Donald Trump visé par 37 accusations en lien avec des documents secrets

L'ancien président Donald Trump rend visite à des volontaires de campagne au Grimes Community Complex Park, le jeudi 1er juin 2023, à Des Moines, Iowa.

L’ancien président américain Donald Trump doit encaisser un autre coup dur dans sa tentative de retourner à la Maison-Blanche, alors que 37 chefs d’accusation ont été portés contre lui vendredi pour avoir conservé des documents classifiés après avoir quitté ses fonctions.


L’ancien locataire de la Maison-Blanche, qui est déjà le premier président américain dans l’histoire à avoir fait l’objet de deux procédures de destitution, a ainsi été accusé par un grand jury pour la deuxième fois en moins de trois mois.

L’acte d’accusation rendu public vendredi a révélé que M. Trump a conservé «des rangées de boîtes» de documents classifiés dans plusieurs pièces de sa résidence luxueuse de Mar-a-Lago, en Floride. Des boîtes de documents étaient notamment entreposées dans une salle de bain, une salle de bal et une douche.



L’avocat spécial Jack Smith a promis que les procureurs ne perdraient pas de temps dans ce dossier.

«Nous avons des lois dans ce pays et elles s’appliquent à tout le monde», a martelé M. Smith lors d’une brève allocution, après laquelle il n’a répondu à aucune question des journalistes.

«Appliquer ces lois, collecter des faits, c’est ce qui détermine le résultat d’une enquête. Rien de plus et rien de moins.»

Malgré cette détermination, l’avocat a rappelé que chaque accusé doit être considéré comme pleinement innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée : «À cette fin, mon bureau demandera un procès rapide dans cette affaire, conformément à l’intérêt public et aux droits de l’accusé.»



Des boîtes particulières

Donald Trump fait face à 37 accusations de crime liées à la mauvaise gestion de documents classifiés selon l'acte d'accusation non scellé qui allègue également qu'il a partagé de manière inappropriée un «plan d'attaque» du Pentagone et une carte classifiée liée à une opération militaire.

Plusieurs photos ont été jointes à l’acte d’accusation. On pouvait y voir des boîtes de déménagement dans plusieurs pièces de la résidence floridienne de l’ancien président. Bref, une scène qu’un déménageur voit au quotidien.

Sauf qu’à l’intérieur de ces boîtes se trouvaient des informations qu’aucun déménageur ne devrait voir dans sa vie.

On y trouvait «des documents concernant les capacités de défense et d’armement des États-Unis et des pays étrangers, les programmes nucléaires des États-Unis, les vulnérabilités potentielles des États-Unis et de leurs alliés à une attaque militaire, ainsi que des plans de représailles possibles en réponse à une attaque étrangère».

«La divulgation non autorisée de ces documents classifiés pourrait mettre en danger la sécurité nationale des États-Unis, les relations étrangères, la sécurité des sources militaires américaines et la viabilité des méthodes sensibles de collecte de renseignements.»

L’acte d’accusation révèle aussi que lors de deux situations distinctes, en 2021, M. Trump a montré à certains des invités à son club de golf dans le New Jersey des secrets qu’il avait conservés après son départ de la Maison-Blanche — reconnaissant même sur le coup qu’il ne devrait probablement pas les avoir.

Une autre tuile sur la tête

L'ancien président Donald Trump est assis à la table de la défense avec son équipe de défense devant un tribunal de Manhattan, le mardi 4 avril 2023, à New York. Trump devrait comparaître devant un tribunal de New York pour des accusations liées à la falsification de documents commerciaux dans le cadre d'une enquête sur l'argent secret, le premier président à être inculpé d'un crime.

Somme toute, M. Trump fait face à 31 chefs d’accusation de rétention délibérée d’informations sur la défense nationale. D’autres accusations concernent l’entrave à l’administration de la justice, la rétention de documents, la «dissimulation par corruption» de documents, la tentative de dissimulation et de fausses déclarations. L’un des collaborateurs de M. Trump, Walt Nauda, est aussi visé par la deuxième catégorie.



Les déboires juridiques de M. Trump - qui a comparu en mars dans l’affaire des pots-de-vin versés à la vedette de films pornographiques Stormy Daniels - sont un point faible dans ses efforts pour remporter l’investiture républicaine, première étape dans sa tentative de retourner à la Maison-Blanche.

«Une personne peut se présenter à la présidence si elle est inculpée, ou même depuis la prison — et rien n’indique que M. Trump va se retirer de la course», analyse le professeur de politique à l’Université Western de London, en Ontario, Matthew Lebo.

«Mais est-ce que ça l’éloigne un peu plus de certains électeurs? Est-ce que ça va permettre à ses adversaires de l’attaquer plus efficacement? Chose certaine, ça ne l’aidera pas à réduire l’écart de sept millions de voix la dernière fois.»

Cadeau pour ses adversaires?

Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, prononce son discours sur l'état de l'État lors d'une session conjointe du Sénat et de la Chambre des représentants, le mardi 7 mars 2023, au Capitole de Tallahassee, en Floride.

Selon des échos qui circulent à Washington, le président Joe Biden savourerait silencieusement l’idée de mener une autre campagne présidentielle contre M. Trump, puisqu’il l’a déjà battu une fois, en 2020.

Mais de l’avis du professeur Lebo, la défaite de M. Trump à la dernière élection ne veut pas dire qu’un autre candidat aurait nécessairement plus de chances de déloger M. Biden du pouvoir.

Le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, a commencé l’année en tant que rival principal à M. Trump chez les républicains, mais il est largement tombé dans l’oubli dans les dernières semaines.

Et peu d’experts donnent beaucoup de chance aux autres candidats, dont l’ancienne gouverneure de la Caroline du Sud Nikki Haley, l’ancien gouverneur du New Jersey Chris Christie et le propre vice-président de M. Trump, Mike Pence.

«Il n’y a pas de grande vedette républicaine qui attend en coulisses et qui pose une véritable menace pour M. Biden. Le parti républicain est très divisé», souligne M. Lebo.