Nancy Baril est la directrice générale de l’entreprise d’entraînement en employabilité Services de Perfectionnement 3000.

SP 3000 n’a pas dit son dernier mot

La pénurie de main-d’œuvre continue à faire des ravages dans la région. L’entreprise d’entraînement en employabilité Services de Perfectionnement 3000 vit une période difficile. Les participants aux formations qu’elle propose sont 40 % moins nombreux que l’année dernière. À la tête de l’organisation depuis dix ans, Nancy Baril se démène pour trouver des solutions et refuse de baisser pavillon.

Les locaux occupés par SP 3000, rue Drummond, sont magnifiques. Logées dans une belle maison de briques à deux étages, disposant notamment d’une salle de conférence avec un foyer en pierre et d’un magnifique jardin, les personnes cognant à la porte de cet organisme spécialisé en employabilité par simulation d’entreprise sont traitées aux petits oignons.

Ils actualisent ici leurs compétences en travail de bureau (de réceptionniste à secrétaire de direction) ou en comptabilité (de la saisie de données au comptable professionnel agréé).

Avec SP 3000, les participants travaillent au sein de l’entreprise virtuelle RSA-Oneka, calquée sur ce partenaire spécialisé dans les produits de soins corporels. C’est ce concept « d’entreprise d’entraînement » qui distingue SP 3000 — un organisme à but non lucratif— par rapport à d’autres organisations spécialisées en employabilité (lire aussi Le concept d’entreprise d’entraînement).

Hémorragie 

Depuis plusieurs mois, le nombre des participants à ces formations de 15 semaines — à raison de 35 heures par semaine — se réduit comme peau de chagrin. De 41 participants en 2017-2018, ils seront moins de 30 en 2018-2019.

Le financement de l’organisation repose sur des ententes contractées avec Services Québec (feu Emploi Québec), qui alloue à l’organisme 4 500 $ par participant. Comme leur nombre diminue d’année en année, le gouvernement alloue à SP 3000 un budget de plus en plus mince.

À moins de 40 participants, la survie financière de l’organisation est en jeu. Nancy Baril, directrice générale de SP 3000, tire la sonnette d’alarme. « Si ça continue, serons-nous capable de vivre ? Non. »

Puisque les finances de SP 3000 reposent uniquement sur Services Québec, la marge de manœuvre est mince. « Avec une entente à 40 participants, mes dépenses restent les mêmes, explique Mme Baril. Les professeurs, les logiciels, l’équipement, les cahiers de cours... Ça devient très difficile. »

D’ici l’été 2020, Nancy Baril se donne pour mission de mettre à nouveau Services de Perfectionnement 3000 sur la map. « On veut rejoindre plus de monde », souligne la directrice générale, dont l’entreprise d’entraînement en employabilité couvre les territoires des MRC de la Haute-Yamaska, Brome-Missisquoi et Rouville.

Elle souhaiterait notamment se faire connaître davantage auprès des personnes de plus de 60 ans qui cherchent à retourner sur le marché du travail, ainsi qu’auprès des nouveaux arrivants. « La clientèle est là, insiste-t-elle. J’y crois profondément. »

SP 3000 est un tremplin particulièrement intéressant pour les personnes immigrées récemment. « Les nouveaux arrivants son souvent à la recherche de leur première expérience de travail en sol canadien. Nous n’en accueillons pas assez, alors qu’ils réussissent très bien chez nous. Nous sommes comme un stage en entreprise, même si elle est virtuelle, où ils ont des responsabilités et des comptes à rendre, et c’est un outil d’intégration incroyable. »

La directrice générale, qui agit également comme coach en recherche d’emploi, mise notamment sur le suivi sur mesure offert par SP 3000. « En tant qu’entreprise d’entraînement, on travaille beaucoup le savoir-connaissance, mais aussi le savoir-être. » Mme Baril apprend ainsi aux différents participants comment adopter de saines attitudes au travail. « J’observe beaucoup ; s’il y a une personne passive, par exemple, je vais l’aider à s’intégrer dans le groupe. »

Rebondir

Mme Baril n’a pas encore trouvé de baguette magique pour attirer de nouveaux participants, mais elle sait que la formule de son organisation est gagnante.

Depuis sa création en 1997, SP 3000 a permis à plus de 1000 personnes à trouver un emploi. « Le concept des entreprises d’entraînement est la mesure d’employabilité qui a le plus haut taux de succès », souligne-t-elle, précisant que SP 3000 fait partie du Réseau canadien des entreprises d’entraînement en employabilité. « Et on ne parle pas de jobs précaires, au salaire minimum ou à temps partiel, on parle de [bons] emplois. »

Selon elle, les personnes passées par son organisation sont aujourd’hui payées à des taux horaires compris entre 17 $ et 26 $. Les types d’emploi en question sont, par exemple, commis comptable, responsable de gestion d’inventaires, commis à la facturation, secrétaire dentaire... « Ici, c’est un placement en entreprise garanti », tranche-t-elle.

Si SP 3000 vit des moments difficiles, Nancy Baril ne perd pas espoir. Loin de là. « L’histoire et les choses évoluent toujours, dit-elle. Aujourd’hui, nous sommes rendus là, mais le balancier peut revenir. Avant de couper des services, a-t-on pensé qu’on en aura peut-être à nouveau besoin dans le futur ? Je ne baisserai pas les bras. »

Le concept d’entreprise d’entraînement

L’entreprise d’entraînement est une simulation d’entreprise pour favoriser les apprentissages pratiques. 

« Les gens qui viennent ici se réapproprient notamment les logiciels les plus actuels », explique Nancy Baril, directrice générale de SP 3000, une entreprise d’entraînement en employabilité située à Granby. Non seulement ils viennent actualiser leurs compétences, indique-t-elle, mais « ils reprennent le travail avec la simulation d’entreprise ». 

Prenons l’exemple des paies, par exemple. La participante — 90 % sont des femmes — se met à jour en apprenant le logiciel comptable Acomba, puis met ses connaissances en pratique dans l’entreprise virtuelle RSA-Oneka.

Il existe plus de 8000 entreprises d’entraînement en employabilité dans le monde, dans plus de 40 pays. « On fait du commerce international entre nous autres, explique Mme Baril. Donc, on vend les savons Oneka de façon virtuelle, à d’autres participants qui sont dans d’autres entreprises d’entraînement. »

Chaque entreprise d’entraînement reproduit toutes les activités commerciales d’une entreprise réelle. Elle développe et met en marché divers produits ou services. Par conséquent, des publicités, des bons de commande, des factures et même des chèques circulent tous les jours au sein de ce réseau international.

Bref, tout est conforme à la réalité, sauf la production et la livraison des biens, de même que l’argent utilisé pour les transactions, qui demeurent fictifs.