La Véronique petit-chêne est peu observée dans la région en dehors de certains endroits privilégiés.

Le voile de sainte Véronique et le symbole de la fidélité

CHRONIQUE / Vers la fin mai, certaines clairières le long de la rivière Yamaska nord, en amont du lac Boivin, se couvrent d’un tapis lumineux. Des centaines de petites fleurs, aux pétales d’un bleu intense et profond, apparaissent à travers les longues herbes. C’est la Véronique petit-chêne, peu observée dans la région en dehors de ces endroits privilégiés.

Une grappe florale termine une tige d’une vingtaine de centimètres. L’espèce est distinguée notamment par deux lignes de poils diamétralement opposées qui courent le long de la hampe. Les feuilles sont  placées deux à deux de façon opposée sur la tige et chaque paire est tournée de 90 degrés par rapport à la précédente.

La corolle est formée de quatre pétales. Celui qui est en position supérieure est plus large que les autres. Celui en position inférieure est le plus petit. Les deux pétales latéraux sont symétriques et de même taille. Les anthères qui terminent les deux étamines peuvent donner l’impression de deux yeux. L’ensemble donne grossièrement la forme d’un visage, d’où a été tiré son nom.

Vers la fin mai, certaines clairières le long de la rivière Yamaska nord, en amont du lac Boivin, se couvrent d’un tapis lumineux. Des centaines de petites fleurs, aux pétales d’un bleu intense et profond, apparaissent à travers les longues herbes.

Une légende des premiers siècles de la chrétienté évoquait le geste d’une femme essuyant de son voile le visage du Christ dans son parcours vers le lieu de crucifixion. Un portrait serait miraculeusement resté imprimé sur le tissu et le nom de Véronique proviendrait de la fusion des mots latins « veron icon », la « vraie image ».

Le centre de la corolle est d’un blanc immaculé et des lignes bleu sombre parcourent chaque pétale, du bord extérieur jusqu’au centre. Certains botanistes présument que ce motif guiderait plus aisément les pollinisateurs vers le nectar et les organes sexuels de la fleur. Le qualificatif de l’espèce réfère à la forme des feuilles dont le pourtour sinueux rappelle celui des feuilles de chêne.

Et comme la plante est courte et rampante plutôt qu’aérienne et majestueuse, on lui a attribué le terme de « petit-chêne ». Les petites fleurs lumineuses ont une faible longévité, dépérissant en deux ou trois jours. Elles se fanent très rapidement dès qu’elles sont cueillies. Une caractéristique qui a valu ironiquement à la plante, au Moyen-Âge, l’attribution de symbole de la fidélité.

Au plan médicinal, cette plante aurait des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes, astringentes et cicatrisantes. Elle contient notamment une substance, l’aucuboside, qui faciliterait l’élimination rénale et la digestion… mais parfois un peu trop violemment, jusqu’à provoquer des diarrhées !

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke