Pendant dix jours, les adolescents effectuent divers travaux de construction, de la peinture et de l’agriculture, entre autres, en plus de visiter leur pays d’accueil.

Voir du pays et grandir

Comme le veut l’adage, les voyages forment la jeunesse. Il y a dix ans, Claire Bergeron mettait le tout en pratique en lançant une série de voyages humanitaires à l’école secondaire J-H.-Leclerc de Granby. Sans le savoir, cette initiative a permis à ses participants d’en apprendre un peu plus sur eux-mêmes et de devenir de meilleurs citoyens du monde.

Deux pays, six expéditions, 135 élèves : ce qui était un rêve de jeunesse pour l’enseignante a fait des petits. « Pendant mon bac en théologie, j’ai vu des missionnaires laïques partir. J’avais envie de partir, moi aussi, et je m’étais promis qu’un jour, un jour... » raconte l’enseignante en Éthique et culture religieuse, qui a également pu observer les bienfaits d’un voyage humanitaire chez sa fille qui revenait d’un séjour au Guatemala.

Ce sont finalement ses élèves qui, en 2008, ont lancé l’idée d’organiser un voyage humanitaire, dans la foulée d’un travail sur les droits de la personne qu’ils avaient réalisé en classe. Celui-ci portait notamment sur les pays dont sont originaires leurs collègues de classe immigrants. Malheureusement, la cohorte avec laquelle tout a commencé n’a jamais pu bénéficier des fruits de la démarche étant donné que le premier départ a eu lieu deux ans plus tard.

Ce faisant, les élèves, tant du Programme d’éducation internationale que du cursus régulier, se sont rendus au Guatemala en 2010 et en 2012, puis au Nicaragua chaque année depuis 2014, à l’exception de 2017. Pendant dix jours, les adolescents effectuent divers travaux de construction, de la peinture et de l’agriculture, entre autres, en plus de visiter leur pays d’accueil.

Prises de conscience
Plusieurs jeunes ayant pris part à l’un ou l’autre des voyages ont affirmé avoir été profondément marqués par leur expérience. Certains orientant même leur future carrière autour de la relation d’aide ou de l’humanitaire.

« Je ne peux même pas imaginer ma vie sans ce voyage-là ! Ça m’a aidé à m’affirmer. Ce sont des voyages où tu pars à la découverte de toi-même. Au secondaire, c’est une période où tu trouves qui tu es. Là-bas, je me sentais moi-même », explique Ariane Marois, qui est retournée au Nicaragua à deux reprises par la suite.

Tous s’entendent pour dire que les liens se tissent rapidement pendant le voyage et qu’ils perdurent bien au-delà de l’aventure.

Naomie Bouchard a fait partie des voyageurs dans la cohorte de 2014. Pour elle, l’expérience a marqué un tournant dans sa vie. Rien de moins. « Ça change une vie pour un ado. Tous les jeunes devraient vivre ça au secondaire. Ça te dépayse ça t’aide à te trouver. Il y a des prises de conscience qui se font. On réalise à quel point on est vraiment chanceux ici [au Québec et au Canada] », dit-elle, ajoutant y avoir vécu beaucoup d’émotions et des rencontres touchantes, si bien qu’elle a mis « quatre mois à [s’]en remettre. »

Zachary Gauvin abonde dans le même sens. « Ce voyage-là a changé les perceptions qu’on pouvait avoir des gens. Là-bas, ils sont plus heureux que nous et ils ont pourtant beaucoup moins », constate celui qui fait partie de la plus récente cohorte à avoir foulé le sol nicaraguayen.

« Depuis que je suis revenu, j’ai le goût d’aider les gens ici. J’ai le goût d’en faire plus », relate le jeune homme qui retournera au Nicaragua avec son père pour poursuivre le travail.

« Aider les autres, ça apporte autant à la personne qui donne », renchérit le finissant Louis-David Tremblay.

Des liens pour la vie
Tous s’entendent aussi pour dire que des liens se tissent rapidement pendant le voyage. Des liens qui perdurent bien au-delà de l’aventure. « Il y avait des jeunes qui ne se parlaient pas avant ou qui se snobaient qui sont devenus des amis », raconte Naomie, qui a tellement aimé son expérience qu’elle est retournée par elle-même au Nicaragua avec une amie, l’an dernier. « C’est fou à quel point on se lie vite. On part là-bas avec le même objectif et les mêmes valeurs », indique Ariane.

Une soirée de retrouvailles entre les membres de toutes les cohortes a eu lieu à la fin de l’année scolaire. Ce fut l’occasion de se rappeler de bons souvenirs, alors que d’anciens élèves ont convergé de plusieurs régions du Québec vers Granby. « J’ai revu des gens que je n’avais pas vus depuis quatre ans ! lance Naomie. J’ai remarqué qu’on avait tous des âmes de voyageurs. »

« Nous avions disposé les tables dans la salle pour que les jeunes se rassemblent par cohorte, mais ils ont choisi de les regrouper, raconte Mme Bergeron. J’ai trouvé ça tellement beau ! Il n’y avait plus six voyages. Seulement un grand groupe. »