Soulianka Viens, agente de développement à l’Écocentre, Andréanne Daigle et Christiane Paquette, toutes deux conseillères à l’intervention au SDEM SEMO Montérégie, point de service de Granby.

Une porte qui s’ouvre sur le marché du travail

Chaque année, le Service d’aide à l’emploi et de placement en entreprise pour personnes handicapées, le SDEM SEMO Montérégie, prend le temps de souligner la précieuse collaboration d’employeurs qui intègrent des gens ayant une situation particulière au sein de leur équipe de travail. En février, c’était au tour du point de service de Granby de présenter son entreprise coup de coeur : l’Écocentre de la MRC de la Haute-Yamaska. Ouvert à la différence, le site pousse le principe de valorisation bien au-delà des objets.

Kevin Aubin et Christian Choquette sont tous deux à l’emploi de l’Écocentre. Le premier y fait un stage et le deuxième y travaille à temps complet. Les deux jeunes hommes de 25 et 27 ans, aux prises avec un trouble de santé mentale, sont accompagnés dans leur parcours par le point de service de Granby du SDEM SEMO Montérégie. Huit points de service sont actifs sur ce grand territoire.

Depuis 35 ans, le service d’aide à l’emploi permet aux personnes handicapées de 16 ans et plus de se trouver du travail en entreprise. Desservant toutes les déficiences (neurologiques, trouble de santé mentale, du langage et de la parole, déficience intellectuelle, physique ou sensorielle, voire les diverses limitations pouvant être causées par une maladie), il permet aux gens d’être orientés, formés, coachés et suivis de près dans leur cheminement vers le maintien d’un emploi. Aussi, le SDEM SEMO Montérégie assiste et guide les employeurs qui acceptent d’intégrer une main-d’œuvre handicapée.

« On s’occupe de la bulle ‘travail’, explique Andréanne Daigle, conseillère à l’intervention au SDEM SEMO Montérégie, à Granby. On fait des suivis en entreprises. On garde toujours le lien entre le client et l’employeur et on travaille beaucoup en partenariat avec les intervenants (CIUSS de l’Estrie CHUS, CRDI, DI-TSA). On fait beaucoup d’encadrement, et ce, même au niveau du maintien à l’emploi. Le dossier du client est toujours ouvert. »

Une démarche qui permet de développer l’estime et la confiance en soi de la clientèle handicapée prise en charge par l’organisme.

« Les gens ont ainsi la possibilité de se développer en tant qu’être humain, insiste Mme Daigle. De développer des compétences de travail et relationnelles. »

Christian Choquette travaille à l’Écocentre à temps complet. Il a été épaulé dans sa recherche d’emploi par les conseillères à l’intervention du SDEM SEMO.

Par exemple, à son arrivée à l’Écocentre, Christian était un jeune homme très réservé. En deux ans, il a appris à sortir de sa coquille, souligne Soulianka Viens, agente de développement à l’Écocentre. « Il a développé de grandes compétences sociales », dit celle qui l’a vu évoluer au fil du temps.

D’ailleurs, celui qui s’occupe du carton et styromousse destinés au recyclage, dit avoir appris beaucoup de choses depuis son entrée en poste. « Et j’aime toutes les matières, lance-t-il. C’est super ici. J’ai bien du plaisir. »

Même son de cloche du côté de Kevin qui, depuis octobre dernier, guide les gens dans la cour et veille à ce que celle-ci soit propre et accueillante. Souvent, il est appelé à faire du démantèlement d’objets ou à travailler dans le département de l’électronique. « C’est bien ici. Je fais de tout », a lancé Kevin qui, ce jour-là, veillait, entre autres à étendre de l’abrasif dans la cour.

