Comme un grain de… rareté sur la peau de l’hiver

CHRONIQUE / On aurait pu parler de grain de beauté, car chez Chionea scita, le terme latin, scita, se traduit par «élégance». Le nom du genre, du grec chion, signifie «neige». Cet insecte, long de cinq à huit millimètres, est très rarement aperçu et presque uniquement en hiver, en balade sur les dunes neigeuses.

Lorsqu’il est menacé, il replie ses longues pattes contre son corps et s’immobilise. Aux yeux des prédateurs, il n’a l’air que d’un grain sombre perdu sur la surface blanche et satinée.

Cette bestiole appartient à l’ordre des Diptères, les insectes à deux ailes, comme les mouches ou les moustiques. Mais au gré de l’évolution, les Chionea ont perdu leurs ailes, peut-être en raison de leur mode de vie hivernal, surtout passé sous le tapis de neige, où elles se reproduisent et passent les deux mois de leur vie adulte.

Chionea scita a été trouvée au CINLB, en compagnie d’une autre espèce du même genre, Chionea valga (voir chronique du 25 janvier 2017). Des pièges-fosses placés dans l’espace subnivéen, au ras du sol, sous le couvert de neige, ont permis de déceler cette espèce rare.

Cette trouvaille est une primeur pour le Québec! L’espèce valga était déjà recensée dans l’entomofaune provinciale, mais l’espèce scita n’avait été aperçue qu’une seule fois sur le territoire canadien : un spécimen mâle, trouvé le 19 décembre 1977, à Waterloo, en Ontario.

Sa présence était avérée sur le territoire des Appalaches américaines et plusieurs chercheurs estimaient plausible sa présence au Québec. Mais celle-ci n’avait jamais été confirmée. Or deux femelles ont été trouvées sur le territoire du CINLB, entre le 21 novembre et le 5 décembre 2016 (les pièges-fosses étant relevés aux deux semaines). Elles ont été authentifiées par l’entomologiste et arachnologue Pierre Paquin, à partir de critères précis concernant la coloration, le nombre de segments antennaires et la configuration caractéristique des pièces génitales.

Outre l’absence d’ailes, une autre particularité du genre est son mode d’accouplement. Chez plusieurs insectes, le mâle et la femelle se joignent par l’abdomen, leur tête tournée dans des directions opposées. Chez les Chionea, la position s’apparente à celle la plus fréquemment rencontrée chez les mammifères : le mâle, orienté dans la même direction que sa partenaire et dressé presque à la verticale sur ses pattes arrière, pénètre la femelle par derrière. Une position très semblable à celle dite «de la levrette»… apparemment l’une des plus populaires chez les humains!

Michel Aubé, vice-président du CINLB et professeur à la retraite de l’Université de Sherbrooke