Le Plus

Quelques perles de sueur… pour une émeraude

Le vivarium est presque terminé. Sur le plancher, une poignée de cailloux se mêlent aux copeaux de bois. Une mousse de sphaigne imbibée d’eau est déposée dans un plat mince où sont plantées quelques fougères et plantules. Une petite bûche de bois mort, trouvée dans le sous-bois voisin, complète ce petit asile. Les hôtes pourront bientôt y emménager… Oh mais, il y a déjà une pensionnaire! On dirait une abeille, plus petite qu’à l’ordinaire et, surtout, d’une livrée métallique, émeraude pure, sans rayure sur l’abdomen. Un véritable bijou! Mais d’où vient-elle? Comment a-t-elle pu entrer dans l’habitacle fermé?

Cette petite intruse, c’est augochlora pura, l’abeille verte de la sueur, de la famille des halictidés. Son nom latin dit bien sa couleur d’un «pur vert doré», mais son nom français, tout comme son nom anglais (green sweat bee), révèle une autre caractéristique pour le moins étrange. Elle affectionne la présence des humains chez qui elle vient volontiers lécher quelques gouttes de sueur. Et comme c’est aussi une vaillante butineuse, recueillant avidement pollen et nectar, elle est carrément inscrite au menu «sucré-salé». Cette forte attirance pour le sel a pu être confirmée expérimentalement, mais on en ignore la raison. Peut-être y trouve-t-elle quelques électrolytes salutaires à son métabolisme?

Trésors vivants du CINLB

L’ange trompe-la-mort, égaré du Grœnland

À la mi-avril, des milliers de bernaches se regroupent et piaillent sur les dernières berges glacées du lac Boivin à Granby. Mais voilà qu’au milieu du troupeau, l’une d’elles se démarque singulièrement. Nettement plus petite, elle a un dos plutôt grisâtre que brunâtre. Ses flancs sont pâles, couleur perle, et tranchent avec le dos sombre. Sa tête est plus ronde et son bec plus court que chez ses voisines. Son cou est aussi plus trapu, moins élancé. Le blanc sur la joue est étendu à toute la face, sauf une ligne sombre, du bec à l’œil, qui lui fait comme des lunettes. Décidément, en dépit d’une ressemblance au premier coup d’œil, il s’agit d’une espèce très différente!

C’est la bernache nonnette, du même genre que la bernache du Canada, mais beaucoup plus rare. En ce mois d’avril 2019, c’est la deuxième fois seulement qu’elle est observée dans l’histoire du lac Boivin. Sa population peut dépasser les 800 000 individus dans son habitat habituel, de la côte est du Grœnland jusqu’aux îles arctiques au nord des pays scandinaves. Mais au Québec, seulement quelques spécimens s’égarent, au printemps ou à l’automne, au bord du fleuve ou le long du Richelieu. Généralement isolée au milieu des autres bernaches, l’espèce passe facilement inaperçue.