Pour une deuxième année consécutive, six «livres vivants» raconteront des chapitres sombres de leur histoire, le tout afin de briser le tabou entourant la santé mentale. Ici, Yoric Gagné-Mainville, Jacqueline Fortier, Isabelle Savard et Céline Rousseau (quatre livres ouverts), Annick Lussier, de l’Autre Versant, Pierre Fontaine, livre ouvert, et Mariève Massé, de la bibliothèque Paul.-O.-Trépanier.

Raconter sa maladie mentale

Six histoires et tout autant de victoires. Pour une deuxième année consécutive, six « livres vivants » raconteront des chapitres sombres de leur vie, mais aussi des plus lumineux, le tout afin de briser le tabou entourant la santé mentale.

La première mouture de À Livre Ouvert, partenariat entre l’Autre Versant et la bibliothèque Paul-O.-Trépanier de Granby, avait connu un grand succès, l’an dernier. Une vingtaine de personnes s’étaient présentées pour entendre, lors d’entrevues individuelles d’un quart d’heure, le récit de vie de ceux ayant décidé de lever le voile sur les maux de leur esprit. « Les gens nous ont dit avoir été touchés. Certains se sont même reconnus dans les propos tenus », souligne Annick Lussier, intervenante à l’Autre Versant.

Cette année encore, dans le cadre de la Semaine nationale de la santé mentale, les témoignages seront d’abord présentés par des couvertures de livres ornés de la photo des conférenciers, mais aussi par des citations de leur cru qui illustrent leur histoire. « Les gens pourront choisir ce qui les interpelle le plus, sans réduire la personne à sa problématique », nuance la bibliothécaire Mariève Massé, qui s’est montrée très enthousiasmée par le projet.

Pierre Fontaine est le seul des six livres vivants à avoir pris part à l’activité l’an dernier. Pour lui, il s’agit d’une rare occasion de mettre les personnes vivant avec une problématique de santé mentale à l’avant-scène et sous un éclairage positif. « On peut démontrer qu’on est des personnes à part entière, avec des rêves, des passions et des capacités. C’est important d’établir ce contact pour démythifier ce qu’est la maladie mentale », dit celui qui a énormément apprécié sa première expérience. « J’y ai ressenti de la reconnaissance, de l’euphorie et de la satisfaction, relate-t-il. En te racontant, tu touches quelqu’un qui te reconnaît comme un être humain, comme son égal.»

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M. Fontaine a tenu à souligner le courage des autres participants, dont les visiteurs pourront découvrir « le grand cœur », le 9 mai prochain. Comme lui, ils ont bénéficié des services de l’Autre Versant et sont maintenant prêts à partager leur vécu pour sensibiliser les autres sur la maladie mentale, qui peut toucher n’importe qui.

« On a tous des araignées au plafond ! » lance Yoric Gagné-Mainville. Dès l’enfance, le jeune homme savait qu’il n’était « pas comme les autres ». Il a toutefois voulu ignorer les nombreux signes que quelque chose n’allait pas.

Et puis, il a frappé un mur. « Un jour, j’ai cassé. Je me suis longtemps battu, mais j’ai compris que je devais accepter ma condition. La meilleure chose que j’ai pu faire, c’est d’aller chercher de l’aide pour me rebâtir », confie-t-il.

« Se rebâtir ». Une expression reprise par plusieurs pour illustrer le fait de réapprivoiser le quotidien une fois un diagnostic connu et accepté.

« [Ma maladie mentale], c’est une expérience qui fait partie de ma vie », indique pour sa part Isabelle Savard. La mère de famille s’est, un beau jour « éteinte », avec les conséquences amenées dans sa vie. « L’étincelle s’est rallumée » avec de l’aide, et aujourd’hui, cette femme d’affaires regarde l’avenir avec optimisme.

Unis par davantage que leurs problématiques de santé mentale, les livres vivants partagent aussi la fierté d’avoir repris le dessus et de ne pas se définir par leur trouble. « J’ai connu des périodes très noires, très sombres, qui ont été très difficiles. Aujourd’hui, il y a un gros soleil, et je suis rayonnante », explique Céline Rousseau.

Enfin, Jackie est devenue, ou redevenue plutôt, Jacqueline Fortier. Cette femme colorée et verbomotrice compte bien montrer à quel point elle est plus forte que la somme des obstacles qu’elle a franchis au fil des années. « Je suis devenue une nouvelle femme », indique-t-elle.

François Dubé complètera le sextet de livres vivants qui s’ouvriront au public le mercredi 9 mai prochain à la bibliothèque de la rue Dufferin. Il sera possible de s’inscrire à l’activité et de choisir le témoignage que l’on souhaite entendre, dès 17 h 30, après quoi l’activité se déroulera de 18 h à 20 h.