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Trésors vivants du CINLB

Splish splash au poulailler… des Schtroumpfs !

CHRONIQUE / Dans la bande dessinée L’œuf et les Schtroumpfs, les petits lutins bleus partent au poulailler quérir un œuf afin de compléter leur recette de gâteau. Bien sûr, ces charmants petits êtres ne font pas partie de la biodiversité du CINLB. Quoique…

À moins de deux mètres des berges du lac Boivin, une étrange petite colonie apparaît sous les arbustes, discrètement blottie entre brindilles et feuilles mortes. On dirait vraiment un poulailler de minuscules nids d’oiseaux, larges de six à huit millimètres de diamètre, et contenant chacun quatre à six œufs. Or, le colibri à gorge rubis, le plus petit de nos oiseaux, a un nid d’environ 2,5 centimètres, soit trois à quatre fois plus large. Et il ne niche pas en colonie ni jamais au sol.

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Mille sabords, des pirates dans la toile !

CHRONIQUE / À l’heure du pillage des identités numériques, le titre peut évoquer ces nouveaux naufrageurs qui écument le réseau Internet. Or, le terme Web constitue en fait une métaphore évoquant les toiles tissées par les araignées… et celles-ci font également l’objet de rapine et de piratage !

Mimetus notius est une petite araignée de la famille des Mimetidae dont le corps fait tout au plus cinq millimètres. Son abdomen, de couleur sable, est marqué d’une forme brunâtre, rappelant une tête de buffle ou de bison. Le céphalothorax est opalescent, traversé verticalement par un motif plus sombre, évoquant une tête d’alligator. Les pattes sont élancées, les deux premières paires dépassant en longueur celle du corps. À leurs articulations antérieures, plusieurs petites épines servent à capturer et maintenir les proies.

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Au concert des jelly beans, c’est le rose qui domine!

CHRONIQUE / L’automne s’installe peu à peu, mais les dernières soirées douces raniment la nostalgie de l’été. L’air tiède est traversé du chant des cigales et des grillons, dont le concert scande les murmures de la nuit. Dans un trou de silence, un étrange bruissement métallique retentit, une espèce de «brrrexit», repris çà et là en écho.

C’est la scuddérie à ailes oblongues, de l’ordre des orthoptères, qui comprend aussi les sauterelles, les criquets et les grillons. Malgré une taille de quatre à cinq centimètres, elle est plus souvent entendue qu’observée. Sa couleur verte et la surface de ses ailes, traversées de nervures imitant celles des végétaux, la dissimulent parfaitement parmi les plantes où elle avance à petits pas saccadés, comme bercée au gré du vent.

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La naine de Stendhalen en montgolfière électrique

CHRONIQUE / En septembre, les clairières du CINLB, fleuries de verges d’or, offrent encore l’opportunité de belles cueillettes. Quelques coups de filet dans la végétation recueillent un véritable insectarium. Au milieu du petit peuple grouillant, plusieurs dizaines de minuscules araignées, toutes de rouge et de noir vêtues. Ces deux couleurs évoquent le roman de Stendhal, que certains critiques considèrent comme l’un des dix meilleurs jamais écrits.

Ces petites araignées, au nom d’Hypselistes florens, ont un diamètre d’environ deux ou trois millimètres et font partie des dwarf spiders : les araignées naines. Elles sont de la famille des Linyfiidae, la plus importante au Québec, où elles constituent 40 % de l’arachnofaune.

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L’échappée des jardins, la presque mélancolie

CHRONIQUE / Elle semble timide à travers les plantes de la rive, tête baissée, telle une attitude de honte ou de recueillement. Mais c’est peine perdue, tant l’architecture insolite et spectaculaire de la fleur force l’attention. La structure principale est faite de cinq pétales d’un violet intense, en forme de cornets recourbés et terminés par un éperon. Entre chacun, un sépale de même couleur enrichit le volume de l’ensemble. C’est l’Ancolie commune. Son nom serait dérivé du vieux latin aquila (aigle), en raison des extrémités évoquant les serres du rapace.

Appelée aussi Ancolie des jardins, c’est une espèce originaire d’Europe, introduite et cultivée à des fins décoratives. Mais par ses graines vagabondes et buissonnières, elle a fait peu à peu sa place dans la flore québécoise, çà et là, dans les champs et les prés, au bord des routes ou des cours d’eau.

