On voit ici le chirurgien vétérinaire Bertrand Lussier en action.

Un Bromontois en mission au Maroc

Rage. Au Québec, on associe souvent ce mot à la conduite automobile. On pense aussi au raton laveur ou à la chauve-souris. Or, au Maroc, le chien est un important vecteur de cette maladie contagieuse et mortelle, transmissible à l’humain. Le chirurgien vétérinaire Bertrand Lussier vient tout juste de boucler une mission, aussi dépaysante qu’intense, pour lutter contre la rage et la surpopulation animale dans cet état d’Afrique du Nord.

Bertrand Lussier a découvert le Maroc en tant que conférencier il y a quelques années. Il n’a toutefois pas hésité à se lancer dans l’aventure en allant y pratiquer sur le terrain. «La surpopulation animale est omniprésente au Maroc. Les chiens errants sont partout dans les villes et se tiennent près des dépotoirs. Le problème, c’est qu’ils se transmettent la rage entre eux, mais aussi à l’humain. Je ne me suis pas posé de question quand on m’a invité à participer une mission là-bas», a indiqué le chercheur associé au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Ainsi, celui qui est également professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal a foulé le sol marocain le 7 mai, pour repartir cinq jours plus tard. Farid Habib, un de ses étudiants, était à ses côtés. En fait, le projet est né d’une collaboration entre la faculté de médecine montréalaise (financé par le Fonds Régina Devos) et l’Institut Agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat. Les deux hommes ont travaillé de pair avec une équipe à Casablanca, membres de l’Association marocaine des vétérinaires pour animaux de compagnie (AMVAC), dans le cadre de l’initiative «stérilisaction». Il s’agit d’une semaine nationale dédiée au problème de surpopulation animale et de lutte contre la rage.

«Petit succès»
Bertrand Lussier et ses complices avaient d’ambitieux projets, qui sortaient potentiellement du cadre de la mission initiale. Le chirurgien vétérinaire a toutefois corrigé le tir, principalement en raison de contraintes techniques et logistiques une fois sur le terrain. «Il vaut mieux un petit succès qu’une grosse catastrophe», a-t-il résumé. Le groupe a donc concentré ses efforts pour traiter des chiens et des chats. Ceux-ci étaient au préalable capturés (10 à 15 par jour) par des agences spécialisées, puis amenés dans un endroit sécuritaire. «Ils ont été examinés rigoureusement. On a évalué leur tempérament pour être certain qu’ils n’étaient pas déjà enragés. On leur a donné un bain et ils ont été vermifugés. Ils n’avaient plus de tiques, de puces ou de mites. La totale, a expliqué le médecin spécialiste. Ensuite, ils étaient transportés dans une clinique mise à notre disposition.»

M. Lussier et son groupe ont stérilisé une trentaine d’animaux en trois jours. Une belle réussite, car selon le spécialiste, l’ensemble des équipes ayant participé à l’initiative a opéré une centaine de bêtes, principalement des chats et des chiens errants. Le Bromontois a toutefois dû faire preuve d’ouverture pour boucler la mission, notamment en opérant avec des équipements plus rudimentaires. «J’ai vraiment goûté aux conditions de travail marocaines. J’ai pratiqué avec peu de moyens. Mais, je savais dans quoi je m’embarquais. Ça a été une belle aventure. Je recommencerais demain matin.»