Benoit Lord demeure fort actif malgré la maladie qui l’assaille, le cancer de la prostate.

Rouler pour sa propre cause

Après avoir couru le marathon de Boston en 2016, Benoit Lord n’en sera pas à son premier défi sportif quand il entreprendra le Cyclo-défi Enbridge. Le premier week-end de juillet, il pédalera 235 kilomètres en deux jours. Ce sera, par contre, la première fois que le père de cinq enfants devra composer avec un cancer de la prostate, des métastases aux os et les effets secondaires de ses traitements lors d’un exercice d’une telle intensité.

Benoit Lord, de Granby, a toujours été un sportif amateur de haut niveau.

Dans sa jeunesse, il a notamment joué au baseball au niveau junior majeur et au hockey midget AAA. Plus récemment, dans la cinquantaine, c’est dans la course à pied qu’il s’est illustré en étant sélectionné parmi les meilleurs athlètes au monde pour participer au prestigieux Marathon de Boston. Une consécration qui, de son propre aveu, équivaut aux Jeux olympiques.

Pourtant, le 8 juin 2016, son monde s’est écroulé. Un cancer de la prostate et des métastases sur certains os prenaient sa santé en otage.

« Mon médecin m’a appelé en fin de journée, alors que j’étais au travail, et il m’a invité à passer à son bureau. C’est là que j’ai reçu mon diagnostic ». C’était la dernière fois qu’il quittait son boulot de coordonnateur en réadaptation au Campus de Chambly du Centre jeunesse de la Montérégie. À deux ans de sa retraite.


«  C’était le premier marathon que je finissais. Je n’étais pas capable de regarder ma médaille. Je me suis mis à pleurer et je l’ai donnée à mon fils.  »
Benoit Lord

C’est lors de sa préparation pour le Marathon de Boston, au printemps 2016, que les premiers signes de la maladie se sont manifestés. Le sportif a ressenti une douleur particulièrement intense en revenant d’une course d’une trentaine de kilomètres, un entraînement moyen, dit-il. « Je n’étais plus capable de marcher. Je suis allé consulter et ils m’ont dit de diminuer mes entraînements. »

Qu’à cela ne tienne. Trois semaines plus tard, il s’est tout de même présenté sur la ligne de départ de Boston « dans un état quand même satisfaisant », souligne le père de famille. La douleur est cependant revenue au galop en début de course, ce qui ne l’a pas empêché de compléter l’épreuve de 42 kilomètres.

« C’était le premier marathon que je finissais. Je n’étais pas capable de regarder ma médaille. Je me suis mis à pleurer et je l’ai donnée à mon fils », se souvient-il.

Devant la persistance de sa blessure, une consultation s’est imposée. Le médecin sportif Dr Guy Cauchon l’a fait venir à son bureau pour lui dévoiler les résultats des examens. « Il m’a dit que j’avais terminé la course avec une fracture au fémur, mais aussi que j’avais un cancer de la prostate et que ce n’était pas beau.»

Le docteur souhaite alors commencer les traitements en vitesse, car la maladie est déjà bien installée. Une première injection a lieu le lendemain, le jour même de l’anniversaire des jumeaux de M. Lord qui ont aujourd’hui 11 ans. « Je n’en avais encore parlé à personne. Ça été la journée la plus dure de ma vie », confie-t-il avec émotion.

Celui qui vient tout juste de devenir grand-père refuse d’écouter tout pronostic sur son espérance de vie. « Dans l’état actuel de la médecine, ma maladie ne pourra pas être soignée, seulement contrôlée », se désole-t-il. Après avoir terminé la chimiothérapie, M. Lord doit aujourd’hui prendre une médication qui s’y apparente, en plus de passer une prise de sang chaque mois pour évaluer l’évolution de sa maladie. « J’appelle ça ‘mon tribunal’, illustre-t-il. C’est un stress chaque fois pour savoir si je réponds bien au traitement ou si le cancer est revenu. »

Heureusement, son état lui permet de recevoir tous les soins nécessaires à Granby.

Un rythme de vie sain

« Mon médecin me disait souvent que tous les patients devraient être (sportifs) comme moi, raconte Benoit Lord. Je faisais tout ce qu’il fallait pour éviter les maladies... Je n’ai rien vu venir. »


Malgré tout, c’est le sourire aux lèvres que l’homme de 54 ans fait le point sur les deux années qui viennent de passer. « J’ai toujours été quelqu’un de bonne humeur, dit-il. Ça surprend même les gens. Je me dis qu’il y a deux choix dans la vie : soit que je m’assois dans mon sofa pis j’attends ou je continue de foncer. Il faut continuer à vivre. »


Le sport demeure au coeur de ses activités. « J’ai fait la course du Zoo et le Tour du Lac-Brome, mais pas au même rythme qu’avant », explique-t-il. La tête toujours remplie de projets, il rêve encore et toujours de terminer un demi-marathon.


Vivre avec le cancer a évidemment changé sa façon de voir les choses. « Avant, j’entendais toujours qu’il faut vivre une journée à la fois, fait-il remarquer. Aujourd’hui, je comprends vraiment ce que ça veut dire. C’est juste plate d’avoir un diagnostic pour apprendre à vivre comme ça... »


Cyclo-défi
Benoit Lord est à la tête de Lord’s of the Wheel en vu du Cyclo-défi Enbridge. Une équipe de 11 personnes composée de membres de sa famille, d’amis et d’anciens collègues. Tous l’accompagneront les 7 et 8 juillet le long des 235 kilomètres qui séparent Montréal de Québec. Déjà, ils se sont donné pour objectif d’amasser chacun 2 500 $ via leur page personnelle sur le site du défi, pour un total de 27 500 $. Une somme qui servira à financer divers programmes de recherche de la Fondation de l’Hôpital juif de Montréal. C’est, à ce jour, l’équipe indépendante qui a amassé le plus de fonds, même s’il manque toujours 5 700 $ pour compléter la campagne.