« On parle d’ouverture des employeurs, note Christiane Paquette, conseillère à l’intervention au SDEM SEMO Montérégie. Ici, à l’Écocentre, lors de la première rencontre d’équipe, je suis venue faire une présentation sur la maladie mentale, sur les difficultés et les limites que ça engendre, etc. Ça, ça démontre une grande ouverture ! Si tous les employeurs faisaient ça, ça serait merveilleux ! »

« Quand on peut entrer dans l’entreprise pour lui transmettre divers outils, poursuit-elle, la différence peut ainsi être moins visible. »

Informer et sensibiliser les employeurs sur la santé mentale est donc une des clés menant à l’intégration de la clientèle handicapée en milieu de travail. Car certains préjugés sont encore présents. « L’ouverture est plus grande, note Christiane Paquette, en poste depuis 12 ans. Les employeurs sont ouverts, mais certains pensent encore que ‘personne handicapée’ rime avec ‘fauteuil roulant’. On a du chemin à faire. »

Dans cette optique, les conseillères à l’intervention du SDEM SEMO Montérégie du point de service de Granby rappellent qu’elles sont disponibles pour aller expliquer leurs services aux dirigeants d’entreprises soucieux d’ouvrir leurs portes à une clientèle handicapée.

Emplois nombreux et variés

Commerce de détail. Agriculture et foresterie. Fabrications diverses. Hébergement et services de restauration. Finance et assurances. Services publics. Les secteurs d’activités dans lesquels les personnes handicapées peuvent travailler sont nombreux et variés.

«C’est très diversifié, car on fonctionne toujours à partir de l’intérêt des gens», explique Andréanne Daigle, conseillère à l’intervention au SDEM SEMO Montérégie, point de service de Granby. Les besoins et la situation de la personne sont aussi prises en considération.

Les postes convoités par l’organisme et sa clientèle font partie de ceux dit «d’entrée de gamme», souligne-t-elle. «On parle de postes liés à des tâches répétitives et routinières où la personne fait souvent la même chose», illustre celle qui est souvent appelée à travailler avec une clientèle atteinte d’une déficience intellectuelle ou d’un trouble de santé mentale. «Ces gens ne cherchent pas à aller plus loin dans l’entreprise, indique Mme Daigle. Ils veulent travailler. Ils sont très loyaux.»


Leur permettre d’apprendre un boulot en particulier demandera, elle le reconnaît, un peu plus de temps et d’adaptation à un employeur, mais sa patience sera vite récompensée, car les personnes handicapées sont des employés très fidèles. «En leur donnant leur chance, l’employeur se garantit la présence d’un employé sur du long terme. Ils vont demeurer en poste, car plusieurs se définissent par leur travail. C’est leur fierté. L’employeur s’offre une stabilité avec un employé formé (grâce aux stages) à sa main à lui.»

Pour profiter des services gratuits du SDEM SEMO Montérégie, des services volontaires, une personne doit avoir reçu un diagnostic.

Pour en savoir plus: www.sdem-semo.org

Un service d'importance

Comme c’est le cas à l’Écocentre, de nombreuses entreprises de la région ouvrent leurs portes à la clientèle du SDEM SEMO Montérégie.

Le Dooly’s de Granby et le restaurant St-Hubert de Bromont, entre autres, font affaire avec le service d’aide à l’emploi.

Au Dooly’s, les gens travaillent à l’entretien ménager. Au restaurant St-Hubert, ils veillent, par exemple, à faire du remplissage de frigos. « Nous avons décidé de joindre l’utile à l’agréable, souligne Christian Roy, copropriétaire du Dooly’s avec Yan Tremblay. Je savais que ce service existait. Oui, c’est plus long de les mettre en marche, mais ils sont tellement contents et heureux. On s’en occupe bien. On leur fait attention. »

Même discours du côté de Daniel Camirand, directeur général du restaurant St-Hubert à Bromont. « Que vont faire ces jeunes si on les met de côté ? questionne le gestionnaire. Nous, ça nous fait plaisir de les aider. On trouve ça positif. On leur fait faire des choses de base dans le resto. »

Que le gouvernement assume une partie du salaire de ces employés donne un joyeux coup de main, ne cache pas M. Camirand. « Comme ça, ça nous dérange pas de prendre un mois et demi pour former quelqu’un sur un poste qui demande normalement trois semaines de formation, parce qu’il est important de les aider, insiste-t-il. Je trouve ça très intéressant comme service. D’ailleurs, je le dis souvent (aux conseillères du SDEM SEMO), s’il y en a d’autres qui sont intéressés, appelez-moi ! »