Le pire cauchemar des mâles

CHRONIQUE / Les anthropologues ont observé, chez les cultures anciennes, une étrange mythologie, largement répandue à travers le monde. Ce mythe concerne une peur masculine irraisonnée du sexe féminin, concrétisée dans l’expression vagina dentata, le sexe dentelé comme la gueule d’un fauve ! Ces termes ont d’ailleurs été repris en psychanalyse pour désigner « l’angoisse de castration ».

Or, des entomologistes américains ont repris métaphoriquement la même expression en découvrant, récemment, une conformation génitale apparentée (photo jointe) chez la femelle d’un petit papillon blanc abondamment observé au CINLB. Cette découverte illustre certaines différences existant, selon la théorie de l’évolution, entre les stratégies des mâles et des femelles pour maximiser la transmission de leurs gênes respectifs.

Pour empêcher que la femelle choisie ne s’accouple avec d’autres partenaires, le mâle de la Piéride du chou fabrique, dans le conduit génital de sa partenaire au moment de l’accouplement, un « spermatophore » où il emmagasine sa semence. Ce réceptacle complexe est fait de trois couches : une coquille extérieure extrêmement dure, une couche intermédiaire de nutriments, et une masse de sperme au centre. La femelle a besoin des nutriments riches en protéines pour fabriquer ses œufs. Le temps requis pour briser la carapace externe du spermatophore l’empêche de s’accoupler avec d’autres mâles.

Mais la femelle doit absolument procéder à deux ou trois accouplements pour obtenir tous les nutriments requis pour la ponte. Les « dents vaginales » lui permettent de briser plus rapidement la barrière bloquant l’accès aux précieuses protéines. En outre, pendant que le mâle construit la coquille externe du spermatophore, la femelle en profite pour y insérer des protéases. Ces enzymes, 20 fois plus puissantes que dans son propre système digestif, lui permettront de briser plus rapidement l’enveloppe externe du spermatophore, d’accéder aux nutriments et au sperme… puis d’aller s’unir à d’autres mâles.

La sélection naturelle a permis le développement de ces adaptations chez la femelle au cours de l’évolution. Mais elle permet aussi au mâle de développer des carapaces de plus en plus difficiles à briser. En outre, les ailes blanches du mâle réfléchissent les rayons UV, apparaissant au système visuel de la femelle d’une couleur pourpre royale. Les pigments produisant cette couleur sont constitués de protéines attestant de la richesse des nutriments contenus dans le spermatophore. Ainsi se poursuit, d’âge en âge, cette « tendre guerre », qui se traduit sous nos yeux par une biodiversité toujours plus complexe et fascinante.