Splish splash au poulailler… des Schtroumpfs !

CHRONIQUE / Dans la bande dessinée L’œuf et les Schtroumpfs, les petits lutins bleus partent au poulailler quérir un œuf afin de compléter leur recette de gâteau. Bien sûr, ces charmants petits êtres ne font pas partie de la biodiversité du CINLB. Quoique…

À moins de deux mètres des berges du lac Boivin, une étrange petite colonie apparaît sous les arbustes, discrètement blottie entre brindilles et feuilles mortes. On dirait vraiment un poulailler de minuscules nids d’oiseaux, larges de six à huit millimètres de diamètre, et contenant chacun quatre à six œufs. Or, le colibri à gorge rubis, le plus petit de nos oiseaux, a un nid d’environ 2,5 centimètres, soit trois à quatre fois plus large. Et il ne niche pas en colonie ni jamais au sol.

Ces petites structures bizarres sont en fait des champignons, des cyathes striés (du grec kyathos = coupe), de la famille des nidulariaceae (du latin nidulus = petit nid). Leur nom populaire anglais est d’ailleurs bird’s nest fungi. Ces organismes saprophytes se nourrissent de matières organiques en décomposition qu’ils transforment en sucres et en sels minéraux. Les cyathes ont la forme de petits calices dont l’intérieur présente une apparence nacrée, finement sillonnée de ridules. Tout au fond, de petites pastilles, appelées péridioles, ressemblent au premier coup d’œil à des œufs, mais chacune est en fait rattachée par un pied à la paroi, ce qui leur donne plutôt la forme de minuscules champignons.

Les cyathes émergent du sol sous la forme de tout petits tonneaux orange, hérissonnés et laineux. Au fur et à mesure de leur croissance, leur sommet dégage une fine membrane blanche qui se déchire, puis l’ouverture s’évase en coupe. Le mécanisme assurant la dispersion des spores contenus dans les péridioles est proprement fabuleux. En période de forte pluie, les gouttes d’eau frappent les parois intérieures des cyathes, dont la courbure a été sélectionnée au gré de l’évolution pour favoriser une éjection brutale des péridioles.

Splish splash: selon l’angle d’impact, les petits «œufs» sont projetés à l’extérieur, parfois à plus d’un mètre de leur coupe originelle. Sous le choc, le pied de ces petites structures en forme de champignon libère un long filament gluant, le funicule. Lorsque ce fil heurte au passage la tige d’une plante ou la branche d’un arbuste, il s’y enroule en spirale et fixe ainsi le péridiole qui y libérera ses spores, comme le démontre l’illustration.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur à la retraite de l’Université de Sherbrooke