L’enseignante Audrey-Anne Demers Moreau a invité les élèves de première secondaire à imaginer une créature en lui inventant une histoire et en la dessinant. Un projet scolaire qui a donné naissance à la publication d’un livre.

Un recueil pour des élèves du secondaire

Fouiller dans son imagination pour inventer une créature, lui donner vie en la dessinant et raconter son histoire. Voilà l’expérience vécue par les élèves de première secondaire de l’école Paul-Germain Ostiguy de Saint-Césaire et dont les récits seront regroupés dans le recueil Les créatures de l’imaginaire.

L’idée d’inviter les jeunes à se lancer dans une telle aventure dans le cadre de leur cours de français est née de la visite de la romancière Michèle Marineau. Les ados s’intéressaient particulièrement à l’édition et à la publication de ses romans. « Je me suis dit qu’il fallait faire ce projet-là, car ils veulent publier quelque chose », raconte Audrey-Anne Demers Moreau, enseignante à la polyvalente Paul-Germain Ostiguy et instigatrice du projet.

« Dans l’éducation, dans l’enseignement, on doit rendre un projet significatif aux yeux des élèves. Ils devaient donc écrire un texte qui ne serait pas jeté à la poubelle. Ils devaient écrire quelque chose qui servirait et qui les rendrait fiers », poursuit l’enseignante qui a consacré plus de 70 heures de son temps personnel pour mener le projet à terme.

La soixantaine d’élèves a accepté d’embarquer dans l’aventure. Les jeunes se sont même engagés par écrit à s’impliquer dans tout le processus. « On a tous signé un contrat. On l’a fait à fond ! », raconte Andrey-Anne Demers Moreau, qui a également reçu l’appui de ses collègues enseignants et des membres de la direction de l’école.

Les élèves de première secondaire de l’école P.-G.-Ostiguy de Saint-Césaire ont adoré leur expérience littéraire.

Afin d’arriver au résultat final, les jeunes ont été invités à explorer le processus d’écriture lors d’ateliers offerts pendant leurs cours de français. Ils ont pu s’inspirer de différents livres, notamment Le bestiaire fantastique des voyageurs et les créatures d’Amos Daragon, pour inventer leur propre créature.

« C’était intéressant. On n’a jamais fait ça à notre école. Ça nous a permis de nous exprimer », affirme Daphney Cusson, une des élèves. « Habituellement, c’est toujours un sujet imposé, mais là, on avait l’embarras du choix. On laissait aller notre imagination », renchérit Phélix Dubois.

Corpent, drataure et compagnie
La créativité des éléves a été sollicitée à son maximum. Ils devaient non seulement imaginer leur créature, mais aussi raconter son origine, sa petite histoire, pour ensuite la décrire. Ils choisissaient ensuite de parler de son mode de vie, de ses pouvoirs ou encore de ses dons. Au final, ils devaient dessiner leur créature ou solliciter l’aide d’un membre de leur entourage pour l’imager.

« J’ai tout de suite aimé l’idée, parce que j’ai beaucoup d’imagination, raconte Mélanie Lortet. Quand elle (le prof) nous a dit qu’il fallait créer notre propre monstre, j’ai trouvé ça le fun ! »

L’exercice a mené à la création du drataure, du corpent, du licarou ou encore de l’aigocon, un mélange d’aigle, de crocodile et de dragon. Pas moins de 70 créatures ont ainsi pris naissance ! Elles seront toutes regroupées dans le recueil Les créatures de l’imaginaire.

« On a travaillé fort pour publier ce livre-là. Je pense que tout le monde était excité et on avait hâte que ça se réalise », raconte Élodie Lasnier.

« On savait qu’on allait gagner quelque chose à la fin. Même si on n’avait pas une bonne note, on serait publié et ce serait une réussite pour nous », souligne pour sa part Lorie-Anne Pesant.

Voici la couverture du livre dans lequel sont regroupées les créatures imaginaires des élèves.

Cent exemplaires du livre seront bientôt imprimés. Tous les élèves qui ont participé au projet et les membres de la direction recevront un exemplaire. Des copies seront également mises à la disposition des enfants et des adultes, à la bibliothèque de l’école, fréquentée par la population de Saint-Césaire. L’enseignante va même en acheminer dans des maisons d’édition dans l’espoir que l’une d’elles accepte de publier le recueil.

Maison d’édition ou pas, cette expérience littéraire semble en avor inspiré plus d’un. De leur propre aveu, certains élèves ont confié avoir eu la piqûre pour l’écriture !

Une campagne de financement pour couvrir les coûts d'impression

La rédaction du recueil portant sur diverses créatures imaginaires a non seulement exigé aux élèves de faire preuve de créativité, mais ils ont également pu  découvrir différentes facettes de l’entrepreneuriat. Ensemble, ils ont travaillé afin d’amasser les 800 $ nécessaires pour défrayer les coûts d’impression de leurs 100 premiers exemplaires.

«J’avais un comité de 20 élèves et il s’est réuni trois midis pour mettre sur pied une campagne de financement. On a organisé différentes activités», explique l’enseignante, Audrey-Anne Demers Moreau.

L’argent allait permettre de couvrir les frais d’impression des recueils. La vente de barbe à papa et de smoothies a permis d’amasser 340 $.

Les jeunes ont toutefois appris que le succès n’était pas toujours au rendez-vous. Ils ont organisé une vente de crêpes, mais «ça a été un flop», raconte l’enseignante. «On a appris à vivre l’échec», dit-elle.

La campagne de financement n’est pas terminée. L’humoriste Jay Dutemple a offert aux élèves deux billets pour l’un de ses spectacles. Des coupons seront bientôt mis en vente et un tirage aura lieu parmi les nombreux participants. Les élèves sont également en attente d’une réponse pour l’organisation d’autres activités de financement, dont une journée de collecte de dons qui pourrrait avoir lieu dans une épicerie de Saint-Césaire. Karine Blanchard