Bruno Isabelle, Guy Juneau, Jean-Philippe Perreault et Sandra Chrétien. Absents au moment de la prise de la photo: les finissants Étienne Berger et Charles Heath, les deux autres étudiants ayant travaillé sur les trophées pour cette mouture du concours.

Techniques d’usinage: Chapeau au CBM !

Pour souligner la volonté et le travail des femmes en formation dans un métier traditionnellement masculin, quoi de plus normal que de leur remettre un trophée conçu par une femme? Pour une deuxième année, les trophées du concours Chapeau, les filles! et ceux de son volet Excelle Science sont fabriqués par les élèves en techniques d’usinage du Campus Brome-Missisquoi (CBM), à partir du modèle créé par une étudiante du programme.

Encore aujourd’hui, bien peu de femmes osent se lancer dans des domaines comme la soudure, la boucherie, la mécanique industrielle, le dynamitage... Avec Chapeau, les filles!, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur récompense ces femmes qui se démarquent dans une formation majoritairement masculine.

Plusieurs se réjouissent de les voir ainsi défier les traditions, dont Bruno Isabelle, l’un des enseignants en techniques d’usinage au CBM. «Je suis allé à Québec l’an dernier [pour la cérémonie de remise], et il y avait des filles qui disaient ‘moi j’avais un bac en enseignement, mais je n’aimais pas ça. Mes parents me disaient de continuer, mais moi, j’aimais la mécanique automobile!’ C’était vraiment encourageant!», témoigne-t-il.

Si M. Isabelle était présent à la cérémonie en 2017, ce n’était pas uniquement parce que les trophées avaient été fabriqués aux CBM. C’était aussi parce que deux de ses étudiantes, Annick Prince et Bettyann Lamarche-Desmarais, allaient y recevoir des prix... pour en avoir fait le design!

En effet, pour la mouture 2016-2017 de Chapeau, les filles!, la commission scolaire du Val-des-Cerfs avait lancé le concours Un trophée fait pour et par les femmes.

«Seules les femmes avaient le droit de participer et elles devaient partir de rien. C’est Annick qui a gagné! C’est elle qui l’avait dessiné, puis Bettyann Lamarche-Desmarais, une étudiante en infographie, l’a fignolé. Les deux ont donc reçu un trophée. Elles ne le savaient pas. Elles se sont fait surprendre à la remise, à l’Assemblée nationale. Moi, je le savais, parce qu’Annick fabriquait elle-même des trophées, mais il ne fallait pas qu’elle fasse le sien! J’ai fait son trophée un soir, après qu’elle soit partie», se souvient l’enseignant.

Le modèle d’Annick Prince sera utilisé pendant environ huit ans encore, arborant une couleur différente pour chaque mouture du concours.

Les 67 trophées fabriqués pour l’événement Chapeau, les filles!, sont basés cette année sur le modèle dessiné par une étudiante du CBM l’an dernier. Ils sont en forme de «f» pour «femmes», et l’arrondi contenant l’étoile correspond à la lettre « c » pour «chapeau».

«Cette année, ça a été plus facile... L’an passé, on était parti [d’un design sur une] feuille. Cette fois, répète ce qu’on avait fait, avec des gabarits déjà tout faits. On l’a juste amélioré. Par exemple, avant ça prenait 20 minutes pour fabriquer certaines pièces. On a réussi à descendre ça à six ou sept minutes. On a réglé les problèmes de l’année dernière et on est rendus à moins de la moitié du temps par trophée, soit environ 30 minutes chacun! », se réjouit M. Isabelle.

Comme dans la vraie vie
Comme le programme de techniques d’usinage procède par «entrée continue», c’est-à-dire que chaque étudiant y progresse à son rythme, seulement cinq élèves ont assuré la production des 67 trophées cette année.

Pour eux, ça compte «comme dans la vraie vie». Pour illustrer la minutie de ses élèves, M. Isabelle mentionne l’étape de gravure dans la peinture, qui ne doit pas dépasser l’épaisseur d’un cheveu. «Si on va trop creux, on perd du détail dans le mot, car le couteau enlève trop de peinture. Les élèves s’aperçoivent de ça, donc ça les responsabilise. Ils s’appliquent plus et ils ont de la fierté à faire ce qu’ils font», note l’enseignant.

Ensemble, les élèves ont découpé les morceaux, puis sablé, gravé, nettoyé, monté les pièces… Mais à les entendre parler, il n’y a rien de complexe dans tout ça.

«Les machines font tout pour nous ! On nous montre ce qu’on peut faire, comment les pousser, et comment pousser aussi notre imagination», avance Sandra Chrétien, une des élèves qui a participé au projet.

« Ce qu’on apprend avec les machines numériques, c’est que seule notre imagination est notre frein. On peut réussir à leur faire faire n’importe quoi à ces machines-là !», renchérit Jean-Philippe Perreault, un autre élève inscrit en techniques d’usinage.

Tous deux apprécient par ailleurs que les trophées soient destinés au concours Chapeau, les filles! Sans hésiter, Jean-Philippe Perreault lance des mots encourageants aux lauréates. «C’est le fun, ne lâchez pas! Par mon cheminement, j’ai appris que bien souvent, les femmes ont leur place [dans les métiers traditionnellement masculins], et que leur travail peut être aussi rentable, sinon plus, que celui des hommes.»

« J’espère que ça va ouvrir des portes à d’autres femmes pour s’inscrire dans des domaines non traditionnels, parce qu’on est capables autant que les hommes, estime Sandra Chrétien. Moi, j’ai carrément changé de carrière. Maintenant, je viens ici et j’ai beaucoup de plaisir. J’entre le matin en me disant que je vais apprendre quelque chose de nouveau et j’aime ce que je fais à date!»