Alain Trudeau prend un plaisir fou à créer des stylos haut de gamme dans son atelier, qu’il appelle «sa caverne».

Vivre une « expérience d’écriture »

Être stylo et œuvre d’art à la fois, c’est possible. Sous la main d’Alain Trudeau, le bois, l’acrylique, voire la peau de serpent se transforment comme par magie en instruments d’écriture.

Le créateur a toujours aimé ce qui est miniature, lui qui a œuvré dans l’électronique toute sa vie. Et pour travailler à petite échelle, il s’est trouvé le bon passe-temps une fois à la retraite: la création de stylos. L’activité demande une minutie à toute épreuve, puisqu’un seul faux mouvement peut gâcher tout le travail.

Sa passion pour la fabrication de ce genre d’instruments est le fruit du hasard. « Il y a des événements tristes qui se transforment en événements heureux. Ma femme a appris qu’elle avait le cancer en 2001 et il a fallu que je reste à la maison parce qu’elle avait besoin de soutien. »

Alors qu’il commençait à trouver le temps long, il a reçu un magazine d’Angleterre parlant de la fabrication de stylos , aussi appelé des «instruments d’écriture». Il a demandé plus d’information et a commandé ses premières pièces. C’était la naissance d’un nouveau passe-temps qu’il pratique avec brio.

Sur mesure
Les pièces et le mécanisme proviennent de fournisseurs. M. Trudeau, lui, fait le recouvrement. Il lui arrive fréquemment de passer des commandes spéciales, dont le modèle devient ensuite un produit disponible pour ses confrères de partout à travers le monde. C’est le cas, par exemple, d’un mécanisme steampunk avec moult détails, et d’un autre qui lui permettra d’imiter un fusil de style Winchester.

Son travail a commencé en toute simplicité, avec du bois, avant de se diversifier dans des matériaux et des produits finis. C’est d’ailleurs sa conjointe, Gaétanne, qui possède sa première œuvre.

Après le bois, il a essayé l’acrylique, puis des retailles de Corian, une matière utilisée pour les comptoirs de cuisine, et même la pierre.

Cependant, chaque bois représente son propre défi. Sa robustesse, son grain et ses nœuds sont autant de facteurs de difficulté.

Venus d’ailleurs
Alain Trudeau utilise également des bois venus de partout dans le monde. « Une chose que je fais souvent, c’est que je fais venir des blocs d’une sorte de bois de la Chine pour son caractère. Un petit bloc peut valoir 300 $, dit-il, en tenant le fameux morceau dans une seule main. Le bois n’est pas uni. Plus un bois a des nœuds, plus il est difficile à travailler. Il faut y aller doucement. »

S’il est travaillé trop rapidement, un bois peut craquer au bout d’une semaine de repos, ajoute M. Trudeau qui en fait venir d’Afrique et d’Amérique latine. C’est le cas du bois d’amarante qui, une fois séché, devient couleur lilas, et du bois mexicain cocobolo, un bois orangé cachant des veinures noires. « Quelqu’un m’avait dit de ne jamais faire de stylos avec du cocobolo, un bois huileux, raconte le bricoleur. L’huile et le vernis sont incompatibles. Et, en plus de ça, quand tu fais le trou du stylo, ça fait chauffer le bois et l’huile, et ça prend de l’expansion. Le bois craque avant même de commencer. J’ai testé pour voir si la personne disait vrai, et c’est vrai!»

Aucun défi n’arrête toutefois M. Trudeau. Un matin, il a même trouvé une solution qui allie congélation et acétone. Comme il a reçu énormément de conseils et de trucs au fil des années de ses amis du Réseau des créateurs d’instruments d’écriture, il n’a pas hésité une seconde avant de partager sa trouvaille.

Petits trésors
«Une chose que j’ai essayée et que tu ne verras pas souvent, c’est un stylo en peau de serpent. C’est très difficile à travailler, parce que ce n’est pas sec», raconte-t-il.

Alain Trudeau a ainsi fait installer, par un collaborateur, la peau sur le tube de brasque qui vient avec le mécanisme, et il l’a ensuite roulé dans de l’acrylique, une matière qu’il a finalement pu travailler. L’effet est très réaliste. Chaque écaille de la peau a gardé son aspect naturel.

Ce n’est pas tout. « Les chasseurs me demandent souvent quelque chose de spécial, poursuit l’artisan. Je récupère de vieilles douilles utilisées et je fais un stylo à l’intérieur. J’ai aussi fait un stylo en marbre et un autre en corne de chevreuil! Il n’y a rien d’ordinaire dans ce que je fais. »

Il en a même un en circuits imprimés. Le secret est dans les détails et il choisit avec minutie ses fournisseurs. Le stylo dans son ensemble est donc de grande qualité, jusqu’à ses cartouches d’encre qui, si le client le désire, peuvent venir d’Allemagne et changer toute l’expérience d’écriture.

Il est possible de voir la collection d’Alain Trudeau sur son nouveau site (alaintrudeau.com). Il sera aussi au Salon des artisans, à Granby, en novembre prochain.