Pratiquer l’hébertisme… en fourrure de luxe !

CHRONIQUE / Pratiquer l’hébertisme… en fourrure de luxe ! En cet hiver incertain, la multiplication des redoux a fait fondre presque toute la neige, découvrant de larges bandes de terre et de végétation. Le long de la piste cyclable, entièrement dégagée, un animal bizarre file à vive allure. On dirait une masse sombre, environ de la taille d’une marmotte, mais clopinant étrangement dans sa course. Il s’agit en fait de deux animaux : un petit prédateur, plutôt fluet, trainant une proie rondelette, nettement plus grosse que lui.

C’est le vison d’Amérique, tirant par la nuque un rat musqué, sa proie préférée. Il appartient aux mustélidés, qui comprennent aussi les belettes, les martres, la loutre et le carcajou. Comme les autres membres de cette famille, il a un corps effilé, de courtes pattes et une queue poilue comptant pour le tiers de sa longueur. C’est un animal énergique, généralement nocturne, actif toute l’année, presque toujours en mouvement, et qui doit pour cela consommer 10% de son poids quotidiennement.

Son alimentation est variée : 35% de petits mammifères, 30% de poissons, 30% d’oiseaux, et un 5% regroupant insectes et amphibiens. Il occupe un territoire linéaire de deux à trois kilomètres le long d’une rivière, d’un marécage ou d’un plan d’eau. Son comportement semi-aquatique est facilité par des pattes semi-palmées et un poil imprégné d’une substance hydrofuge. Il peut, en outre, ralentir le rythme de son cœur lorsqu’il chasse sous l’eau. En été, la chaleur dégagée par son pelage sombre l’oblige souvent à plonger pour se rafraichir. Au sol, ce prédateur vorace est rapide à la course, et ses griffes acérées lui permettent de grimper aisément aux arbres pour traquer les écureuils ou s’embusquer à l’affût des oiseaux. Décidément, ce dynamique amphibie est un véritable champion d’hébertisme!

Cet animal est doté de l’une des plus belles fourrures qui soient. Son pelage dense et fourni a d’abord fait l’objet de trappe et de traite. Cependant, depuis deux siècles environ, de nombreuses fermes d’élevage en font la production, en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. C’est de loin l’animal le plus fréquemment domestiqué pour sa fourrure. Il est brun foncé, avec une tache blanche au menton, et parfois aussi sur la poitrine. Mais de multiples croisements ont permis d’obtenir une large variété de teintes, allant du blanc albinos au gris perle, au gris bleu, au beige, et à diverses nuances de brun, parfois presque noir.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke