énergie canadienne, plus fiable, plus sécuritaire et avantageuse pour notre économie.

Michel Drapeau

Bromont

Opinions

Augmentation du coût d’un loyer

LA VOIX DES LECTEURS / Comment réagiriez-vous si votre propriétaire vous demandait une augmentation de 30 $, 40 $ ou 50 $ par mois pour votre loyer ? Vous trouveriez que c’est exagéré, n’est-ce pas ? Probablement que votre budget ne pourrait pas suffire et qu’il vous faudrait déménager.

C’est ce qui arrive à l’occasion dans des édifices à logements ou des résidences pour aînés construits récemment, puisque les propriétaires ont cinq ans pour augmenter leurs loyers sans que les locataires puissent avoir recours à la Régie du logement. Ce qui cause des surprises très désagréables.

Est-ce qu’on a pensé aux locataires ? Quand une personne aînée décide de quitter sa maison pour aller vivre en résidence privée pour personnes âgées, c’est qu’elle espère y finir ses jours sans tracas. 

Comme elle s’attend à une augmentation raisonnable, elle panique devant un tel montant. 

Que faire ? Elle se sent prise au piège.

Pour la très grande majorité, les moyens financiers ne sont pas là et la personne est obligée de trouver un autre endroit pour vivre selon ses moyens financiers, de déménager de nouveau et rapidement. Elle doit dire adieu aux personnes avec qui elle a établi des liens d’amitié. Quel stress ! Quel désappointement ! 

Les rêves s’envolent. Ce n’est pas bon pour le moral. C’est souvent même une cause de maladie.

Pour attirer la clientèle, c’est tentant pour les propriétaires de résidences neuves de demander un loyer plus bas, puisqu’ils savent qu’ils pourront l’augmenter rapidement durant cinq ans. Ce qui est un désastre pour les locataires. 

Pourquoi ce privilège ? 

La résidence est neuve, elle n’a donc pas besoin de réparations pendant quelques années. Il se peut qu’il faille faire des réajustements, mais cela devrait être minime.

Alors, pourquoi ne pas permettre aux locataires de se présenter à la Régie du logement dès la première année ? 

Si le propriétaire a de bonnes raisons d’augmenter les loyers, il le prouvera. Ainsi, le locataire en connaîtra les raisons et décidera pour son avenir en toutes connaissances.


Pauline Robert

Présidente de l’AQDR Granby

Opinions

Inflammation immobilière et pauvreté en région

LA VOIX DES LECTEURS / Le journaliste Gérald Fillion a fait un grand reportage sur RDI en novembre dernier, y décrivant la « fièvre immobilière » qui sévit au pays. On la retrouve à Vancouver, à Toronto, mais aussi à Montréal et sur la Rive-Sud. Granby n’y échappe pas avec sa hausse d’une valeur de 24 000 $ pour une maison moyenne, et sa hausse de taxes foncières de 12 % sur cinq ans, dont 2 % en 2020, nous annonça le dernier conseil municipal.

L’accès à la propriété en grande ville est quasi impossible pour les jeunes couples. Certains quittent Montréal pour venir s’établir en région et y acheter une première maison. D’autres familles vont se résigner à rester en ville et se loger dans un petit appartement. Une conséquence de cette inflation immobilière est la rareté des logements abordables qu’elle engendre pour les personnes moins nanties, dont des travailleurs au salaire minimum, des personnes sur l’aide sociale et des personnes vivant seules, dont maintes aînées.

Opinions

La guignolée, et puis après ?

LA VOIX DES LECTEURS / La traditionnelle guignolée des médias s’inscrit chaque année dans l’esprit des fêtes des Québécoises et Québécois. L’arrivée du temps froid et des préparatifs de Noël ramènent avec eux l’appel à la générosité et aux gestes de charité. Durant cette période, on s’émeut pour ces familles qui peineront à offrir des cadeaux à leurs enfants et à garnir leurs assiettes le soir de Noël. Encore une réussite cette année. La guignolée a déjà permis d’amasser près de 2 000 sacs d’épicerie qui seront distribués dans différents organismes venant en aide aux moins bien nantis.