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Le pire cauchemar des mâles

CHRONIQUE / Les anthropologues ont observé, chez les cultures anciennes, une étrange mythologie, largement répandue à travers le monde. Ce mythe concerne une peur masculine irraisonnée du sexe féminin, concrétisée dans l’expression vagina dentata, le sexe dentelé comme la gueule d’un fauve ! Ces termes ont d’ailleurs été repris en psychanalyse pour désigner « l’angoisse de castration ».

Or, des entomologistes américains ont repris métaphoriquement la même expression en découvrant, récemment, une conformation génitale apparentée (photo jointe) chez la femelle d’un petit papillon blanc abondamment observé au CINLB. Cette découverte illustre certaines différences existant, selon la théorie de l’évolution, entre les stratégies des mâles et des femelles pour maximiser la transmission de leurs gênes respectifs.

Pour empêcher que la femelle choisie ne s’accouple avec d’autres partenaires, le mâle de la Piéride du chou fabrique, dans le conduit génital de sa partenaire au moment de l’accouplement, un « spermatophore » où il emmagasine sa semence. Ce réceptacle complexe est fait de trois couches : une coquille extérieure extrêmement dure, une couche intermédiaire de nutriments, et une masse de sperme au centre. La femelle a besoin des nutriments riches en protéines pour fabriquer ses œufs. Le temps requis pour briser la carapace externe du spermatophore l’empêche de s’accoupler avec d’autres mâles.

Actualités

L’araignée, l’arbalète, la catapulte et la fusée

CHRONIQUE / À partir de la mi-juillet 2019 et pour une dizaine de jours, les médias du monde entier ont multiplié les reportages célébrant les 50 ans d’Apollo 11 et les premiers pas sur la Lune. Cet exploit projeté et réussi en moins d’une décennie était, en effet, remarquable. La capacité des humains à accumuler, non dans leurs propres muscles, mais dans des objets extérieurs, une puissance permettant de projeter un vaisseau dans l’espace apparait phénoménale et inégalée chez les espèces animales. Et pourtant…

En août 2018, une petite espèce d’araignée a été observée au CINLB. Sa taille n’atteint qu’environ 2,5 mm. Celle-ci tiendrait huit fois sur la largeur d’une pièce de dix sous. Au Canada, on ne la trouve qu’en Ontario et au Québec (données de 2015). Une seule mention dans notre province jusqu’en 1998, et pas plus de sept autres depuis… dont six au CINLB!

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Le cristal maléfique de la Belle des marais

CHRONIQUE / Le long de la promenade du marécage au CINLB, de petits massifs de plantes vertes émergent de l’eau peu profonde çà et là. Quelques fleurs d’une blancheur immaculée percent la verdure, telles de petites capes entourant chacune un épi vert pâle semé d’ivoire. Les feuilles légèrement lustrées ont la forme parfaite de cœurs qui se presseraient auprès de leur dame avec adoration.

Les botanistes appellent « spathe » cette pièce florale qui se déploie ainsi comme un seul gros pétale autour d’un épi. Celui-ci, appelé « spadice », se présente comme un axe charnu où sont attachées une quarantaine de petites fleurs. Chacune est composée d’un ovaire, de couleur jade et de la taille d’un grain de poivre. Cette partie femelle est entourée d’une dizaine d’étamines, les composantes mâles qui dessinent une couronne d’ivoire à sa base. Sur le dessus de l’épi cependant, les fleurs sont uniquement mâles, n’étant formées que d’étamines.

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Les algorithmes de chasse du petit drone bleuté

CHRONIQUE / À partir de la mi-juin, alors que le soleil chauffe les premières feuilles de nénuphars et de nymphéas, un petit drone patrouille assidûment les abords du lac Boivin. Son corps bleu clair présente une allure givrée. Sa face verte et les extrémités blanches de son abdomen facilitent son identification. C’est un érythème des étangs mâle, un odonate de la famille des libellulidés, long d’environ 4 cm. La femelle arbore plutôt une livrée émeraude recouverte, sur la deuxième moitié de l’abdomen, de taches brunâtres en forme de demi-lunes.

Les jeunes mâles ont aussi une couleur émeraude, mais à la maturité, leur abdomen se recouvre d’une poudre azurée. La manipulation, même délicate, d’un spécimen capturé laisse parfois une poussière bleue sur les doigts. C’est la «pruine», une fine couche cireuse, comme celle souvent observée sur les prunes ou les raisins. Elle se retrouve aussi chez plusieurs espèces de libellules et de demoiselles. Chez les plantes comme chez les insectes, cette «pruinescence» aurait une fonction protectrice, généralement régulatrice de perturbations extérieures (parasites, rayons UV, lumière, chaleur, humidité).

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Le voile de sainte Véronique et le symbole de la fidélité

CHRONIQUE / Vers la fin mai, certaines clairières le long de la rivière Yamaska nord, en amont du lac Boivin, se couvrent d’un tapis lumineux. Des centaines de petites fleurs, aux pétales d’un bleu intense et profond, apparaissent à travers les longues herbes. C’est la Véronique petit-chêne, peu observée dans la région en dehors de ces endroits privilégiés.

Une grappe florale termine une tige d’une vingtaine de centimètres. L’espèce est distinguée notamment par deux lignes de poils diamétralement opposées qui courent le long de la hampe. Les feuilles sont  placées deux à deux de façon opposée sur la tige et chaque paire est tournée de 90 degrés par rapport à la précédente.

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Quelques perles de sueur… pour une émeraude

Le vivarium est presque terminé. Sur le plancher, une poignée de cailloux se mêlent aux copeaux de bois. Une mousse de sphaigne imbibée d’eau est déposée dans un plat mince où sont plantées quelques fougères et plantules. Une petite bûche de bois mort, trouvée dans le sous-bois voisin, complète ce petit asile. Les hôtes pourront bientôt y emménager… Oh mais, il y a déjà une pensionnaire! On dirait une abeille, plus petite qu’à l’ordinaire et, surtout, d’une livrée métallique, émeraude pure, sans rayure sur l’abdomen. Un véritable bijou! Mais d’où vient-elle? Comment a-t-elle pu entrer dans l’habitacle fermé?

Cette petite intruse, c’est augochlora pura, l’abeille verte de la sueur, de la famille des halictidés. Son nom latin dit bien sa couleur d’un «pur vert doré», mais son nom français, tout comme son nom anglais (green sweat bee), révèle une autre caractéristique pour le moins étrange. Elle affectionne la présence des humains chez qui elle vient volontiers lécher quelques gouttes de sueur. Et comme c’est aussi une vaillante butineuse, recueillant avidement pollen et nectar, elle est carrément inscrite au menu «sucré-salé». Cette forte attirance pour le sel a pu être confirmée expérimentalement, mais on en ignore la raison. Peut-être y trouve-t-elle quelques électrolytes salutaires à son métabolisme?

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L’ange trompe-la-mort, égaré du Grœnland

À la mi-avril, des milliers de bernaches se regroupent et piaillent sur les dernières berges glacées du lac Boivin à Granby. Mais voilà qu’au milieu du troupeau, l’une d’elles se démarque singulièrement. Nettement plus petite, elle a un dos plutôt grisâtre que brunâtre. Ses flancs sont pâles, couleur perle, et tranchent avec le dos sombre. Sa tête est plus ronde et son bec plus court que chez ses voisines. Son cou est aussi plus trapu, moins élancé. Le blanc sur la joue est étendu à toute la face, sauf une ligne sombre, du bec à l’œil, qui lui fait comme des lunettes. Décidément, en dépit d’une ressemblance au premier coup d’œil, il s’agit d’une espèce très différente!

C’est la bernache nonnette, du même genre que la bernache du Canada, mais beaucoup plus rare. En ce mois d’avril 2019, c’est la deuxième fois seulement qu’elle est observée dans l’histoire du lac Boivin. Sa population peut dépasser les 800 000 individus dans son habitat habituel, de la côte est du Grœnland jusqu’aux îles arctiques au nord des pays scandinaves. Mais au Québec, seulement quelques spécimens s’égarent, au printemps ou à l’automne, au bord du fleuve ou le long du Richelieu. Généralement isolée au milieu des autres bernaches, l’espèce passe facilement inaperçue.