La bénévole Marie-Ange Collinge et Patrick St-Denis, responsable des services aux bénévoles au CAB de Granby, ont mis sur pied le projet « Les correspondants masqués ».

Un journal intime interactif

Laisser libre-cours à son imagination par le dessin ou encore exprimer ses émotions par écrit. C’est la mission que s’est donnée Marie-Ange Collinge, bénévole au Centre d’action bénévole (CAB) de Granby. À travers le projet « Les correspondants masqués » qu’elle a mis sur pied en 2017, elle et cinq bénévoles répondent une fois par semaine aux lettres qu’ils reçoivent de la part des élèves du 2e cycle de l’école primaire Saint-Eugène de Granby.

Le but ? Favoriser l’expression des jeunes par l’écriture, chose qu’ils font de moins en moins avec la présence des téléphones intelligents et des tablettes numériques.

Mme Collinge s’est inspirée d’une amie bénévole à Sherbrooke, qui avait lancé le projet de courrier des jeunes sous le nom « Les Papillons facteurs ». Ce concept a alors rejoint deux intérêts de la travailleuse sociale à la retraite : l’amour de la langue française et celui des enfants.

« Je ne trouvais pas le type de bénévolat qui me plaisait », avoue-t-elle, avant qu’elle ne tombe sur le projet de son amie.

Cette année, neuf classes du deuxième cycle— dont une à besoins à particuliers — ont la chance de correspondre avec des bénévoles en toute confidentialité, s’ils le souhaitent. Chaque semaine, le facteur, qui est le seul à avoir la clé de la boîte aux lettres, vient chercher et livrer le courrier aux enfants. Courrier qui leur ait remis discrètement.

« Au début du projet, l’enseignant donnait un sujet et les jeunes écrivaient, mais l’essence même du projet aujourd’hui, ce sont les jeunes qui s’expriment sur ce qu’ils vivent », avance Patrick St-Denis, responsable des services aux bénévoles, pour illustrer l’évolution du projet et l’intérêt des élèves qui s’est développé naturellement.

M. St-Denis a d’ailleurs une grande confiance envers Mme Collinge, outillée pour détecter des situations problématiques.

« C’était la personne tout indiquée, car pour un projet comme ça, il faut quelqu’un qui a une expertise au niveau social, parce qu’on ne sait jamais ce que les jeunes vont écrire », relève-t-il.

Réussite, rêve, deuil, problèmes familiaux, chicane entre amis ou récit d’une journée... les thèmes abordés par les élèves sont plutôt variés.

Mme Collinge se veut toutefois rassurante : seulement trois ou quatre cas ont nécessité une intervention de l’école pour de l’intimidation ou de la violence. Dans tous les cas, l’école était déjà au courant des problèmes de l’enfant.

« S’il y a une lettre préoccupante, on va la signaler à l’école et c’est à elle de réagir », souligne M. St-Denis.

D’ailleurs, les bénévoles s’appliquent pour classer les lettres par ordre de besoin (expression, soutien, intervention) et adaptent leurs réponses en fonction de ceux-ci.

« Si un jeune écrit “Mon grand-papa est décédé et j’ai de la peine ‘‘, il faut réfléchir à la façon dont on va lui répondre », illustre
Mme Collinge.

Dans une ambiance joviale, les bénévoles se réunissent le mardi après-midi et s’amusent à lire les lettres entre eux et à se les échanger si l’un d’entre eux maîtrise mieux un sujet qu’un autre. Ils y consacrent entre deux et trois heures par semaine, selon le nombre de lettres reçues. Contrairement au programme provincial Lire et faire lire, qui regroupe 75 bénévoles dans 20 classes de la région, « Les correspondants masqués » n’est pas implanté dans tous les CAB du Québec.

« Il doit venir d’une initiative personnelle », dit M. St-Denis, qui ne ferme pas la porte à élargir le projet dans d’autres écoles.