Décembre et ses coutumes d’abondance donnent envie que tous puissent vivre ces mêmes moments de festivité, mais la réalité d’une famille en situation de vulnérabilité financière représente une souffrance quotidienne. Bien qu’un panier de Noël bien garni puisse aider des familles, les denrées qu’elles y retrouveront ne seront peut-être pas celles qu’elles auraient choisies. Si l’on peut se réchauffer le cœur en constatant que la population québécoise est encore une fois généreuse, on doit aussi porter attention au fait que ce sont 1,9 million de demandes d’aide alimentaire qui sont effectuées chaque mois au Québec. Les dons et le dépannage alimentaire sont, malheureusement, le résultat de l’échec de nos gouvernements à garantir le droit de vivre dans la dignité à tous les Québécois. 

Bien que nous vivions dans une société dite riche et progressiste, les programmes gouvernementaux restent largement insuffisants pour garantir le droit à l’alimentation pour tous; à preuve, un million d’enfants ne mangent pas à leur faim au Canada. 

Tandis que la guignolée des médias battait son plein, nous apprenions que le coût de notre panier d’épicerie augmenterait de 487$ par année en 2020, si on suit les recommandations du Guide alimentaire canadien. 

L’alimentation est, hélas, considérée comme une banale marchandise, subissant les lois de l’offre et de la demande, sans que les gouvernements n’interviennent. Ces derniers laissent plutôt les personnes en situation de pauvreté à la merci de la charité de leurs concitoyens.

Si les prix des produits frais les rendent de plus en plus inaccessibles, ils se retrouveront encore moins nombreux dans les comptoirs d’aide alimentaire. Principal témoin de l’inaction gouvernementale quant à l’application du droit à l’alimentation, le Regroupement des cuisines collectives du Québec et ses quelque 1300 membres à travers la province appellent aujourd’hui à la mobilisation et à la lutte pour le droit à une saine alimentation pour tous. 

Les actions de nos gouvernements doivent contribuer à bâtir une société dans laquelle la charité n’a plus sa raison d’être, et ce, même une fois Noël passé. 


Jocelyne Gamache

Coordonnatrice générale du Regroupement des cuisines collectives du Québec

La Voix des lecteurs

Où est passée la morale de Power Corporation ?

LA VOIX DES LECTEURS / Je suis un retraité de Groupe Capitales Médias. Comme un millier d’autres, je me retrouve le bec à l’eau et avec une coupure de 30 % de mes rentes.

Pendant 24 ans, j’ai travaillé à La Voix de l’Est de Granby, filiale de Gesca, propriété de Power Corporation. J’en étais heureux, presque fier. Parce que Power Corporation était une entreprise solide, dirigée par un homme, Paul Desmarais, qui avait la réputation de respecter ses contrats et ses employés, conscient sans doute, que ceux-ci participaient à son enrichissement.

C’est le passé. Cet héritage moral, sa succession a décidé de le refuser. On a le droit de refuser un héritage. Encore plus quand il est d’ordre moral. Par un tour de passe-passe, tout à fait légal, faut-il préciser, la Power Corporation nouvelle s’est débarrassée de ses journaux et d’une caisse retraite, sûrement jugée encombrante. Mission accomplie.

Cette caisse retraite a été administrée pendant des décennies par Power Corporation, beaucoup moins bien que ses affaires personnelles qui ne cessent jamais de croître.

Petite parenthèse: je suis loin d’être un spécialiste des choses économiques et administratives, mais il me paraît anormal qu’un fonds de retraite soit géré uniquement par l’employeur, même si cela semble être la règle. Fin de parenthèse.

L’écart entre riches et pauvres s’élargit, dit-on. On remerciera Power Corporation, ses millionnaires et ses quelques milliardaires d’y avoir apporté leur contribution.

La CSN a tenté une approche auprès de Power Corporation pour le soutien du régime de retraite de ses anciens employés. Réponse négative et un peu effrontée, si j’en crois une représentante syndicale. Et je la crois.

Power Corporation n’a aucune obligation légale à cet égard. L’obligation morale? Elle est disparue en même temps que son fondateur.

