Un vagabond prolifique venu du Far West

CHRONIQUE / La présence de plus en plus fréquente du coyote en banlieue de Montréal a récemment fait la manchette des journaux.

Mais c’est déjà un phénomène familier dans plusieurs villes américaines, et on estime à environ un million le nombre de ces canidés dans l’agglomération de Chicago! 

La chose n’est pas étrange dans l’histoire de l’espèce, car les coyotes fréquentent les humains depuis longtemps. Leur territoire d’origine s’étendait des grandes plaines du Sud-Ouest américain jusqu’à l’Amérique Centrale et, il y a un millier d’années, ils avaient déjà envahi les principales cités Aztèques. 

De taille intermédiaire entre le renard et le loup, ce prédateur se nourrit de petites proies, surtout des mammifères. La prolifération de petits rongeurs autour des humains, ainsi que la présence d’animaux d’élevage (lapins, moutons, volailles) lui ont assuré un garde-manger privilégié. Son expansion vers l’est a ainsi coïncidé avec la progression de la colonisation européenne vers l’ouest. L’agriculture et la déforestation dans le centre et l’est des États-Unis, combinées à une éradication massive du loup gris, principal prédateur du coyote, ont permis à celui-ci d’occuper de nouveaux territoires. Par ailleurs, la multiplication de ponts et la construction de rails ont multiplié les voies d’accès vers les villes de l’est.

Un autre facteur a contribué à l’expansion des populations de coyote. Le loup dépend étroitement de la vie sociale de la meute pour la capture de proies de grande taille, mais le coyote a un régime plus varié. Il chasse généralement seul les petits mammifères, mais peut aussi se regrouper avec d’autres, pour la capture de proies plus grandes. Cela lui confère une plus grande adaptabilité. 

La diminution de la population de loups a provoqué un curieux phénomène en retour: le nombre de partenaires sexuels diminuant drastiquement, les loups mâles ont cherché à s’accoupler de plus en plus avec les femelles coyotes, celles-ci manifestant une préférence pour des partenaires de grande taille. Par la suite, les hybrides qui en sont issus se sont à leur tour accouplés avec des loups, des coyotes ou d’autres hybrides, un brassage génétique qui a engendré plusieurs sous-espèces dans l’est américain.

Michel Aubé,
vice-président du CINLB et professeur retraité de l'Université de Sherbrooke