Mireille Lebeau, René Châtelain et Sindy Dumont font partie des membres de l’Autre Versant qui présenteront leurs œuvres au Centre culturel France-Arbour dans le cadre de l’exposition Qui suis-je?

Se redécouvrir à travers l’art

Qui suis-je ? Il s’agit d’une question bien simple que très peu de gens, pourtant, se posent. Les membres de l’Autre Versant, eux, ont pris le temps d’y réfléchir profondément.

Une exposition collective de l’alternative en santé mentale se tiendra d’ailleurs du 10 au 21 octobre pour présenter les œuvres qui ont découlé de cette importante réflexion.

« Quand on arrive à l’Autre Versant, on se trouve en état de crise, explique Mireille Lebeau, un des membres de l’organisme qui participe à l’exposition. Je me rappelle, quand je suis arrivée ici, je n’avais plus d’identité. Pour moi, mon identité était le travail et j’étais au bout de moi-même. C’est la situation de bien des gens qui ont tout donné. Pourquoi est-ce qu’on a choisi ce thème ? Parce que je ne voulais plus revivre ce que j’ai vécu. J’ai découvert un ‘moi’ que je ne connaissais pas. La souffrance amène une grande sagesse. Les gens ici se donnent beaucoup de soutien entre eux. Il y a une compréhension, une absence de jugement. C’est un terrain sur lequel on peut fleurir. Ça donne un répit. Le Qui suis-je? est la découverte, avec l’aide de tout le monde, de soi. »

Mme Lebeau a participé à l’élaboration du thème de l’exposition, qui se reflète de différentes façons.

« C’est vraiment un thème qui a suscité beaucoup d’intérêt, raconte pour sa part Bénédicte Deschamps, qui donne les ateliers d’expression créative et Vis ta vidéo, pour l’Autre Versant. On a proposé de l’explorer à travers un masque, une silhouette grandeur nature et par la transformation de souliers en personnages. Étant donné que le thème était tellement parlant, j’ai aussi invité les gens à écrire une phrase commençant par ‘Je suis’. De mettre des mots sur ce qu’ils avaient fait. Ça permet d’aller un peu plus au cœur de leur création. Je pense qu’ils ont été surpris par ce qu’ils ont pu écrire et créé. C’est très révélateur de l’essence de chaque personne. »

Une centaine d’œuvres sera ainsi présentée au Centre culturel France-Arbour. Mme Lebeau en présente deux, dont une silhouette grand format. D’un côté, elle a illuminé sa silhouette de retailles de photographies. De l’autre, elle a donné carte blanche aux autres participants de l’atelier qui l’ont illustrée selon la perception qu’ils avaient d’elle.

René Châtelain, lui, proposera quatre créations à l’exposition, comme une fleur aux couleurs éclatées. L’homme voyait les couleurs jusqu’à ce qu’il lui arrive un accident. Depuis, elles ne sont plus qu’un souvenir. Cependant, il s’amuse à créer des œuvres vibrantes et lumineuses.

« Quand je viens ici, c’est ma thérapie, confie-t-il. Ça m’a fait beaucoup évoluer. Je vis en noir et blanc. Cest dur quand t’as déjà vu les couleurs et que, d’un mois à l’autre, tu ne les vois plus. C’est assombrissant... Ça devient facile de broyer du noir. C’est probablement pour ça que je fais des choses très colorées. »

L’art lui a permis d’accepter ce qui lui arrive et d’apprendre à bien vivre avec sa condition.

« Quand on vient ici, on lâche prise sur ce qu’on vit et on s’abandonne dans un dessin, une œuvre, renchérit Sindy Dumont, une autre participante. C’est une thérapie par l’art. »

La dame dévoilera deux œuvres, tout comme Michel Zahra, qui s’est davantage concentré sur le dessin et l’aquarelle.

Lors du vernissage, le mercredi 10 octobre de 17h à 20h, des gens se promèneront avec des cadres, se transformant en œuvre vivante, pour raconter aux visiteurs quelques bribes de leur vie. Des vidéos réalisées par les participants de l’atelier Vis ta vidéo seront aussi présentées. «Chaque personne a fait une vidéo très personnelle qui parle d’un aspect de sa vie », ce qui cadre bien avec le thème Qui suis-je ?, conclut Bénédicte Deschamps.