Un meunier noir

Mouchard génétique… sur l’aspirateur de bas-fonds

CHRONIQUE / Le lac est bien gelé, sauf près des quenouilles, où la fermentation des racines amincit la surface de glace. Soudain, une loutre de rivière émerge d’un trou sombre, dépose sa prise et secoue dans la brise légère sa fourrure lustrée. Le poisson capturé fait une bonne cinquantaine de centimètres, un régal! Aux jumelles, on peut reconnaître un meunier noir, probablement l’espèce la plus abondante des eaux québécoises.

Au lac Boivin, hormis quelques spécimens de brochet maillé, rares sont les poissons atteignant cette taille. Mais comme le meunier est beaucoup moins vif, c’est le plus souvent l’espèce aperçue dans les serres d’un balbuzard pêcheur dont le plongeon s’est avéré fructueux. Il est également apprécié au menu des hérons, des cormorans et des huards.

Ce poisson a un corps tubulaire d’allure robuste, une tête massive, un museau légèrement arrondi, un ventre clair et des écailles nettement dessinées. Malgré son nom, il n’est pas véritablement noir, et son dos varie plutôt du gris foncé au vert ou au marron. Il appartient à la famille des catostomidés (du grec, kata = «vers le bas» ; stoma = bouche) qui regroupe aussi, au Québec, le meunier rouge, la couette et cinq espèces de chevaliers.

Ces espèces se caractérisent par leur bouche «suceuse», en forme de fer-à-cheval, située sous le museau et orientée vers le bas. Chez les meuniers, elle est garnie de papilles rondes, et la lèvre inférieure est au moins deux fois plus large que la supérieure. Cet organe leur permet de détecter et d’aspirer à même le fond des nymphes, des larves d’insectes, de petits crustacés, des œufs de poissons et quelques débris végétaux.

Ces espèces se caractérisent par leur bouche «suceuse», en forme de fer-à-cheval, située sous le museau et orientée vers le bas. Chez les meuniers, elle est garnie de papilles rondes, et la lèvre inférieure est au moins deux fois plus large que la supérieure.

Bien que les meuniers soient ignorés en pêche sportive, ils fournissent de précieuses indications aux chercheurs en médecine et en environnement. L’analyse de leur ADN a en effet permis d’établir un lien étroit entre leur degré de contamination aux hydrocarbures et la présence d’«adduits» dans leurs cellules. Un adduit est un produit chimique découlant de la combinaison de deux molécules distinctes.

En génétique, on parle d’«adduit à l’ADN» lorsqu’une molécule étrangère (d’hydrocarbure, par exemple) se fixe à un site de l’ADN. Cette addition peut modifier l’expression des gènes et favoriser le développement de cellules cancéreuses. En raison de la répartition du meunier noir au Québec, cette technique permet d’évaluer le degré de contamination des cours d’eau, et d’intervenir avant que ce dernier ne devienne trop important.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbooke