Michel Aubé
La Voix de l'Est
Michel Aubé
Parmi les 600 espèces d’amanites dans le monde, dont une cinquantaine au Québec, l’Amanite de Jackson est l’une des rares qui est comestible.
Parmi les 600 espèces d’amanites dans le monde, dont une cinquantaine au Québec, l’Amanite de Jackson est l’une des rares qui est comestible.

Péril à la table des Césars

CHRONIQUE / La voilà enfin ! Au détour d’un sentier, elle apparaît comme un éclat de feu dans un écrin de fougères et de plantules. Pour l’amateur de champignons, c’est toujours un émoi ! Même le novice la connaît de réputation par les photos des guides. L’Amanite de Jackson présente un chapeau arrondi et mamelonné, d’un diamètre de 8 à 12 centimètres, de couleur écarlate au sommet, s’estompant vers l’orange à mesure que l’on approche de la marge striée.

Son pied jaune souffre, marbré d’orange, émerge d’une gangue blanche, la volve, et se dresse sur une hauteur de 10 à 20 centimètres. L’anneau effiloché sous le chapeau est le vestige du voile partiel qui recouvrait les lamelles jaune safran pendant la croissance.

Parmi les 600 espèces d’amanites dans le monde, dont une cinquantaine au Québec, c’est l’une des rares qui est comestible. Et encore, le mycologue gastronome doit rester prudent, car 95 % des empoisonnements suite à l’ingestion de champignons sont attribuables à des espèces de ce genre.

L’Amanite de Jackson peut ainsi être confondue avec l’Amanite tue-mouches qui est toxique et hallucinogène (chronique du 21 septembre 2016), notamment lorsque cette dernière présente un chapeau lisse, dépourvu des fragments floconneux caractéristiques qui le recouvrent habituellement.

Le nom anglais du champignon est American Caesar’s Mushroom, car il présente, par la couleur et l’apparence, une étroite ressemblance avec l’Amanite des Césars trouvée sur le pourtour méditerranéen, en particulier en Italie. Également comestible, cette amanite était considérée comme l’un des meilleurs champignons au plan gastronomique.

Elle était pour cette raison fréquemment servie à la table des Césars. La plupart des historiens de l’Antiquité étaient d’avis que cette gourmandise avait même servi à l’assassinat de l’empereur romain Claude en 54 avant l’ère chrétienne. Il serait décédé suite à un empoisonnement aux champignons après un copieux festin, où des fragments d’Amanite phalloïde (appelée « calice de la mort ») auraient été ajoutés au plat d’Amanite des Césars.

Ce complot présumé aurait été ourdi par sa nièce et épouse, l’impératrice Agrippine la Jeune, sœur de Caligula et mère de Néron. Petite-fille d’Auguste, premier empereur romain, et de Marc Antoine, lieutenant de Jules César et amant de Cléopâtre, Agrippine aura toute sa vie été imprégnée du rêve impérial.

On soupçonne qu’elle a manœuvré pour que son fils succède à Claude comme empereur. Mais le jeune Néron, gêné par l’omnipotence de sa mère dans les affaires de l’État, l’aurait fait assassiner à son tour !

Michel Aubé

Vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke