Tel un brin d’écorce grimpant en vrille

CHRONIQUE / Au cœur de la pinède, l’air reste doux malgré l’hiver. Un silence baigne d’une bienheureuse quiétude le sous-bois dense où se dressent quelques feuillus majestueux. Ni vent ni mouvement. Comme si mésanges et sittelles avaient, elles aussi, pris leur semaine de relâche ! Soudain, un « tsiit » aigu perce l’air, faible et isolé. Presque timide.

Sur les troncs massifs, une ombre furtive a bougé ! On dirait que l’écorce remue, telle la surface de l’eau sous la brise. Le mouvement est discret, saccadé. Comme si un fragment d’écorce entamait, hésitant, une ascension en spirale sur le tronc. Puis une silhouette délicate, atteignant le côté de l’arbre, apparaît en contrejour. Aux jumelles, on peut apercevoir un bec fin et recourbé explorant chaque cavité avec la précision d’un dentiste !

C’est le grimpereau brun, de la famille des certhiidés, qui comprend dix espèces dans le monde, dont une seule en Amérique. Cet oiseau, long de 13 cm, est légèrement plus petit que la sittelle à poitrine blanche. Son ventre est blanc et son dos est brun, avec des rayures blanc crème, qui lui confèrent une dissimulation presque parfaite sur l’écorce des arbres où il passe la majeure partie de sa vie. La queue et le croupion sont roux. Une bande de couleur chamois traverse les ailes d’une extrémité à l’autre, lorsqu’elles sont déployées.

Habituellement solitaire et silencieux, le grimpereau s’anime à la venue du printemps. Un chant clair et perçant sert à délimiter un territoire d’environ quatre hectares. Le chant de pariade est plus harmonieux et la femelle intéressée accompagnera le mâle dans des vols vertigineux autour des troncs rapprochés. Elle adoptera ensuite l’attitude quémandeuse des petits, ailes frémissantes et bec ouvert, en attente de proies succulentes de la part du courtisan.

Le couple monogame établit le plus souvent son nid sous l’écorce partiellement détachée de vieux chicots matures. Fixé en hamac par deux points d’attache, celui-ci est construit par la femelle à laquelle le mâle apporte les matériaux requis. La femelle assurera seule la couvaison d’une nichée de cinq ou six œufs. Le mâle fournira avec zèle la nourriture pour toute la famille.

Peu menacé par la prédation, tellement son camouflage le protège efficacement, le grimpereau dépend surtout de la présence d’arbres majestueux où il peut capturer, dans les anfractuosités de l’écorce, sa ration d’insectes et d’arachnides. Il dépend aussi de la préservation des vieux chicots sous l’écorce desquels il peut assurer sa nidification.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke