Queue de dinde et arc-en-ciel… contre le cancer

À première vue, l’expression en titre prend l’allure d’une incantation magique, voire d’une « recette de grand-mère ». Mais elle renvoie en fait aux remarquables vertus médicinales d’un autre trésor vivant du CINLB, la tramète versicolore.

Ce champignon de la famille des polyporacées croît sur les bois morts des forêts de feuillus, sur la plupart des continents à travers le monde.

Ses fructifications ressemblent à un foisonnement de petites coquilles semi-circulaires arborant des bandes concentriques de couleurs variables. On les trouve généralement le long d’un tronc d’arbre ou d’une branche morte ou étagées autour d’une souche. Le qualificatif « versicolore » provient du fait que cette espèce se présente en coloris variés, tel un arc-en-ciel pouvant contenir, et parfois combiner en alternance, du jaune, de l’orange, du brun, du bleu, du vert ou du mauve.

Appelé yunzhi en Chine et kawaratake au Japon, ce champignon est connu pour ses vertus curatives depuis le XVe siècle. Il faisait également partie de la pharmacopée de certaines sociétés amérindiennes. Il était généralement consommé séché, en thé ou en soupe. Dans le monde anglo-saxon, il est fréquemment appelé turkey tail, en raison de sa ressemblance avec la queue déployée du dindon sauvage. 

Depuis les années 1990, la tramète versicolore fait l’objet d’études intensives en pharmacologie et en oncologie. C’est probablement le champignon médicinal dont les effets sont les plus documentés dans la littérature scientifique. Les recherches portent particulièrement sur l’impact thérapeutique de glucides complexes (des polysaccharides) qui en sont extraits. Des tests sur des souris atteintes de cancer ont notamment montré que ces produits entraînaient une régression importante des tumeurs. Cette activité antitumorale a pu être constatée dans des cas de leucémie, de lymphome et dans une variété de cancers : sein, prostate, poumon, œsophage, estomac, foie, vessie et intestin.

En plus d’inhiber la croissance des cellules cancéreuses et de ralentir la progression de la maladie, les médicaments tirés de ce champignon ont été reconnus pour stimuler le système immunitaire et réduire les effets secondaires de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Plusieurs études ont également fait ressortir les propriétés antibactériennes, antifongiques et antivirales de ces médicaments.

Michel Aubé

Vice-président du CINLB et professeur retraité de l'université de Sherbrooke