Phoudsady Vanny invite les gens au premier Salon de la mort qui se tiendra au Palais des congrès de Montréal, le week-end du 3 et 4 novembre. Car, dit-elle, parler de la mort n’a jamais tué personne.

Un salon de la mort pour mettre fin à l’angoisse

Faire avancer la conscience collective face à la mort est le mandat que s’est donné Phoudsady Vanny. Comme le phénomène touche tout le monde sans exception, pourquoi ne pas y voir de son vivant, questionne la Québécoise d’origine laotienne. Pour atteindre son but, elle a pensé organiser le Salon de la mort. Une grande première au Québec à laquelle participeront des gens de chez nous. Les 3 et 4 novembre, au Palais des congrès de Montréal, elle entend briser le tabou.

L’histoire de Phoudsady Vanny ne ressemble pas à celle d’autres Laotiens arrivés au Canada à bord de boat people. Vivre dans la neige l’hiver, ses parents ne l’ont pas choisi pour se réfugier. Le Québec, ils ont décidé de s’y installer par amour pour la province.

« Un jour, j’ai croisé le petit chien d’une voisine, raconte Mme Vanny, aujourd’hui mère de cinq enfants de 5 à 19 ans. Elle et moi nous sommes vite liées d’amitié. »

Seule. Sans enfants ni famille proche, la dame a, au fil du temps, proposé à la petite de devenir sa « grand-mère adoptive ». Ce qu’elle a tout de suite accepté. « Je souhaite à tous les immigrants d’avoir une mamie Suzanne, raconte Mme Vanny avec émotion. Ça permet de découvrir cette terre qui est le Québec. Le dialogue, c’est ça l’intégration. »

Des années plus tard, quand sa mamie est décédée, ça a été au tour de Phoudsady, alors dans la jeune vingtaine, de se sentir bien seule devant la tâche qui l’attendait. C’est à elle que revenait la responsabilité d’organiser les obsèques.

« Elle voulait quelque chose de simple, mais tout le reste était à ma discrétion, se souvient-elle. Je ne savais pas quoi dire, comment réfléchir. Je ne savais pas quoi faire. »

Phoudsady Vanny a pensé à lancer un salon de la mort.

Une expérience qui l’a motivée à éviter le même sort aux autres personnes en situation de deuil. « Il fallait reconsidérer la chose, insiste-t-elle. Il faut se préparer. »


«  Je n’ai pas LA solution face à la mort, mais je veux offrir une place pour l’échange. Et si je peux soulager l’angoisse, ne serait-ce que de quelques personnes face à la mort, j’aurai réussi ma mission.  »
Phoudsady Vanny

Un terrain neutre où échanger

Et c’est comme ça que l’idée d’un salon dans lequel seraient réunis des gens travaillant tous autour de la mort a germé. « Au Québec, plusieurs sont anxieux face à la mort », indique Mme Vanny dont le travail consiste à réaliser des projets artistiques pour rendre hommage aux défunts et qui possède avec son conjoint une petite entreprise d’entretien, de nettoyage et de fleurissement de sépultures.

« Le sujet suscite souvent la polémique, poursuit-elle. Il est difficile d’en parler, car on ne pense qu’au côté commercial. »

Mais comme la fin est inévitable, tous les parents de jeunes enfants et tous les enfants de parents vieillissants se doivent d’y penser. Se préparer à y faire face.

« Je propose, avec le Salon de la mort, un terrain neutre pour apprendre et poser des questions, explique Mme Vanny. Je sais que ça vient brasser des choses, mais je suis certaine que plusieurs n’attendent que ça. En en parlant, on arrive à avoir une forme de contrôle sur ce qui va se passer. Juste ça, ça peut permettre à plusieurs de mieux vivre ! »

Inviter les gens à une réflexion, en toute humilité, voilà son but. « Je n’ai pas LA solution face à la mort, mais je veux offrir une place pour l’échange. Et si je peux soulager l’angoisse, ne serait-ce que de quelques personnes face à la mort, j’aurai réussi ma mission, ajoute-t-elle. Je veux que les gens sortent de ce salon sereins. En ayant le sentiment d’avoir démythifié des choses. » Pour leur permettre de trouver réponse à leurs questions, de faire des découvertes et d’en apprendre plus sur les réalités liées à la mort et à la planification de la fin de vie, Mme Vanny et son équipe proposent donc un espace conférence, plus de 80 exposants, un espace destiné à la diversité des rituels funéraires selon la culture, un lieu d’exploration, de création et de recueillement, un arbre à souhaits, un espace réservé à la réalité virtuelle en contexte de deuil, un café mortel où la discussion sera à l’honneur, un coin pour se recueillir, un autre réservé à la littérature et un dernier où des experts en planification financière et légale répondront aux interrogations des visiteurs.

« On veut que les gens vivent quelque chose de spécial« , insiste Mme Vanny, une femme rayonnante.

Comme elle devait agir à titre de conférencière, un hommage sera aussi rendu à Johanne Fontaine, dit-elle.

« Je suis certaine que le Salon de la mort va trouver écho chez bon nombre de personnes », croit Phoudsady Vanny en rappelant que le fait de vivre dans le déni ne fait que générer toujours plus d’angoisse.