Richard Plante - Magog

Opinions

Des pas (encore) à faire

LA VOIX DES LECTEURS / Ce 6 décembre 2019 souligne le 30e anniversaire du féminicide de l’École polytechnique de Montréal. Certes, la reconnaissance de la violence, sous toutes ses formes, à l’endroit des femmes a progressé. Des initiatives comme #Moiaussi ou la déconstruction de certains stéréotypes genrés et binaires ont contribué à l’évolution des mœurs. Il convient de les saluer.

core longue afin que l’équité et l’égalité entre les genres soient pleinement accomplies. Hélas, le patriarcat ainsi que l’androcentrisme (regard porté, centré par et pour les hommes) ou l’hétérosexisme s’enracinent toujours au cœur des structures sociales avalisant maints stéréotypes. Ces schémas mentaux, le plus souvent à notre insu, façonnent notre rapport aux autres. 

Par exemple, pourquoi les femmes n’occupent-elles qu’une mince fraction des hautes sphères de la société ? 

Pourquoi les salaires des secteurs à forte valeur humaine ajoutée (où les femmes sont surreprésentées) comme l’éducation, la santé et le travail social font pâle figure comparés au domaine de la finance ? 

À long terme, laquelle de ces sphères apparaît la plus déterminante pour le devenir d’une civilisation ? Cantonner les femmes à ces secteurs en invoquant une prétendue dimension « féminine », ne revêt-il pas en soi un caractère insidieusement violent ? La révolution de paradigme amenant un changement rencontre toujours bien des contestations.

Traitant de résistance, il est légitime de se demander pourquoi 30 années se sont avérées nécessaires pour reconnaître officiellement le caractère antiféministe de la tuerie de Polytechnique ? 

Je me demande si cela ne touche pas une représentation idéalisée du Québec contemporain, c’est-à-dire l’égalité entre les genres ? En effet, nous ne cessons de nous gargariser publiquement avec l’atteinte de l’égalité tout en la déniant concrètement dans bien des aspects. Admettre un féminicide implique de reconnaître que l’égalité entre les femmes et les hommes est à parfaire et qu’elle ne constitue toujours pas une réalité factuelle (Martine Delvaux, 2019). Cela défait l’idée que le Québec, collectivement, se fait de lui-même d’où un possible rejet de cette notion de féminicide. Cela explique-t-il ce refus de reconnaître un attentat misogyne ? Peut-être.

Il importe donc de se rappeler de cette tragédie sexiste afin que le souvenir du martyr de ces 14 jeunes femmes contribue à l’avènement d’une société où : « une femme est libre : libre de porter un pantalon ou une minijupe, de sortir la nuit, d’aller dans les bars, d’être maquillée ou pas, épilée ou pas ; libre d’exprimer ses désirs, libre d’avoir des enfants ou non, libre de vivre avec les hommes ou de les éviter, de les séduire ou d’échapper à leurs regards, à leur avis, à leur contrôle, à leur morale. Libre d’outrepasser toutes les interdictions qu’on veut lui imposer au nom de la “nature” ; libre de parler au nom de tous les êtres humains ; libre de s’enraciner dans le particulier et d’incarner l’universel abstrait [à l’universel, je préfère une modalité du pluriversel] » (Jabloka 2019, p. 405)


Patrice Perreault

Granby

Opinions

Conservation du mont Foster

LA VOIX DES LECTEURS / Le projet de Corridor appalachien (ACA) pour la conservation du mont Foster est ce petit bijou qui vise la protection à perpétuité d’un bon 475 acres de terrain sensible au sommet du mont Foster à Bolton-Ouest et à Saint-Étienne-de-Bolton, tout en protégeant la source du bassin versant du lac. Il offre aussi l’accès public à la Tour des scouts et à un réseau de sentiers pour les générations à venir. ACA a cependant besoin de votre aide pour ramasser le dernier 150 000 $ du montant original de 1,2 million $ avant la fin du mois de décembre.

La réussite de ce projet a une plus grande portée qu’un simple bénéfice pour notre région. J’habite Bolton-Ouest et je suis propriétaire d’environ 200 acres de terrain protégé adjacent au projet de conservation du mont Foster. J’ai un intérêt à assurer que ce projet aille de l’avant parce qu’il implique plus que la protection de la montagne. Il assure la connexion entre mes 200 acres situés au sud-ouest du mont Foster à une autre parcelle de plus de 1000 acres située au nord-est de celui-ci, ce qui permettrait la libre circulation de la faune et la croissance de la flore dans un beaucoup plus vaste territoire. Nous faisons le lien entre les points le long du corridor des Appalaches et nous assurons la prospérité de la nature dans les années à venir.

