Michel Aubé
La Voix de l'Est
Michel Aubé
Cet éventreur est minuscule, à peine 15 millimètres, mais il est extrêmement­ féroce.
Cet éventreur est minuscule, à peine 15 millimètres, mais il est extrêmement­ féroce.

L’assassin aux yeux rouges

CHRONIQUE / Tapi dans l’ombre du feuillage, il observe la victime insouciante. Dès qu’elle arrive à sa portée, il la saisit à bras-le-corps et lui plante son stylet en plein ventre. Zelus luridus, l’assassin aux yeux rouges, a encore frappé ! La proie se débat faiblement, mais le poison est virulent et la paralysie est rapide. Après quoi le boucher se repaitra de ses entrailles.

Cet éventreur est minuscule, à peine 15 millimètres, mais il est extrêmement féroce. Comme le rappelle son nom anglais, Pale Green Assassin Bug, il fait partie des « punaises assassines », de la famille des Reduviidae. Cette appellation réfère au comportement de capture de ces prédateurs, et de mise à mort de leurs proies.

Les membres de cette famille ont généralement une tête étroite se terminant par une trompe rigide, le « rostre », qui sert à harponner leurs victimes. Un double système de pompe entre alors en fonction. La première permet d’injecter une enzyme toxique, une protéase qui paralyse la proie et décompose les protéines en leurs fragments de base. La seconde pompe permet ensuite d’aspirer le résidu liquéfié dont se nourrit le prédateur. Le nom de la famille provient d’ailleurs du latin reduviae, qui signifie « restes, dépouille ».

En dehors des moments de chasse, le rostre est replié dans une rainure sous la tête et le cou. Les pattes antérieures sont spécialisées pour la capture, et lorsque le prédateur approche une proie, il s’appuie sur ses quatre pattes postérieures et brandit en hauteur les pattes avant, tel en un kata d’art martial.

Comme le suggère son nom anglais, Zelus luridus a une livrée vert pâle qui est assombrie sur le dos de l’adulte lorsqu’apparaissent les ailes, dont les teintes vont du doré clair au bronze foncé. Deux épines caractéristiques bordent l’avant du dos (pronotum) et les yeux proéminents sont d’un rouge écarlate qui contraste vivement avec le corps verdâtre.

Bien que ce petit insecte soit inoffensif pour les humains, il faut éviter de le pincer ou s’en saisir, car sa piqûre toxique est douloureuse, comparable à celle d’une guêpe.

Outre le rostre à venin et les pattes prédatrices, Zelus dispose d’un atout particulier pour ses captures. Des glandes spécialisées sur ses pattes antérieures sécrètent un liquide visqueux qui lui sert d’attrape-mouches efficace. Ces glandes n’apparaissent qu’au deuxième stade de la métamorphose, mais les nymphes fraichement écloses se procurent cette glu à même le couvain qui a été enduit de cette substance.

Bien que ce petit insecte soit inoffensif pour les humains, il faut cependant éviter de le pincer ou s’en saisir, car sa piqûre toxique est douloureuse, comparable à celle d’une guêpe.

Michel Aubé

Vice-président du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke