Trésors vivants du CINLB

Le cristal maléfique de la Belle des marais

CHRONIQUE / Le long de la promenade du marécage au CINLB, de petits massifs de plantes vertes émergent de l’eau peu profonde çà et là. Quelques fleurs d’une blancheur immaculée percent la verdure, telles de petites capes entourant chacune un épi vert pâle semé d’ivoire. Les feuilles légèrement lustrées ont la forme parfaite de cœurs qui se presseraient auprès de leur dame avec adoration.

Les botanistes appellent « spathe » cette pièce florale qui se déploie ainsi comme un seul gros pétale autour d’un épi. Celui-ci, appelé « spadice », se présente comme un axe charnu où sont attachées une quarantaine de petites fleurs. Chacune est composée d’un ovaire, de couleur jade et de la taille d’un grain de poivre. Cette partie femelle est entourée d’une dizaine d’étamines, les composantes mâles qui dessinent une couronne d’ivoire à sa base. Sur le dessus de l’épi cependant, les fleurs sont uniquement mâles, n’étant formées que d’étamines.

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Les algorithmes de chasse du petit drone bleuté

CHRONIQUE / À partir de la mi-juin, alors que le soleil chauffe les premières feuilles de nénuphars et de nymphéas, un petit drone patrouille assidûment les abords du lac Boivin. Son corps bleu clair présente une allure givrée. Sa face verte et les extrémités blanches de son abdomen facilitent son identification. C’est un érythème des étangs mâle, un odonate de la famille des libellulidés, long d’environ 4 cm. La femelle arbore plutôt une livrée émeraude recouverte, sur la deuxième moitié de l’abdomen, de taches brunâtres en forme de demi-lunes.

Les jeunes mâles ont aussi une couleur émeraude, mais à la maturité, leur abdomen se recouvre d’une poudre azurée. La manipulation, même délicate, d’un spécimen capturé laisse parfois une poussière bleue sur les doigts. C’est la «pruine», une fine couche cireuse, comme celle souvent observée sur les prunes ou les raisins. Elle se retrouve aussi chez plusieurs espèces de libellules et de demoiselles. Chez les plantes comme chez les insectes, cette «pruinescence» aurait une fonction protectrice, généralement régulatrice de perturbations extérieures (parasites, rayons UV, lumière, chaleur, humidité).

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Le voile de sainte Véronique et le symbole de la fidélité

CHRONIQUE / Vers la fin mai, certaines clairières le long de la rivière Yamaska nord, en amont du lac Boivin, se couvrent d’un tapis lumineux. Des centaines de petites fleurs, aux pétales d’un bleu intense et profond, apparaissent à travers les longues herbes. C’est la Véronique petit-chêne, peu observée dans la région en dehors de ces endroits privilégiés.

Une grappe florale termine une tige d’une vingtaine de centimètres. L’espèce est distinguée notamment par deux lignes de poils diamétralement opposées qui courent le long de la hampe. Les feuilles sont  placées deux à deux de façon opposée sur la tige et chaque paire est tournée de 90 degrés par rapport à la précédente.

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Quelques perles de sueur… pour une émeraude

Le vivarium est presque terminé. Sur le plancher, une poignée de cailloux se mêlent aux copeaux de bois. Une mousse de sphaigne imbibée d’eau est déposée dans un plat mince où sont plantées quelques fougères et plantules. Une petite bûche de bois mort, trouvée dans le sous-bois voisin, complète ce petit asile. Les hôtes pourront bientôt y emménager… Oh mais, il y a déjà une pensionnaire! On dirait une abeille, plus petite qu’à l’ordinaire et, surtout, d’une livrée métallique, émeraude pure, sans rayure sur l’abdomen. Un véritable bijou! Mais d’où vient-elle? Comment a-t-elle pu entrer dans l’habitacle fermé?

Cette petite intruse, c’est augochlora pura, l’abeille verte de la sueur, de la famille des halictidés. Son nom latin dit bien sa couleur d’un «pur vert doré», mais son nom français, tout comme son nom anglais (green sweat bee), révèle une autre caractéristique pour le moins étrange. Elle affectionne la présence des humains chez qui elle vient volontiers lécher quelques gouttes de sueur. Et comme c’est aussi une vaillante butineuse, recueillant avidement pollen et nectar, elle est carrément inscrite au menu «sucré-salé». Cette forte attirance pour le sel a pu être confirmée expérimentalement, mais on en ignore la raison. Peut-être y trouve-t-elle quelques électrolytes salutaires à son métabolisme?

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L’ange trompe-la-mort, égaré du Grœnland

À la mi-avril, des milliers de bernaches se regroupent et piaillent sur les dernières berges glacées du lac Boivin à Granby. Mais voilà qu’au milieu du troupeau, l’une d’elles se démarque singulièrement. Nettement plus petite, elle a un dos plutôt grisâtre que brunâtre. Ses flancs sont pâles, couleur perle, et tranchent avec le dos sombre. Sa tête est plus ronde et son bec plus court que chez ses voisines. Son cou est aussi plus trapu, moins élancé. Le blanc sur la joue est étendu à toute la face, sauf une ligne sombre, du bec à l’œil, qui lui fait comme des lunettes. Décidément, en dépit d’une ressemblance au premier coup d’œil, il s’agit d’une espèce très différente!

C’est la bernache nonnette, du même genre que la bernache du Canada, mais beaucoup plus rare. En ce mois d’avril 2019, c’est la deuxième fois seulement qu’elle est observée dans l’histoire du lac Boivin. Sa population peut dépasser les 800 000 individus dans son habitat habituel, de la côte est du Grœnland jusqu’aux îles arctiques au nord des pays scandinaves. Mais au Québec, seulement quelques spécimens s’égarent, au printemps ou à l’automne, au bord du fleuve ou le long du Richelieu. Généralement isolée au milieu des autres bernaches, l’espèce passe facilement inaperçue.