Une perle de rosée… alchimiste et cleptomane

CHRONIQUE/ Dès les premiers rayons du soleil, dans les clairières du CINLB, la rosée matinale révèle des dizaines de toiles d’araignées où de minuscules gouttelettes perlent le long des fibres soyeuses. Mais dès que l’on s’approche, quelques-unes d’entre elles se laissent choir… au bout d’un fil de rappel! Ce sont en fait des neospintharus trigonum (du grec spintharos: «qui brille»), de petites araignées de 3,5 à 4 millimètres de la famille des theridiidae, et de la sous-famille des argyrodinae (du grec argyros: «argent»).

Elles ont un abdomen conique dont l’extrémité allongée et légèrement recourbée rappelle les bonnets de sorcière. Leur corps arbore une couleur argentée ou bronzée. Lorsqu’elles sont suspendues à la toile, le ventre en l’air, l’abdomen vers le sol et leurs longues pattes avant repliées contre le corps, elles ressemblent à des gouttes de rosée. Le terme anglais pour les araignées de cette sous-famille est d’ailleurs dewdrop spiders.

Leur aspect métallique est dû à une métabolisation de leurs excréments qui produit des cristaux de guanine accumulés dans des cellules spécialisées, les guanocytes, réparties sous l’hypoderme abdominal. À l’instar des alchimistes qui cherchaient le secret de la transformation du «vil métal» en or, ces petites araignées récupèrent leurs propres déchets intestinaux et les transforment une substance cristalline qui, en réfractant la lumière, leur donnent cette apparence iridescente. Neospintharus trigonum construit rarement sa propre toile. Elle s’embusque plutôt dans celles d’autres araignées, pour y voler les proies capturées.

Son apparence perlée assure son camouflage et ses déplacements sur la toile sont toujours très lents, pour ne pas alerter l’hôte ainsi pillé.

Ce phénomène de «cleptoparasitisme» confère un réel avantage adaptatif: pas d’énergie à dépenser en construisant une toile ou en enrobant ses proies de soie. Souvent, celles-ci sont d’ailleurs en partie prédigérées, ce qui en facilite l’absorption.

Les espèces les plus fréquemment cleptoparasitées sont généralement des linyphiidae et, en particulier au Québec, les espèces neriene radiata, frontinella pyramitela et pityohyphantes costatus (voir la chronique du 14 février 2018). Les chercheurs ont pu constater que jusqu’à 50% des toiles de ces espèces sont cleptoparasitées par neospintharus trigonum.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke