Cynthia Sardou s’amène à Saint-Césaire pour livrer un message d’espoir.

Témoignage d’une femme désormais heureuse

Rebondir après l’épreuve, même la plus terrible, demeure possible. Cynthia Sardou en est la preuve vivante. Près de 20 ans après avoir été enlevée, séquestrée et violée par un trio d’agresseurs, et après avoir « bossé comme une lionne pour rebondir », elle parle aujourd’hui d’espoir et de bonheur. Le 23 janvier, elle sera l’invitée des conférences Se relier au cœur du monde présentées à Saint- Césaire, prête à livrer un message lumineux.

« Je veux monter aux gens comment je suis heureuse, insiste-t-elle à l’autre bout du fil. Je n’ai jamais cessé d’y croire. »

Cynthia Sardou, journaliste et auteure, est la fille du chanteur français Michel Sardou. Le soir de Noël 1999, alors qu’elle sortait du boulot, elle a été kidnappée et agressée sexuellement. Elle avait 26 ans.

« J’ai vécu moi-même le fait divers », raconte-t-elle avec ouverture aujourd’hui.

« On reste marquée à vie, mais on apprend à vivre avec, poursuit
Mme Sardou. Notre vie est changée totalement et c’est très dur remonter. C’est long et ça demande un travail immense. »

Ce travail, Cynthia Sardou veut aujourd’hui le partager avec « celles et ceux qui ont été abusés ». « On parle souvent des femmes agressées, mais il y a aussi des hommes, des enfants, etc., souligne-t-elle. La violence est partout. On pense souvent que ce genre de malheur n’arrive qu’aux autres, mais on est les autres ! »

En 2005, Cynthia Sardou a publié Appelez-moi Lilou, un livre dans lequel elle parle, entre autres, de son enfance, de sa relation avec son père et du cauchemar qu’elle a vécu lors de son agression. « Ce livre, je crois qu’il a été mal interprété, pense-t-elle. Quand je l’ai écrit, je n’étais pas au meilleur de ma forme. Je vivais une phase difficile. »

En 2008, après la libération d’un de ses agresseurs avant d’avoir purgé pleinement sa peine, elle lance Faut-il que je sois encore violée ? Pour en finir avec la récidive.

Cette fois, avec son ouvrage intitulé Une vie à reconstruire, elle souhaite aider et donner espoir aux personnes victimes d’agressions. « Si une victime veut s’en sortir, elle le peut et elle va s’en sortir », indique celle qui vit aujourd’hui au Québec avec son mari, le journaliste Jean-Michel Bataille. 

« Avec ce livre, je voulais amener quelque chose de positif », dit Mme Sardou, qui affirme être passée à autre chose avec les années. Elle dit avoir tourné la page.

« Dans mes conférences, je me concentre sur l’estime de soi et sur le regard que nous avons sur notre vie, explique-t-elle. Aujourd’hui, j’ai la vie que j’aime et je suis heureuse ! Pour y arriver, il y a des pistes, des solutions. Ça demande un travail énorme, mais ça en vaut la peine. »

Pour voir et entendre Cynthia Sardou, elle sera à l’école secondaire Paul-Germain Ostiguy de Saint-Césaire le mardi
23 janvier, à 19 h. Pour l’achat de billets, on communique avec Léon-Maurice Lavoie au 450-469-0728, on se présente au salon de coiffure Indigo au 1881, rue Saint-Paul ou à la bibliothèque municipale de Saint-Césaire.

PLUS UNE VICTIME

L’étiquette de victime, Cynthia Sardou ne veut plus la porter. Voilà pourquoi elle a préféré garder le silence pendant que la vague de dénonciations d’agressions sexuelles déferlait sur les réseaux sociaux au cours des derniers mois, des dernières semaines.

« Je ne veux pas qu’on me la colle toute ma vie ! , insiste-t-elle. Je veux passer à autre chose. Je ne suis plus à ce stade-là. Maintenant, je parle de reconstruction. »

Bien qu’elle soit désormais « ailleurs » dans le processus qui suit un traumatisme, Mme Sardou invite et encourage, bien sûr, les gens à dénoncer leurs agresseurs. « Quand on dénonce, on est dans une phase de colère, explique celle qui connaît et qui a franchi toutes les étapes ‘obligatoires’ du processus de guérison. Moi, ce n’est plus ça. Je veux oublier un peu... »

Elle se réjouit toutefois de voir à quel point le mouvement fait boule de neige. « (À l’époque), quand je voulais en parler, personne ne m’écoutait, se souvient-elle. C’est donc extraordinaire ce qui se passe. Les mentalités avancent. C’est bon signe. »

Cynthia Sardou souhaite d’ailleurs « beaucoup de courage à toutes ces femmes qui font avancer la cause ». 

« Elles doivent être fortes, indique-t-elle. La justice ne règle pas tout. La dénonciation ne règle pas tout, mais c’est un pas vers la reconstruction. »

Car il y a tout le reste, dit-elle : le procès, les thérapies, la reprise du travail, d’une vie sociale et amoureuse, etc. « On ne voit plus la vie de la même façon, rappelle
Mme Sardou. Et la culpabilité, les peurs, les regrets freinent la reconstruction. Il faut accepter de vivre avec (le drame). C’est la clé. »