Des plants de moutarde semés après les céréales.

Vert, c’est propre?

CHRONIQUE / À tout bout de champ, c’est inévitable, un couvert blanc recouvre les terres agricoles. Dans le temps, les derniers travaux d’automne suivant les récoltes étaient les labours.
Du ray-grass dans une champ de maïs et du lotier dans du soya.

Le maître laboureur était alors mis à profit pour un labour bien dressé et où les résidus de culture devaient être cachés sous le sol mis à nu à l’automne. Propre, propre, propre ! 

De belles raies de charrue bien droites et brunes. À l’époque, des mérites étaient même remis au maître laboureur ! Cette pratique n’est plus, sauf certaines exceptions*. Qu’un souvenir. 

Les charrues ont été remplacées par des racines. Celles-ci attirent toute une faune et une flore microbienne. Une vraie armée prête à labourer le sol passivement. Un phénomène merveilleux ! 

Or, pour qu’un sol soit verdoyant à l’automne, il nécessite l’ensemencement d’une deuxième culture durant l’été ou avant l’automne, au travers la culture principale qui elle, sera récoltée. Les cultures principales (maïs, soya, céréales) sont des plantes annuelles récoltées lorsqu’elles sont matures, donc mortes. On aime appeler ces plantes de fin de saison « des engrais verts », car elles améliorent le sol. On leur donne également les termes « cultures de couverture » pour leur feuillage qui recouvre le sol. Tel un parapluie, leurs feuilles protègent de l’érosion que pourrait provoquer, par exemple, une goutte de pluie qui pulvérise le sol. Des plantes comme le ray-grass, le trèfle, le radis, la phacélie, la moutarde ou de simples céréales peuvent être ainsi ensemencées. C’est comme si un champ de grandes cultures (maïs ou céréales) se prenait pour un champ de foin !

Cet ensemencement exige l’utilisation de machineries particulières, du temps et l’achat de semences non vouées à être récoltées. Il s’agit donc d’un important investissement de la part du producteur, mais cela sert à toute la communauté. Pour les bienfaits que tous ces gestes apportent, comme l’amélioration de la qualité de l’eau, les entreprises agricoles doivent savoir qu’elles peuvent bénéficier d’aides financières de la Ville de Granby, de la MRC de la Haute-Yamaska (un nouveau programme similaire à celui de Granby est prévu en 2018) et du MAPAQ (services-conseils). 

Pour les bienfaits que cela peut avoir sur la santé des sols, souvent les agriculteurs l’adoptent. À Granby, depuis 2014, 663 hectares ont été ensemencés de ces cultures de couverture en bénéficiant de 36 400 $ en aide. Ailleurs dans la MRC, trois parcelles totalisant plus de six hectares ont été ensemencées cet automne grâce à l’appui financier de la MRC de la Haute-Yamaska. Un investissement et des retombées concrètes en environnement.

Cette pratique, lorsqu’elle est applicable, sera proposée aux entreprises agricoles du bassin versant du lac Boivin. Une démonstration a d’ailleurs eu lieu le 28 septembre dernier à la Ferme Paccou inc., située aux abords du cours d’eau Bouchard. Municipalités, MRC, MAPAQ, ROBVQ, OBV Yamaska, SEPAQ, citoyens et agriculteurs étaient présents. Lors de votre prochaine sortie par le chemin David-Bouchard (8e rang), n’hésitez pas à contempler le fond des rangs de maïs demeuré vert.

Un sol vert, c’est loin d’être de la paresse. C’est non seulement propre, mais c’est un investissement, et ce, pour tous. 

 *Un sol non drainé, un semoir mal adapté aux résidus de cultures ou un type de sol lourd peuvent justifier un travail de sol d’automne.

Isabelle Martineau, agronome au Club conseil Gestrie-sol

La série de chroniques en agrœnvironnement est rendue possible, notamment en vertu du sous-volet 4 du programme Prime-vert 2013-2018 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Ici, un champ de maïs avec une culture de couverture sans travail de sol.