Par cette lettre, je remercie humblement tous ceux qui ce sont opposés au projet de développement du mont Foster dans le passé pour des raisons de protection de l’environnement. Par votre opposition au projet dans sa forme originale, vous avez accompli une bonne chose. Il se présente aujourd’hui une tentative de conservation monumentale et inspirante. 

Nous pouvons faire notre part localement pour assister à la stabilisation du climat, la préservation de l’habitat naturel et la survie de la biodiversité en aidant Corridor appalachien à accomplir sa mission. 

S’il vous plaît, faites une contribution, ce qui vous est possible. 


Lisa Merovitz

Avocate à la retraite et ancienne élue de Bolton-Ouest

Opinions

Question à Sylvain Gaudreault

LA VOIX DES LECTEURS / À l’époque où je militais activement aux côtés de Marc-André Bédard dans Chicoutimi, j’ai vu arriver deux jeunes militants : Stéphane Bédard et son grand ami Sylvain Gaudreault.

Ce dernier nous apprend aujourd’hui qu’il souhaite devenir chef du Parti québécois. Il faut dire qu’il a fait beaucoup de chemin depuis. Je ne remets pas en question ses qualités qui peuvent l’amener à ce poste, mais ça m’a poussé à me poser une question.

En octobre 2015, j’avais dénoncé publiquement le geste de M. Péladeau, fraîchement élu chef, d’avoir remercié Stéphane Bédard de ses services comme intérimaire de façon cavalière. 

En retour, je reçois un appel téléphonique de Sylvain Gaudreault, député de Jonquière, à peine sorti de l’hôpital, qui me suggérait à mots couverts de me taire — pour la cause qu’il disait, même si je savais très bien que c’était pour sa job de député. 

Même Bernard Landry m’a déjà proposé quelque chose de similaire, mais pas à mots couverts.

Je vais donc poser ma question à Sylvain, advenant qu’il soit élu chef du PQ et qu’il reçoit un jour une critique sur les gestes qu’il posera de la part d’un ancien militant souverainiste. Quelle suggestion claire fera-t-il à cette personne ?


Yvon Lavoie

Granby

Opinions

Anglicisation galopante

LA VOIX DES LECTEURS / On ne cesse de parler de la beauté de la langue française, de la fierté de parler français. C’est d’ailleurs la seule langue officielle du Québec. Mais, en pratique, quel soin portons-nous à cet extraordinaire legs de nos ancêtres ?

Il m’arrive d’ouvrir mon dictionnaire anglais pour comprendre ce que l’on dit dans certaines émissions à la radio et à la télévision.

Le domaine de la chanson est très éloquent. Aux Galeries de Granby, et un peu partout dans les lieux de commerce, l’anglais chante… chante très fort. Pourtant, plus de 90 % des clients de ces établissements sont francophones et nos amis anglophones comprennent majoritairement le français. Il en va de même de la télévision. On entend trop souvent des chanteurs et chanteuses de langue française qui ne chantent qu’en anglais ou presque. Une compositrice québécoise de chansons françaises disait, ces jours derniers, que depuis quelque temps, très peu de ses nouvelles compositions étaient choisies ; on leur préfère des tunes américaines. 

Et si l’on continue ainsi, de beaux mots français mourront. C’est un work in progress. Ainsi, queer pourrait remplacer une quinzaine de synonymes du mot « bizarre » : curieux, étrange, surprenant, insolite, etc.

J’ai sursauté, quand, la semaine dernière, à propos d’un grand prix littéraire, on parlait de littérature queer

Dans 15 ans, quelle langue parlera-t-on au Québec et à Paris ? 

Ce ne sont pas les anglophones qui nous anglicisent. Nous n’avons pas besoin de personne pour nous angliciser. Nous sommes capables de le faire nous-mêmes, et du côté français et du côté québécois. Le français se dégrade de l’intérieur. 


Émile Roberge

Granby