Se planter pour mieux pousser

CHRONIQUE / Qui aurait cru que j’étais remplaçable? Qui aurait cru que mes collègues débordés par leurs tâches seraient capables d’en faire encore plus? Qui aurait cru que mes patrons seraient si compréhensifs et sympathisants? Qui aurait cru que mes enfants pouvaient se passer des attentions que je leur offrais auparavant? Qui aurait cru que mes parents pouvaient être, encore, si inquiets malgré que je sois, depuis longtemps, une adulte? Qui aurait cru que j’aurais pu cesser de travailler pendant 18 mois?

Faudrait être tombé sur la tête pour que ça arrive! Eh oui! Il aura fallu que je sois victime d’un traumatisme cranio-cérébral léger (TCCL) pour que cesse ce rythme effarant, mais ô combien inspirant, du dodo-boulot-cocos.

Car quand une épreuve arrive, à tout bout de champ de petits miracles opèrent. Alors relevée et plus du tout étourdie, je suis maintenant pleine de gratitude pour mon entourage. Tous ont fait comme tout le monde l’aurait fait, qu’ils disent, mais ils ont fait des miracles. Mettre l’épaule à la roue et faire de ce moment éprouvant, un moment où l’impossible est possible et précieux.

Une entreprise agricole, c’est du capital financier, des investissements à coût de millions qui se transfèrent souvent à perte d’une génération à l’autre. Ces entreprises sont familiales de sang ou de cœur. En parlant de cœur, ces entreprises sont surtout du capital humain. Des adversités, le fait de se planter, arrive quotidiennement et, souvent, sans contrôle. On a qu’à penser aux caprices de Dame Nature, pour la pluie ou le gel, ou à la bourse, pour la valeur de la récolte. Tous obligent un réajustement de ce qui était prévu. Tout le monde se serre les coudes et des miracles opèrent, impliquant la famille, un voisin, etc. J’ai en tête un bête accident impliquant un agriculteur de la relève ayant perdu l’usage d’une main pendant des mois. Une discussion avec son père m’avait confirmé qu’un papa reste toujours un papa, avec ce besoin de protéger et même de vouloir prendre le mal de ses enfants pour les soulager. Aucune entreprise n’a un employé de trop pouvant pallier à un associé en moins. Pourtant, la résilience opère. Le travail se fait grâce au réseau. Le milieu agricole est dur, le travail acharné valorisé. Un neuropsychologue m’expliquait un jour que le pire sentiment à se départir est celui de la culpabilité. J’approuve!

Personne ne choisit d’être blessé, mais une blessure devient souvent l’origine de nombreux chamboulements.

Chez Gestrie-sol, comme dans toute entreprise, il y a des collègues de travail, des partenaires d’affaires et des patrons capables d’humanité. Faire confiance et faire attention à cet humain à nos côtés, c’est le meilleur arbre que nous pouvons planter.

Récemment, nous nous sommes donné le droit de nous planter et, étrangement, cela nous a permis de pousser. De se dépasser!

Tendrement, merci à mon entourage.

Allez go, à l’ouvrage! La liste des idées pour le retour est généreuse!

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.

Isabelle Martineau, agronome

Club conseil Gestrie-sol