Sonia Evraire (Horizon pour Elles) et Chantal Brassard (CALACS de Granby) font partie de la Coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, qui organise une marche de sensibilisation annuelle contre la violence faite aux femmes.

Violences sexuelles : qui est concerné ?

Il y a d’abord eu bris de silence avec #AgressionNonDénoncée, puis l’élan de solidarité avec #MoiAussi. Maintenant, la Coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi espère franchir un nouveau pas en matière de sensibilisation. Le 21 septembre, lors de la marche annuelle contre la violence faite aux femmes, elle veut démontrer que le problème concerne tout le monde.

Chaque troisième vendredi de septembre depuis une quarantaine d’années, des groupes de femmes en Europe et en Amérique du Nord prennent la parole ou la rue pour dénoncer diverses problématiques, comme le fait de ne pouvoir se promener seules le soir. Elles soulignent ainsi la Journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes. Leurs voix font écho jusqu’ici, par la Coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, qui organise annuellement une marche de sensibilisation.

Selon Chantal Brassard, coordonnatrice au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby, la cause a fait du chemin depuis les premières manifestations, et en particulier depuis quelques années. « En 2014, avec le mot-clic #AgressionNonDénoncée, on a commencé à en entendre beaucoup plus parler », fait-elle remarquer.

Puis, avec l’utilisation massive du mot clic #MoiAussi (#MeToo) en 2017, l’effet s’est fait ressentir sur le terrain. « Cela a fait doubler le nombre de demandes de services, de la part des victimes, mais aussi de leur entourage. Ça a éveillé les consciences», rapporte la coordonnatrice du CALACS. Selon elle, ce mouvement a permis à la population générale de constater l’ampleur de la problématique.

« Les gens se sont rendu compte que les agressions, ça pouvait se traduire en choses tellement plus subtiles, beaucoup plus larges qu’un viol dans une ruelle la nuit. Ça peut, par exemple, être si quelqu’un te reluque depuis des années, qu’il te regarde le décolleté avec insistance, à répétition, et que ça te met mal à l’aise. C’est là qu’on se rend compte qu’on l’a toute vécu! », renchérit Sonia Evraire, intervenante sociale à l’organisme Horizon pour Elles hébergeant des femmes victimes de violence conjugale.

« Ce ne sont pas juste les agressions ou les viols, mais aussi le harcèlement. #MoiAussi a permis d’ouvrir toute la palette pour prendre la parole, dévoiler et dénoncer », résume Mme Brassard.

Après #MoiAussi
Maintenant, avec tout le chemin parcouru, les organisatrices de la marche régionale contre la violence sexuelle faite aux femmes souhaitent passer à la prochaine étape : faire comprendre que toute la population devrait se sentir concernée, pour que tout le monde agisse.

C’est d’ailleurs l’idée centrale derrière le nom de la marche 2018: Ça me concerne. Imagé, ce titre a encore plus d’impact, avec le mot « pas » rayé d’un trait rouge, à la fin de la phrase. « Il faut arrêter de penser que ça ne nous regarde pas. Ça regarde tout le monde », insistent les deux organisatrices.

Or, selon les deux femmes, même ceux qui croient ne pas connaître de victimes d’agression ou de harcèlement comptent généralement des victimes parmi leurs proches. Ils ne le savent simplement pas, parce que celles-ci en parlent encore peu de nos jours. Mais les intervenantes indiquent qu’en abordant le sujet dans leur entourage en étant à l’écoute et ouverts, plusieurs sont surpris par les confidences qui en découlent. Elles relatent, par exemple, le cas d’une jeune femme qui s’estimait chanceuse de n’avoir aucune victime dans son entourage… avant d’apprendre que sa propre mère avait été violée.

D’où l’importance que tout le monde se questionne et porte attention aux témoignages de ses proches, « parce que les gens doivent se sentir concernés pour que ça arrête », ajoute Mme Evraire.

La coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, qui regroupe Avante women’s centre, le CALACS de Granby, le Centre Femme des Cantons, Entre’Elles, Horizon pour Elles et la Maison Alice Desmarais, convie donc la population à se joindre à elle pour la marche de sensibilisation qui aura lieu à 18h30 le vendredi 21 septembre, au parc du Centre-ville de Cowansville (187, rue Principale). Sans vouloir « vendre le punch », les organisatrices annoncent que la marche sera ponctuée d’événements qui piqueront l’intérêt et susciteront la réflexion des marcheurs. Elles invitent, par ailleurs, les participants à se vêtir de noir pour un plus grand impact visuel lors des activités. La marche sera suivie de discussions conviviales ainsi que d’une action symbolique.