« Naître pour ensuite mourir est un événement naturel vécu par tous les êtres vivants. C’est ce qui arrive aux papillons, aux chats, aux humains. La mort ne doit plus être un sujet occulté », conclut celle qui a choisi une phrase on ne peut plus claire pour faire la promotion de son événement : « Parler de la mort n’a jamais tué personne. »

«Audacieux et nécessaire», estime Hélène Giroux

Informer, accompagner, rassurer et célébrer sont les quatre missions du premier Salon de la mort organisé au Québec. Dans son approche à titre d’accompagnatrice en fin de vie et comme officiante funéraire, Hélène Giroux vise les mêmes cibles. Pour la Granbyenne aussi auteure, il n’était pas question de manquer le bateau. Les 3 et 4 novembre, elle y tiendra donc son kiosque. Normal pour une femme qui a décidé de consacrer sa vie à la mort.

« Ce salon a tellement sa place, insiste Hélène Giroux avec l’enthousiasme qu’on lui connaît. Il faut briser les préjugés et les tabous entourant la mort. C’est important. »

Hélène Giroux est bien connue dans la région grâce à son rôle d’accompagnatrice en fin de vie et celui, plus récent, d’officiante funéraire. Au cours des dernières années, elle a publié trois bouquins sur l’accompagnement Accompagner, Ce que les mourants m’ont enseigné... et Le privilège d’accompagner. « Quand j’ai su qu’un Salon de la mort s’organisait, je ca-po-tais, lance-t-elle avec ferveur. Il fallait que je sois là ! C’est mon univers. » Ainsi, elle entend rassurer les gens. Les amener à apprivoiser la mort et à comprendre. 

« Il faut parler des vraies affaires, à petits pas et avec délicatesse. Mais chose certaine, ce n’est pas en n’en parlant pas qu’on va arriver à quelque chose ! Ne pas parler de la mort ne permettra à personne de l’éviter. »


Hélène Giroux est, entre autres, accompagnatrice de personne en fin de vie.

Outils précieux

Le Salon de la mort, dit-elle, permet donc de se munir d’outils dans le but de faire face. « Les gens vont explorer dans un contexte respectueux qui a de bonnes intentions, souligne celle qui se promet bien d’y être conférencière l’an prochain. Ce n’est pas quand tu es dedans (le deuil), quand les émotions prennent le dessus, que tu penses clairement. Là, tout le monde va recevoir outils et références pour être plus solide. Préparé. » 

« Un jour où l’autre, tout le monde va se retrouver au chevet d’un être cher, poursuit-elle. Pour éviter les regrets et la culpabilité, mieux vaut être équipés. Si on savait, on vivrait les choses très différemment. »

Un salon appelé à grossir

Hélène Giroux qualifie donc « d’extraordinaire »l’initiative de Phoudsady Vanny.  « On vient de passer une étape importante dans l’évolution de la perception de la mort, croit-elle. C’est audacieux de sa part de se lancer dans ce sujet qui met tout le monde sur la défensive. Mais je suis certaine que devant son succès, le Salon de la mort va revenir l’an prochain, et plus gros ! »

Le temps des récoltes

Accompagnements de personnes en fin de vie, célébrations à la hauteur des défunts et formations aux gens qui travaillent en soins palliatifs. Hélène Giroux a su se bâtir un boulot en parfait accord avec ses valeurs. Et elle ne chôme pas. Malgré tout, elle trouve toujours le temps de développer de nouveaux projets ou de collaborer à diverses initiatives intéressantes, toujours dans le domaine de la mort. Par exemple, elle a dernièrement été approchée par Marie-Ève Chamberland, la femme derrière Un cadeau du ciel. L’entreprise offre aux gens la possibilité de léguer à leurs proches une attention particulière après leur départ. Par exemple, pour laisser un « héritage affectif » à un membre de sa famille, une personne en fin de vie peut vouloir écrire un mot, enregistrer une vidéo ou encore lui offrir un cadeau à un moment précis dans le futur.

« Moi, je vais participer à la rédaction de lettres », explique Hélène, habituée de côtoyer des personnes arrivées au terme de leur vie.

Aussi, un autre des services offerts par Un cadeau du ciel, est celui nommé l’Hymne à la vie. « C’est une célébration, un hommage, organisé pour la personne en fin de vie, mais de son vivant, indique Hélène. Normalement, on rend hommage et on souligne les bons coups et les qualités de la personne, mais elle n’est plus là pour les entendre. Là, elle peut recevoir tout cet amour et cette affection dans un contexte positif et lumineux. » Jean-Marie Lapointe anime ces célébrations bien spéciales. Mais quand son horaire ne le lui permettra pas, c’est Hélène qui sera appelée à prendre la relève, elle qui a déjà de l’expérience en tant qu’officiante funéraire dans des célébrations qui se veulent plus personnalisées que des funérailles traditionnelles. « C’est fait dans un contexte créatif et significatif, ajoute-t-elle. Je suis emballée ! »

« Tout ce que je sème depuis 18 ans commence à fleurir, illustre Hélène, radieuse. Je commence à récolter. C’est extraordinaire ! » Isabelle Gaboriault