Un petit rusé qui squatte le nid de ses prédateurs

CHRONIQUE/ Nous avons déjà évoqué le «parasitisme de couvée» chez le vacher à tête brune (chronique du 22 mars 2017), un comportement rare chez les oiseaux, mais que l’on retrouve aussi chez d’autres espèces animales. C’est le cas du méné jaune, de la famille des cyprinidés.

Celle-ci comprend le plus grand nombre d’espèces de poissons: quelque 2 000 dans le monde, dont 286 en Amérique du Nord et 28 au Québec. Certains membres, comme la carpe, peuvent dépasser 120 cm, mais dans le sous-groupe des ménés, la majorité des espèces varie entre 4 et 10 cm.

Le méné jaune est l’un des plus grands d’entre eux, dépassant parfois les 20 cm. Abondant au CINLB, il arbore une couleur argentée, devenant dorée en période de frai, ce qui lui a mérité son qualificatif. Il est facilement identifiable par sa ligne latérale qui, dans la partie antérieure, s’incurve fortement vers le bas, au lieu de traverser le corps horizontalement comme chez la plupart des poissons. Il a également une carène charnue dépourvue d’écailles sous le ventre, entre les nageoires pelviennes et anales.

Ce poisson ne fait pas de nid et n’accorde aucun soin à sa ponte. Il squatte plutôt les nids d’espèces comme le crapet-soleil (chronique du 17 mai 2017) ou l’achigan à grande bouche (chronique du 25 avril 2018). Surtout ceux qui contiennent déjà beaucoup d’œufs. Ces deux espèces ventilent continûment leur progéniture et la défendent farouchement. Le comportement du méné est étonnant, car l’achigan est l’un de ses principaux prédateurs. Mais cet hôte ne distingue pas les œufs du squatter qui en tirent ainsi une protection assurée. Les chercheurs ont même remarqué qu’après la ponte, lorsque les alevins s’éloignent du nid, les jeunes achigans accompagnent les ménés et les défendent en cas de menace.

Contrairement au vacher, le méné jaune ne détruit pas les œufs des nids squattés. Les observations montrent même que les progénitures des crapets ou des achigans ainsi envahies ont une plus grande probabilité de succès. Une hypothèse proposée est qu’en cas d’attaque du nid, les pertes se répartissent sur les deux espèces plutôt que sur une seule.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke