Mille sabords, des pirates dans la toile !

CHRONIQUE / À l’heure du pillage des identités numériques, le titre peut évoquer ces nouveaux naufrageurs qui écument le réseau Internet. Or, le terme Web constitue en fait une métaphore évoquant les toiles tissées par les araignées… et celles-ci font également l’objet de rapine et de piratage !

Mimetus notius est une petite araignée de la famille des Mimetidae dont le corps fait tout au plus cinq millimètres. Son abdomen, de couleur sable, est marqué d’une forme brunâtre, rappelant une tête de buffle ou de bison. Le céphalothorax est opalescent, traversé verticalement par un motif plus sombre, évoquant une tête d’alligator. Les pattes sont élancées, les deux premières paires dépassant en longueur celle du corps. À leurs articulations antérieures, plusieurs petites épines servent à capturer et maintenir les proies.

Les araignées d’une même famille tissent généralement des toiles aux formes typiques, aisément reconnaissables. Les Mimetidae tirent leur nom du fait qu’on les retrouvait sur des toiles très semblables à celles d’autres familles (surtout les Araneidae et les Theridiidae). Les arachnologues croyaient qu’elles imitaient savamment ces toiles. Mais on sait maintenant qu’elles s’en emparaient plutôt, en attaquant et dévorant impitoyablement leurs propriétaires. D’où leur désignation anglophone de pirate spiders !

La technique de capture a été patiemment observée par les chercheurs. Lorsque Mimetus envahit une nouvelle toile, il s’immobilise d’abord et s’embusque, parfois pour des heures. Son comportement suggère qu’il tente de localiser son hôte, d’évaluer sa taille et d’estimer le risque d’une attaque. Ensuite l’araignée pirate titille les fils de la toile, en utilisant plusieurs de ses pattes, selon une rythmicité qui simule les mouvements d’un insecte capturé au piège.

Dès que l’hôte s’approche de la source des vibrations, Mimetus bondit. Tout en emprisonnant sa proie entre ses pattes antérieures, recourbées comme en un filet, il cherche à lui mordre les pattes. Le puissant venin injecté atteint rapidement les chélicères de l’hôte (équivalent des mandibules chez les insectes) et celui-ci n’est plus capable de se défendre. Sa dépouille est enrobée d’un filet de soie, et le vainqueur la dévore en aspirant son contenu par les incisions pratiquées sur les pattes.

Jusqu’en 1999, une seule observation de cette araignée pirate était connue au Québec.

Depuis 2018, environ une dizaine d’autres spécimens ont été trouvés, dont plusieurs au CINLB.

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur à la retraite de l’Université de Sherbrooke